Une étude suggère que les agents rafraîchissants de vapotage pourraient augmenter les risques d’arythmies ou arrêts cardiaques

1 juillet 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 29 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Une étude suggère que les agents rafraîchissants de vapotage pourraient augmenter les risques d’arythmies ou arrêts cardiaques

L’ajout d’agents rafraîchissants comme le menthol, WS-3 ou WS-23 aux cigarettes électroniques pourrait accroître leurs effets sur le rythme cardiaque et le risque d’arythmie, selon une étude de la faculté de médecine de l'Université de Louisville, Kentucky, menée chez la souris et sur des cellules cardiaques humaines dérivées de cellules souches[1]. Les auteurs montrent que certains de ces additifs, en particulier les agents synthétiques WS-3 et WS-23, aggravent les effets proarythmiques du vapotage en modifiant l’équilibre du système nerveux autonome et la repolarisation cardiaque.

Contexte et méthode de l’étude

L’étude part du constat que les cigarettes électroniques contiennent souvent, en plus de la nicotine, des arômes et des additifs destinés à rendre l’inhalation plus attractive. Parmi eux, les agents rafraîchissants ont gagné en popularité, notamment dans les produits « ice » ou mentholés, alors que leurs effets sanitaires spécifiques restaient peu étudiés. Les auteurs rappellent que des travaux antérieurs avaient déjà associé certains e-liquides mentholés à des troubles du rythme, mais sans permettre d’isoler précisément le rôle de chaque liquide de refroidissement synthétique.

Les chercheurs ont exposé des souris à des aérosols de cigarettes électroniques contenant soit seulement le véhicule nicotine-solvant, soit ce même mélange enrichi en menthol, WS-3 ou WS-23, à différentes concentrations. Ils ont suivi en continu la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque, les modifications électrocardiographiques et la survenue de battements ventriculaires prématurés. En parallèle, ils ont testé les effets de ces mêmes substances sur des cardiomyocytes humains dérivés de cellules souches pluripotentes, afin d’observer un éventuel effet direct sur l’activité électrique des cellules cardiaques.

Résultats principaux

Chez les souris, tous les agents rafraîchissants ont accentué le déséquilibre autonome provoqué par l’aérosol de cigarette électronique, mais les effets les plus marqués ont été observés avec les liquides de refroidissement synthétiques WS-3 et WS-23. Ces substances ont augmenté la fréquence des arythmies ventriculaires spontanées, avec une association plus forte encore pour WS-23. Les auteurs montrent aussi que ces arythmies étaient liées à des signes de dominance sympathique et à un ralentissement transitoire de la repolarisation cardiaque.

Les concentrations plus élevées de WS-3 et WS-23 ont produit les effets les plus nets, ce qui suggère une relation dose-réponse. Le menthol a également modifié l’équilibre autonome, mais de manière plus variable et moins systématique que les agents synthétiques. Les chercheurs notent en outre que ces effets n’étaient pas expliqués par une augmentation plus forte de l’exposition à la nicotine, ni par une modification significative de son métabolisme.

Données cellulaires

Sur les cardiomyocytes humains cultivés en laboratoire, les liquides de refroidissement synthétiques n’avaient que peu d’effet en conditions basales. En revanche, en présence de noradrénaline — utilisée par les chercheurs pour reproduire une stimulation sympathique comparable à celle induite par la nicotine — le menthol et WS-3 réduisaient la fréquence des battements et raccourcissaient certains indicateurs de repolarisation. Les auteurs en déduisent que ces additifs peuvent aussi agir directement sur l’électrophysiologie des cellules cardiaques, et pas seulement par l’intermédiaire du système nerveux autonome.

Des recherches qui doivent encore être approfondies mais pourraient éclairer la réglementation des additifs et arômes

Les auteurs estiment que leurs résultats apportent des arguments solides pour considérer les agents rafraîchissants comme des composés potentiellement proarythmiques dans les cigarettes électroniques. Ils soulignent que cet effet pourrait être particulièrement problématique chez les personnes déjà vulnérables aux troubles du rythme ou à une repolarisation ventriculaire ralentie.

L’étude reste toutefois limitée par le fait qu’elle repose sur des modèles animaux et cellulaires, et qu’elle ne permet pas à elle seule de conclure sur les effets exacts chez l’être humain. Les chercheurs appellent donc à des études cliniques complémentaires pour vérifier si ces résultats se traduisent chez les utilisateurs de cigarettes électroniques, notamment chez les jeunes adultes, fortement exposés à ces produits aromatisés.

Ils estiment néanmoins que ces données pourraient intéresser les autorités de santé et les régulateurs dans l’encadrement des additifs utilisés dans le vapotage, alors que selon les chiffres cités par l'American Heart Association, les ventes américaines de cigarettes électroniques au menthol ont augmenté de près de 176 % entre 2019 et 2023, et celles des produits contenant des agents rafraîchissants synthétiques ont augmenté de plus de 870 % entre 2020 et 2023. « Les agents rafraîchissants sont souvent présents dans les cigarettes électroniques à des concentrations supérieures à celles de la nicotine ou des autres arômes », a déclaré Alex Carll, professeur de physiologie à la faculté de médecine de l'Université de Louisville. « Il est nécessaire d’envisager des limites réglementaires concernant la concentration de ces agents rafraîchissants dans les cigarettes électroniques. »[2]

Rappelons que la FDA américaine vient, malgré des preuves scientifiques de faible intérêt pour le sevrage tabagique, d’assouplir sa réglementation sur les arômes fruités de cigarettes électroniques.

©Génération Sans Tabac

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[1]Kucera C., Ramalingam A., Raph S., Paily R., Srivastava S., Lorkiewicz P., Bhatnagar A., Nystoriak M., Carll P., Influence of Cooling Agents on the Arrhythmogenic and Autonomic Effects of Electronic Cigarettes in an in vivo Model, Circulation Arrhythmia and Electrophysiology, American Heart Association, publié le 15 juin 2026, consulté le 18 juin 2026

[2]Seyoung Moon, Louisville cardiology team links e-cigarette cooling additives to cardiac arrhythmia, DongA Science, publié le 15 juin 2026, consulté le 18 juin 2026

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