FDA : aucun bénéfice supplémentaire des arômes fruités du vapotage pour l’arrêt du tabac
16 juin 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 12 juin 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Une note scientifique récemment publiée par la Food and Drug Administration (FDA) américaine apporte un éclairage important dans le débat sur les arômes des produits du vapotage[1]. À l’occasion de l’autorisation de commercialisation de plusieurs cigarettes électroniques aromatisées de la marque Glas, l’agence fédérale indique que les arômes fruités et mentholés étudiés n’ont pas démontré de bénéfice supplémentaire par rapport aux produits aromatisés au tabac pour favoriser l’arrêt du tabagisme ou la réduction de la consommation de cigarettes. Cette conclusion remet en question l’un des principaux arguments avancés depuis plusieurs années par les fabricants de produits du vapotage et l’industrie du tabac, selon lequel les arômes seraient indispensables pour permettre aux fumeurs de se détourner durablement des cigarettes combustibles.
L’analyse de la FDA repose sur l’examen scientifique des demandes d’autorisation déposées par l’entreprise Glas Inc. pour cinq cartouches de cigarettes électroniques contenant de la nicotine, dont des versions mangue, myrtille et menthol. L’agence s’est notamment appuyée sur une étude d’usage randomisée menée pendant trois mois auprès d’adultes fumeurs consommant plus de dix cigarettes par jour. Les chercheurs ont comparé les taux de substitution complète ou partielle du tabac entre les utilisateurs de produits aromatisés et ceux utilisant une version au goût tabac. La FDA a également évalué les risques d’attractivité pour les jeunes, les données toxicologiques, les risques de dépendance ainsi que l’efficacité d’un système de vérification d’âge intégré aux dispositifs.
Les arômes n’apportent pas de bénéfice supplémentaire démontré pour l’arrêt du tabac
L’un des principaux enseignements de la note est que les produits aromatisés à la mangue, à la myrtille ou au menthol n’ont pas montré de résultats statistiquement supérieurs aux produits aromatisés au tabac en matière d’arrêt du tabagisme ou de réduction significative de la consommation de cigarettes. La FDA souligne explicitement que l’étude d’usage randomisée fournie par Glas n’a mis en évidence aucune différence significative entre les différentes saveurs évaluées pour favoriser la substitution du tabac combustible.
Cette conclusion est particulièrement notable dans un contexte où les fabricants de cigarettes électroniques et l’industrie du tabac affirment régulièrement que les arômes constituent un élément essentiel pour permettre aux fumeurs d’abandonner durablement la cigarette. Selon cet argument, l’interdiction des saveurs autres que le tabac conduirait une partie importante des utilisateurs à reprendre le tabagisme. Or, les données examinées par la FDA ne montrent pas que les saveurs fruitées ou mentholées permettent davantage de se détourner du tabac que les produits au goût tabac.
L’étude montre certes que les utilisateurs des différents produits ont obtenu des résultats significatifs en matière de réduction ou d’arrêt du tabagisme. Après trois mois, les taux de substitution complète de la cigarette variaient entre 12 % et 18 % selon les saveurs testées, tandis que près de la moitié des participants avaient réduit leur consommation quotidienne de cigarettes de 50 % à 99 %. Toutefois, ces bénéfices ont été observés pour l’ensemble des produits étudiés, y compris la version aromatisée au tabac. La FDA précise ainsi que les saveurs fruitées et mentholées n’ont pas démontré une efficacité supérieure à celle des produits aromatisés au tabac pour favoriser l’arrêt ou la réduction de la consommation de cigarettes.
Une autorisation fondée sur un dispositif de verrouillage d’accès, et non sur les arômes
La décision de la FDA d’autoriser ces produits ne repose donc pas sur la démonstration d’un intérêt particulier des arômes pour les fumeurs adultes. Elle s’appuie principalement sur un système technologique de contrôle d’accès considéré comme susceptible de limiter fortement l’utilisation par les mineurs.
Les produits Glas nécessitent en effet une vérification d’identité et d’âge via une application mobile associée à une pièce d’identité officielle avant de pouvoir être utilisés. Selon les données examinées par la FDA, aucun des 43 mineurs ayant participé aux essais n'est parvenu à activer le dispositif, tandis que 83 % à 96 % des adultes ont réussi à compléter la procédure de vérification.
L’agence considère ainsi que ce système de verrouillage constitue l’élément central ayant permis l’autorisation des produits aromatisés. En l’absence de ce dispositif, les fabricants auraient dû démontrer que les saveurs fruitées et mentholées apportaient un bénéfice supplémentaire aux fumeurs adultes par rapport aux produits au goût tabac. Dans son résumé scientifique, elle précise même que les produits fruités « n’avaient pas besoin de démontrer un bénéfice supplémentaire pour les adultes » par rapport aux produits au goût tabac dès lors que le risque d’usage chez les jeunes était jugé suffisamment réduit.
Un argument supplémentaire dans le débat sur l’interdiction des arômes
Depuis plusieurs années, les opposants aux restrictions sur les arômes invoquent le risque d’un retour massif au tabagisme chez les utilisateurs adultes de cigarettes électroniques. Cet argument est régulièrement mobilisé dans les débats réglementaires aux États-Unis comme en Europe afin de s’opposer aux interdictions des saveurs fruitées, sucrées ou mentholées.
Les conclusions de la FDA apportent également des éléments importants concernant la protection des jeunes. L’agence rappelle que les produits aromatisés présentent un risque particulier pour cette population, soulignant que 88 % des adolescents américains ayant utilisé une cigarette électronique au cours des 30 derniers jours consommaient un produit aromatisé. Les saveurs fruitées demeurent les plus populaires parmi les jeunes utilisateurs.
La FDA souligne également que les restrictions classiques en matière de publicité, de promotion ou de vente ne permettent pas, à elles seules, de réduire suffisamment le risque d’initiation des jeunes aux produits aromatisés. Selon l’agence, seuls des mécanismes particulièrement stricts de limitation de l’accès, comme le système de vérification d’âge intégré aux produits Glas, peuvent être susceptibles de compenser l’attractivité importante que ces produits exercent auprès des mineurs.
L’agence reconnaît toutefois que ces résultats reposent sur des essais réalisés dans un environnement contrôlé et sur un nombre limité de participants mineurs, ce qui ne permet pas d’exclure totalement des usages détournés dans des conditions réelles.
Dans ce contexte, l’analyse scientifique réalisée par la FDA suggère que le maintien des arômes ne peut être justifié par l’existence d’un bénéfice démontré supérieur aux saveurs tabac en matière d’arrêt du tabagisme. La note constitue ainsi un élément supplémentaire dans le débat sur l’encadrement des arômes du vapotage : leur attractivité auprès des jeunes est largement documentée, tandis que leur contribution spécifique à l’arrêt du tabac par rapport aux saveurs tabac reste, à ce jour, non démontrée.
AE
[1] Matthew Perrone, FDA's e-cigarette authorization: Fruity vapes not significantly better than tobacco ones, ABC News, publié le 11 juin 2026, consulté le jour-même
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