Tabac et sport mécanique : une visibilité persistante en contradiction avec les objectifs de santé publique

8 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 5 décembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Tabac et sport mécanique : une visibilité persistante en contradiction avec les objectifs de santé publique

Ferrari et Philip Morris International (PMI) ont officialisé la prolongation de leur partenariat historique dans les sports mécaniques, partenariat présenté comme un engagement renouvelé pour l’innovation et de nouveaux projets à long terme. Les communiqués des deux entreprises mettent en avant une collaboration technologique renforcée, le lancement d’un « nouveau chapitre » stratégique et la poursuite d’un soutien mutuel fondé sur des décennies de coopération. Si cet accord s’inscrit dans la continuité d’une relation emblématique du sport automobile, il soulève néanmoins des interrogations majeures du point de vue des politiques de santé publique, compte tenu des liens anciens entre la F1 et l’industrie du tabac et de la nécessité de prévenir toute forme d’influence promotionnelle indirecte auprès de publics jeunes[1].

Un partenariat historique renouvelé

La prolongation du partenariat entre Ferrari et Philip Morris International s’inscrit dans la continuité d’une relation ancienne, qui demeure l’une des plus visibles du paysage de la Formule 1 malgré l’évolution des règles internationales encadrant la présence de l’industrie du tabac dans le sport. Le nouvel accord est présenté comme un prolongement des coopérations existantes, notamment dans les domaines techniques et opérationnels, sans que les contours précis de ces collaborations soient détaillés.

Les deux entreprises mettent en avant la poursuite d’un lien institutionnel établi de longue date, désormais décrit comme orienté vers des échanges d’expertise. Cette communication reprend une logique de continuité plus que de rupture. L’annonce d’un engagement pluriannuel renforce l’idée d’un partenariat conçu pour perdurer, indépendamment des changements de cadre réglementaire ou des évolutions du sport. La persistance de cette alliance du cigarettier souligne le décalage entre son discours institutionnel de rupture et la réalité des faits. La rhétorique de la performance, de l’innovation mise en avant reprend mot pour mot la présentation d’accords anciens passés entre les deux entreprises. Elle met également en exergue le poids financier majeur des cigarettiers en tant que sponsors.  Cette dynamique, davantage fondée sur l’héritage et sur la persistance d’une association ancienne que sur une nécessité opérationnelle clairement établie, contribue à maintenir une présence institutionnelle de PMI dans un environnement médiatique mondial. Dans ce contexte, la référence à la technologie, à l’ingénierie ou à la recherche constitue surtout un registre de communication destiné à justifier la continuité d’une relation qui, en pratique, prolonge avant tout une association symbolique construite sur plusieurs décennies.

Une visibilité stratégique en décalage avec les engagements de santé publique

L’implication continue de Philip Morris International dans l’écosystème de la Formule 1 s’inscrit dans une stratégie plus large visant à maintenir une visibilité institutionnelle dans des environnements fortement médiatisés, malgré les restrictions imposées au parrainage du tabac. Cette présence, fondée sur des partenariats historiques et des actions périphériques aux compétitions, permet à l’entreprise de demeurer associée à un sport mondialement suivi et fortement valorisé. Elle lui offre ainsi une exposition symbolique importante, sans recourir à un marketing direct, dans un domaine où l’image de performance, de technologie et d’innovation bénéficie d’une large adhésion sociale et est particulièrement prisée par les cibles du cigarettier.

Dans ce contexte, le risque de normalisation auprès des jeunes publics est particulièrement préoccupant. La Formule 1 attire une audience croissante parmi les adolescents et les jeunes adultes et aussi les femmes, notamment via les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et les contenus dérivés qui multiplient les points de contact. L’association récurrente d’un acteur du tabac à un sport perçu comme moderne, spectaculaire et culturellement attractif peut contribuer à banaliser la présence de l’industrie dans l’espace public et à affaiblir la perception des risques liés aux produits du tabac et de la nicotine. Cette exposition indirecte, favorisée par des contenus numériques viralisés et par l’engagement massif des communautés de fans, peut brouiller les messages de prévention et réduire l’impact des politiques visant à protéger les jeunes générations.

Cette dynamique soulève par ailleurs des interrogations majeures quant à la cohérence de ces pratiques avec les engagements pris par de nombreux États au titre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. La CCLAT dispose en son article 13 que sont interdites toutes les formes de publicité en faveur du tabac, de promotion et de parrainage qui contribuent à promouvoir un produit du tabac par des moyens fallacieux, tendancieux ou trompeurs, ou susceptibles de donner une impression erronée quant aux caractéristiques, aux effets sur la santé, aux risques ou émissions du produit.. Or, en maintenant une présence institutionnelle dans un sport globalisé, PMI bénéficie d’une visibilité difficilement conciliable avec cette mesure.

Des décisions judiciaires qui confirment l’illégalité de ces partenariats

Depuis 2019, des décisions de justice et des plaintes officielles ont mis en lumière l’illégalité des partenariats entre acteurs du tabac ou de la nicotine et des équipes ou événements sportifs. En France, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) a engagé une procédure contre Philip Morris concernant son partenariat en faveur de Mission Winnow lors du Grand Prix moto du Mans en 2019[2]. Les juges ont contraint le cigarettier à se mettre en conformité avec la législation française. Cette affaire a eu un effet domino : le logo de la marque a été retiré de l’ensemble des courses européennes.

Cette vigilance s’est également étendue aux usages récents de produits nicotiniques dits « alternatifs ». Aux Pays-Bas, plusieurs organisations de santé, parmi lesquelles la KWF Dutch Cancer Society et la Dutch Heart Foundation, ont déposé en 2023 une plainte contre l’écurie McLaren F1 Team pour la visibilité de la marque de sachets de nicotine sur ses monoplaces lors du Grand Prix de Zandvoort. Elles dénoncent ce qu’elles estiment être une publicité déguisée.[3].

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Philip Morris International Expands its Partnership with Scuderia Ferrari HP, Launching a Bold New Chapter in Their Long-Standing Relationship, Business Wire, publié le 3 décembre 2025, consulté le jour-même

[2] Génération sans tabac, Philip Morris condamné pour opération de parrainage illicite lors du Grand Prix de moto de France, publié le 1er mai 2024, consulté le 3 décembre 2025

[3] Génération sans tabac, Pays-Bas : plainte déposée contre McLaren pour publicité des sachets de nicotine VELO pendant le championnat de Formule 1, publié le 23 août 2023, consulté le 3 décembre 2025

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser