Une étude met en lumière les dégâts écologiques et sociaux de la culture du tabac au Zimbabwe

25 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 22 janvier 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Une étude met en lumière les dégâts écologiques et sociaux de la culture du tabac au Zimbabwe

Une étude menée par le Tobacco Control Research Group de l’Université de Bath a analysé les effets environnementaux et socio-économiques de la production du tabac de Virginie séché à l’air chaud (FCV), l’un des types de feuilles de tabac les plus utilisés dans le monde. Les résultats mettent en évidence des impacts significatifs sur les écosystèmes forestiers et sur les conditions de vie des agriculteurs, en particulier au Zimbabwe[1].

Des petits producteurs maintenus dans la dépendance économique vis-à-vis du tabac

Le Zimbabwe figure parmi les principaux producteurs mondiaux de tabac FCV. Le pays occupe le troisième rang mondial. Ce tabac représente 99,95 % des exportations nationales de feuilles de tabac, pour une valeur d’environ 1 milliard de dollars américains (USD), soit plus de 2 % du PIB du pays qui est évalué à 44 milliards de USD.

Environ 100 000 petits agriculteurs sont impliqués dans cette culture, dont des enfants. Ces planteurs sont généralement sous contrat avec de grandes entreprises de tabac. Les contrats incluent des prêts pour l’achat d’intrants agricoles, mais imposent aux agriculteurs de vendre leur production exclusivement à l’entreprise contractante, qui fixe les prix.

Ce système limite la concurrence et réduit la capacité des producteurs à dégager des marges suffisantes pour investir dans la protection de l’environnement ou se tourner vers d’autres cultures.

Un procédé de production qui contribue à la pollution et la déforestation mondiales

Le tabac FCV est principalement utilisé dans la fabrication de cigarettes. Après la récolte, les feuilles sont séchées pendant plusieurs jours dans des granges chauffées, un procédé nécessitant de grandes quantités de bois.

Selon l’étude, environ 60 000 hectares de forêts de Miombo, le plus vaste écosystème forestier tropical sec au monde qui s'étend sur sept pays, dont le nord-est du Zimbabwe, seraient détruits chaque année pour alimenter ce processus de fabricant du Zimbabwe, contribuant à la déforestation et aux émissions de gaz à effet de serre, et donc au changement climatique mondial.

Les auteurs soulignent que ce type de tabac est recherché par l’industrie pour sa forte teneur en sucre et sa faible teneur en nicotine, caractéristiques obtenues au terme d’un processus de production intensif en ressources naturelles.

Les auteurs de l’étude soulignent également que certaines entreprises multinationales externalisent de plus en plus les activités de séchage du tabac vers des pays à revenu faible ou intermédiaire, où les cadres réglementaires environnementaux sont moins stricts.

Le Dr. Michael Bloomfield, co-auteur de l'étude et membre du Centre d'études du développement, explique ainsi que les entreprises de tabac de pays comme les États-Unis et la Chine délocalisent de plus en plus le séchage du tabac vers des pays comme le Zimbabwe, où la surveillance est moins stricte, externalisant ainsi de fait la déforestation.

Réduire l’offre et la demande de FCV dans un pays où l’industrie est omniprésente

Les auteurs rappellent que la protection de l’environnement et la diversification des cultures agricoles constituent l’une des dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), notamment dans ses articles 17 et 18.

Ces dispositions prévoient le soutien au développement de filières agricoles alternatives économiquement viables pour les exploitants, permettant aux agriculteurs de réduire leur dépendance au tabac, voire de désengagement complet dans cette culture, avec un soutien financier et logistique accru. En 2023, le Zimbabwe a produit, d’après le Tobacco Atlas, 236 818 tonnes de tabac sur 136 126 hectares de terres agricoles de qualité qui auraient pu être utilisées pour des cultures vivrières.

Les auteurs de l’étude suggèrent par ailleurs que des mesures visant à réduire la demande de tabac FCV pourraient être envisagées dans le cadre des dispositions de la CCLAT relatives à la réglementation du contenu des produits du tabac (articles 9 et 10), à travers une réglementation sur les additifs, la saveur, et potentiellement la limitation de la feuille FCV dans la fabrication. En outre, une meilleure information des consommateurs sur les conséquences environnementales des modes de production du tabac devrait, selon eux, être assurée à ce niveau.

Enfin, les efforts de reforestation doivent être renforcés et mieux encadrés pour préserver l’écosystème Miombo, en privilégiant des actions efficaces et durables.

Cela permettrait à ce pays, qui est devenu Partie au traité de la CCLAT par voie d’adhésion le 4 décembre 2014, d’être moins dépendant économiquement de l’industrie du tabac. Cette dernière demeure pour l’heure très présente et influente dans le pays. Elle affaiblit également les politiques de santé multilatérales lors des négociations internationales via ce pays.

Cette même industrie commercialise ses produits de manière agressive auprès des populations à faibles revenus et des jeunes, dans un pays où le tabagisme des enfants et adolescents de 10-14 ans était extrêmement élevé en 2023 (17,05 % pour les garçons et 11,2 % pour les filles).

Le pays d’Afrique australe est de ce fait très en retard dans la mise en œuvre de politiques antitabac : absence de lieux sans tabac dans les lieux publics et à usage collectif (bureaux, restaurants, bars…), pas de services de sevrage tabagique, des avertissements uniquement textuels sur les paquets de cigarettes qui ne recouvrent que 20 % en moyenne des faces avant et arrière, aucune campagne médiatique antitabac, et aucune interdiction directe ou indirecte de la publicité, promotion ou du parrainage du tabac[2].

Par ailleurs, les nouveaux produits – cigarettes électroniques, sachets de nicotine, snus – ne sont encadrés par aucune loi spécifique dans le pays[3] tandis que les rares dispositions applicables aux produits du tabac ne sont pas appliquées pour le tabac chauffé.

Seule la mise en place de mesures de santé publique strictes correspondant à la transposition des mesures de la CCLAT dans le droit interne de ce pays et leur application permettraient au Zimbabwe de réduire l’emprise du FCV et plus globalement de l’industrie du tabac sur la santé, l’économie et l’environnemental local.

©Génération Sans Tabac

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[1]Hiscock R, Matthes BK, Bloomfield MJ, Flue-cured tobacco in Zimbabwe: a particularly harmful commodity requiring the attention of tobacco control, Tobacco Control, publié le 12 janvier 2026, consulté le 19 janvier 2026

[2]Drope J, Hamill S, Country profile: Zimbabwe, The Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, publié en 2025, consulté le 20 janvier 2026

[3]Tobacco smoking in Zimbabwe, Global State of Tobacco Harm Reduction, mis à jour le 11 décembre 2025, consulté le 20 janvier 2026

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