Robert F. Kennedy Jr., ministre américain de la Santé, limoge la directrice du CDC et promeut la nicotine
5 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 29 août 2025
Temps de lecture : 7 minutes
Le docteur Susan Monarez, directrice des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), a été démise de ses fonctions le 27 août 2025 par la Maison Blanche, à peine un mois après sa confirmation par le Sénat. Cette décision, souhaitée par Robert F. Kennedy Jr., ministre de la Santé, illustre les tensions croissantes entre le ministère et la principale agence sanitaire du pays[1]. Le ministre, qui avait mis la lutte contre l’ingérence des industries dans les politiques sanitaires au cœur de ses préoccupations, a pourtant fait la promotion des sachets de nicotine et du vapotage comme alternatives au tabac, alors que ceux-ci ne sont reconnus scientifiquement qu’à court terme pour certaines catégories de fumeurs.
Limogeage de Susan Monarez et tensions entre le ministre et les responsables des CDC
Susan Monarez aurait refusé de soutenir l’annulation de certaines autorisations de vaccins contre les coronavirus, un point de divergence majeur avec l’actuel ministre, connu pour ses positions controversées sur la vaccination. Son départ a entraîné une série de démissions au sein des CDC, dont celle de Demetre C. Daskalakis, directeur du Centre national pour l’immunisation et les maladies respiratoires, qui a dénoncé une utilisation politique de l’agence au détriment de la science, mais aussi du docteur Debra Houry, directrice adjointe de l'agence, du docteur Daniel Jernigan, directeur du Centre national pour les maladies infectieuses émergentes et zoonotiques de l'agence et du docteur Jennifer Layden, directrice du Bureau des données, de la surveillance et des technologies de santé publique.
« Lorsque la directrice du CDC, Susan Monarez, a refusé d'approuver sans discussion des directives non scientifiques et imprudentes et de licencier des experts de santé dévoués, elle a choisi de protéger le public plutôt que de servir un agenda politique. C'est pour cette raison qu'elle a été prise pour cible », ont écrit les avocats Mark Zaid et Abbe David Lowell dans un communiqué[2].
« La perte d'experts en maladies infectieuses expérimentés et de renommée mondiale au CDC est directement liée à l'échec du leadership des extrémistes actuellement à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux », a déclaré Michael Osterholm, chercheur en maladies infectieuses à l'université du Minnesota. « Ils rendent notre pays moins sûr et moins préparé aux urgences de santé publique. ».
En attendant une nouvelle nomination, Jim O’Neill, proche collaborateur de Robert F. Kennedy Jr., a été désigné directeur par intérim des CDC. Les désaccords concernant la politique vaccinale mettent en lumière un climat de tensions de l’agence publique avec le ministère, marquées par la méfiance d’une partie du personnel scientifique vis-à-vis de leurs orientations actuelles.
La stratégie politique de Robert F. Kennedy Jr. et ses controverses
Depuis sa prise de fonction, Robert F. Kennedy Jr. a cherché à imprimer sa marque sur la politique de santé publique à travers son initiative « Make America Healthy Again » (MAHA), variante du slogan « Make American Great Again » (MAGA) de Donald Trump. Celle-ci combine des mesures saluées y compris par le parti démocrate, comme l’interdiction de certains additifs alimentaires et la critique de l'influence de « Big Pharma » (surnom de l’industrie pharmaceutique inspiré de « Big Tobacco ») sur les politiques de santé, et des prises de position politiques plus controversées, notamment une méfiance affirmée vis-à-vis des vaccins.
R.F. Kennedy a ainsi commandé une étude sur un possible lien entre vaccination et autisme, malgré le consensus scientifique rejetant cette hypothèse. Il a également remplacé les membres du Comité consultatif sur les pratiques de vaccination par des personnalités critiquées pour leurs positions proches du mouvement antivaccins.
Ces orientations nourrissent de fortes inquiétudes dans la communauté scientifique. Plusieurs experts estiment que la remise en cause répétée des programmes de vaccination pourrait fragiliser la confiance du public et faire reculer les acquis en matière de santé. Pour eux, la crise actuelle autour de la direction des CDC illustre plus largement les risques d’une politisation des décisions scientifiques dans un contexte où la lutte contre les maladies infectieuses reste un enjeu majeur.
Promouvoir les sachets de nicotine et le vapotage, un choix en faveur de l’industrie rejeté par les experts de santé
Par ailleurs, Robert F. Kennedy Jr. a affirmé que les sachets de nicotine sans tabac, placés entre la lèvre et la gencive, pourraient représenter l’alternative la plus sûre aux cigarettes[3]. Selon lui, ces produits non validés par la FDA, déjà populaires en Suède et au Royaume-Uni, pourraient réduire les maladies liées au tabagisme et générer d’importantes économies de santé publique. Les produits du tabac coûtent 600 à 640 milliards de dollars par an au système de santé américain (soit jusqu’à 548 milliards d’euros). Il a ajouté que la nicotine en elle-même n’était pas cancérigène, tout en citant une étude non précisée du National Institutes of Health suggérant des bénéfices possibles, notamment contre les risques de démence et de maladie d’Alzheimer.
De plus, il a fait la promotion de la cigarette électronique, dont le seul problème viendrait, selon lui, de l’importation de modèles bon marché provenant de Chine[4]. Ses propos ont été salués par certains organismes libertariens proches de l’industrie, permettant ce faisant aux fabricants de tabac de mettre en avant une « reconnaissance scientifique » de leurs produits.
Plusieurs associations de santé, dont l’American Lung Association, contestent ces affirmations. Elles soulignent que les effets à long terme des sachets de nicotine restent mal connus et rappellent les risques de cancers et de problèmes bucco-dentaires associés aux produits sans fumée, ainsi que des symptômes comprenant une irritation cutanée, des palpitations cardiaques, une élévation de la pression artérielle, une accélération du rythme cardiaque, de l’anxiété, de l’irritabilité et des troubles du sommeil.
Des médecins pointent également les risques majeurs de très forte dépendance et de symptômes importants lors de sevrage. Enfin, certains chercheurs mettent en garde contre le marketing de l’ensemble de ces nouveaux produits, ciblant tout particulièrement les jeunes. Ils pointent notamment les arômes attractifs, une présentation des produits évoquant des confiseries et des dispositifs électroniques ludiques, qui facilitent l’initiation et l’addiction. On estime que plus de 1,6 million de mineurs vapotent aux États-Unis[5].
Campaign for Tobacco-Free Kids a réagi à cette annonce du ministre en exhortant l'administration américaine à protéger les infrastructures de santé publique du pays, y compris les experts en santé publique qui sont en première ligne pour protéger la santé et la sécurité des Américains. L’organisation a également appelé le Congrès à exercer sa responsabilité en matière de contrôle rigoureux des actions de l'administration et à maintenir son financement du CDC et des autres agences de santé publique[6].
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[1]Sébastian Seibt, Entre le ministre Robert F. Kennedy Jr et le monde américain de la santé, rien ne va plus, France 24, publié le 28 août 2025, consulté le 29 août 2025
[2]Mike Stobbe, CDC director Susan Monarez is fired and other agency leaders resign, AP News, publié le 28 août 2025, consulté le 29 août 2025
[3]Sean Salai, RFK Jr. calls pouches ‘safest way to consume nicotine’, The Washington Times, publié le 22 août 2025, consulté le 29 août 2025
[4]Tim Hains, HHS Secretary Kennedy: "Nicotine Does Not Cause Cancer," We're "Fast-Tracking" Vapes That Aren't Dangerous, RealClear Politics, publié le 28 août 2025, consulté le 29 août 2025
[5]Christie Blaser, Opinion: Cuts to federal anti-tobacco programs put Utah kids at risk, DeseretNews, publié le 28 août 2025, consulté le 29 août 2025
[6]Campaign for Tobacco-Free Kids, Attacks on CDC and Its Leadership Put Americans’ Lives and Health at Risk, publié le 28 août 2025, consulté le 29 août 2025