Royaume-Uni : plus de 90 000 réponses automatisées d’origine inconnue ont visé une consultation sur les puffs

4 novembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 28 octobre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Royaume-Uni : plus de 90 000 réponses automatisées d’origine inconnue ont visé une consultation sur les puffs

Une étude publiée dans Tobacco Control révèle que 76,5 % des réponses à la consultation britannique de 2023 sur la création d’une génération sans tabac et la lutte contre le vapotage des jeunes ont été identifiées comme automatisées par les autorités[1]. Ces contributions visaient presque exclusivement à s’opposer à l’interdiction de la vente et de la distribution des cigarettes électroniques jetables ou « puffs ». Écartées de l’analyse officielle, elles auraient, si elles avaient été conservées, inversé la tendance observée parmi les réponses jugées valides. Les chercheurs ne sont toutefois pas en mesure d’identifier les responsables ou les éventuels financeurs de cette campagne.

Une consultation publique submergée de réponses automatisées

Organisée à partir d’octobre 2023, la consultation du gouvernement britannique portait sur un ensemble de mesures destinées à réduire le tabagisme et le vapotage chez les jeunes. Elle abordait notamment l’interdiction générationnelle de la vente de tabac ainsi que différentes restrictions concernant les produits du vapotage, dont les cigarettes électroniques jetables. Sur les 118 756 contributions reçues, le ministère britannique de la Santé et des Affaires sociales (DHSC) en a classé 90 835 comme frauduleuses et générées par des programmes automatisés, ou « bots ». Ces contributions représentaient 76,5 % de l’ensemble des réponses. Le rapport gouvernemental publié début 2024 les a exclues pour ne retenir que 27 921 contributions.

Pour examiner le contenu de ces réponses écartées, Nason Maani, rattaché à l’université d’Édimbourg et à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, et Anna Gilmore, de l’université de Bath, ont analysé les documents publics de la consultation et sollicité des informations au titre de la législation britannique sur l’accès aux documents administratifs. Après plusieurs échanges, le ministère leur a transmis un tableau de synthèse et un fichier de données.

Une opposition presque unanime aux restrictions sur les produits jetables

Les contributions identifiées comme automatisées ne comportaient aucun texte libre : elles se limitaient à des sélections dans les questions à choix multiples. Parmi elles, 90 833 s’opposaient à ce que les restrictions sur les cigarettes électroniques jetables prennent la forme d’une interdiction de leur vente et de leur distribution, soit plus de 99,9 % des réponses classées comme automatisées. Le même nombre de contributions indiquait avoir découvert la consultation sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, 90 832 répondaient « ne sait pas » à une question sur un délai de mise en œuvre d’au moins six mois. La quasi-totalité des contributions automatisées laissait les autres questions sans réponse.

Selon les auteurs, l’ampleur de cet afflux et la forte homogénéité des réponses suggèrent une campagne coordonnée. Les autorités avaient notamment relevé des contributions dupliquées à de nombreuses reprises et envoyées à une fréquence élevée depuis un nombre limité d’adresses IP. Certaines données étaient également incompatibles avec le parcours normalement suivi par une personne remplissant manuellement le formulaire.

Sans filtrage, les résultats auraient donné une image inverse des contributions valides

L’exclusion des réponses automatisées a profondément modifié la lecture des résultats. Parmi les répondants dont les contributions ont été retenues, 79,6 % soutenaient les restrictions sur la vente des cigarettes électroniques jetables. À l’inverse, si l’ensemble des contributions avait été considéré comme authentique, 81,3 % des répondants auraient semblé s’opposer à l’interdiction de leur vente et de leur distribution. Ces proportions décrivent les contributions à une consultation publique, et non les résultats d’un sondage représentatif de la population britannique. Elles montrent néanmoins comment un afflux massif de réponses automatisées aurait pu donner l’apparence d’une opposition majoritaire à une mesure soutenue par la plupart des participants retenus dans l’analyse officielle.

Les chercheurs présentent ce cas comme le premier exemple documenté d’interférence automatisée à grande échelle dans une consultation publique formelle consacrée à une politique de santé. Ils soulignent que le filtrage effectué par les autorités a, dans ce cas, empêché ces contributions de peser sur les résultats publiés.

Face à une campagne d’origine inconnue, les auteurs appellent à renforcer les contrôles et la transparence dans les consultations

L’étude ne permet pas d’attribuer cette campagne à une entreprise, une organisation professionnelle ou un autre acteur. Les auteurs précisent que les informations obtenues ne suffisent pas à déterminer sa provenance, ses éventuels commanditaires ou son financement commercial.  Ils rapprochent toutefois cet épisode de stratégies d’influence déjà documentées dans le secteur du tabac. Lors de précédentes consultations, notamment celle consacrée au paquet neutre au Royaume-Uni, les entreprises du tabac avaient cherché à multiplier les contributions favorables à leurs positions à travers des campagnes de mobilisation et l’envoi de cartes-réponses. Ce précédent ne constitue cependant pas une preuve de leur implication dans les réponses automatisées de 2023.

L’analyse comporte également des limites méthodologiques. Le ministère n’a pas communiqué le détail de ses outils de détection ni les métadonnées nécessaires à leur évaluation indépendante. Les chercheurs se sont donc appuyés sur sa classification, sans pouvoir la vérifier eux-mêmes. Enfin, l’étude d’un cas unique ne permet pas de déterminer la fréquence de telles pratiques dans d’autres consultations.

Pour les auteurs, cet épisode souligne la nécessité d’adapter les dispositifs de protection à l’évolution des outils automatisés. Ils évoquent notamment la limitation du nombre d’envois depuis une même adresse IP, les tests de vérification de type CAPTCHA et le renforcement des capacités de cybersécurité des administrations. Ces mesures peuvent compliquer les campagnes automatisées, sans supprimer les incitations à influencer les consultations. Les chercheurs recommandent également d’intégrer des questions explicites sur les conflits d’intérêts et d’améliorer les garanties de transparence entourant la participation. Ils estiment que les administrations disposant de moyens techniques et humains plus limités pourraient être particulièrement exposées à ces tentatives de manipulation. L’enjeu est de préserver l’intégrité des consultations et la confiance dans leur utilisation pour élaborer les politiques de santé publique.

Caroline Cerny, directrice générale adjointe d'Action on Smoking and Health, a réagi : « Les preuves que des robots d'intelligence artificielle ont été utilisés pour submerger une consultation du ministère de la Santé sont profondément préoccupantes. » « Compte tenu des antécédents de l’industrie du tabac en matière de tentatives de saper la réglementation en matière de santé publique, nous devons être vigilants face au risque que les progrès technologiques puissent être utilisés pour servir des intérêts commerciaux en matière de politique de santé et mettre en place des garde-fous. » « Les décisions qui ont une incidence sur la santé publique doivent se fonder sur des preuves solides et une expertise, et non sur des chiffres de réponse manipulés. »[2].

©Génération Sans Tabac

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[1]Maani N., Gilmore A., Examining the nature of bot responses to public health consultations: the example of automated submissions to the 2023 UK Tobacco and Vapes Bill, Tobacco Control, publié le 27 octobre 2026, consulté le 28 octobre 2026

[2]Denis Campbell, AI bots flooded 2023 UK government consultation on disposable vapes ban, The Guardian, publié le 27 octobre 2026, consulté le 28 octobre 2026

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