Le Sénat américain défend les programmes de santé publique face aux coupes budgétaires
11 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 19 août 2025
Temps de lecture : 7 minutes
Le 1ᵉʳ août 2025, commission permanente des finances du Sénat américain a approuvé un financement renforcé pour les programmes du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), notamment ceux dédiés à la lutte contre les maladies chroniques et le tabagisme. Ce vote bipartisan intervient dans un contexte de désengagement marqué de l’exécutif en matière de santé publique, illustré par les coupes budgétaires massives imposées depuis le retour au pouvoir de Donald Trump[1].
Un soutien bipartisan aux programmes du CDC
Face aux menaces de coupes budgétaires imposées par l’exécutif fédéral, la commission permanente des finances du Sénat a envoyé un signal fort en faveur de la santé publique. Le 31 juillet 2025, elle a adopté à une écrasante majorité (26 voix contre 3) le projet de loi budgétaire « Labor, Health and Human Services, Education, and Related Agencies » (LHHS) pour l’exercice 2026. Ce texte, qui couvre notamment les dépenses de santé publique fédérales, prévoit le maintien — voire le renforcement — de plusieurs lignes budgétaires stratégiques, à commencer par les programmes du Centers for Disease Control and Prevention (CDC).
Parmi les postes spécifiquement protégés figurent les programmes de prévention des maladies chroniques, la santé environnementale, la lutte contre les blessures, la recherche sur les violences liées aux armes à feu, la santé mondiale, la vaccination, ainsi que l’Office on Smoking and Health, qui pilote les politiques antitabac au niveau fédéral. La commission sénatoriale rejette explicitement les propositions de suppression ou de redéploiement de ces fonctions, telles que formulées par l’administration Trump.
Ce consensus bipartisan reflète une reconnaissance transpartisane de l’importance des missions du CDC. La commission note que les programmes ciblant les maladies chroniques et le tabac figurent parmi les plus rentables du système fédéral : selon les données fournies par l’Alliance for a Healthier Generation et la Campaign for Tobacco-Free Kids, chaque dollar investi dans la prévention du tabagisme permettrait d’économiser 55 dollars en coûts de santé évités à moyen et long terme. Par ailleurs, l’Office on Smoking and Health reste la seule source fédérale de soutien pour les campagnes médiatiques nationales de prévention, telles que « Tips from Former Smokers », qui ont permis à plus d’un million d’Américains d’arrêter de fumer.
Dans le texte adopté, les sénateurs ont introduit une clause supplémentaire visant à encadrer toute tentative de restructuration interne du CDC. Il est désormais exigé que tout projet de fusion, suppression ou transfert de division fasse l’objet d’un rapport détaillé, soumis au Congrès pour approbation. Cette disposition vise à prévenir une instrumentalisation politique des agences sanitaires et à protéger leur indépendance technique.
L’administration Trump, un recul sans précédent pour la santé publique
Depuis son retour à la présidence en janvier 2025, Donald Trump a lancé une restructuration massive des agences fédérales[2]-[3], marquée par la suppression de près de 20 000 postes, dont plus de 1 300 au sein du CDC et plus de 3 000 à la Food and Drug Administration (FDA). Cette vague de licenciements a touché des domaines aussi cruciaux que la prévention du cancer, la santé mentale, la sécurité des produits de consommation et le suivi épidémiologique.
Outre les suppressions de postes, plusieurs lignes budgétaires votées par le Congrès ont été gelées ou purement supprimées par l’Office of Management and Budget. Entre 200 et 300 millions de dollars destinés à des programmes de prévention (tabac, diabète, violence, blessures par armes à feu) ont ainsi été bloqués sans justification sanitaire. Des documents internes ont par ailleurs révélé que l’administration envisageait de réduire de moitié le budget global du CDC, le faisant passer de 9,2 à environ 4,5 milliards de dollars, ce qui entraînerait des conséquences dramatiques sur l’ensemble des dispositifs de prévention et d’alerte sanitaire.
Des conséquences directes sur la lutte contre le tabac
Les coupes budgétaires ont particulièrement affecté les programmes de prévention du tabagisme. Plusieurs États ont été contraints de suspendre leurs services d’assistance à l’arrêt du tabac, tandis que les activités de surveillance des tendances de consommation ont été interrompues. Des chercheurs et professionnels de santé ont tiré la sonnette d’alarme, soulignant que l’abandon de ces outils affaiblit gravement la capacité du pays à faire reculer le tabagisme, notamment chez les jeunes, alors même que la consommation de nicotine sous de nouvelles formes (vapotage, sachets) continue de progresser.
Les décisions fédérales interviennent alors que l’Office on Smoking and Health et d’autres structures de lutte contre le tabac avaient démontré leur efficacité, notamment dans les États ayant mis en place des stratégies globales de prévention. Selon des experts de la Fondation Lung, la réduction ou la suppression de ces programmes pourrait entraîner une hausse rapide des décès évitables et une explosion des dépenses de santé publique à moyen terme.
Un signal politique fort, mais un combat encore incertain
Le vote du Sénat constitue une réponse claire à la politique de désengagement menée par l’exécutif. En maintenant les financements des programmes de santé publique, les parlementaires réaffirment le rôle du Congrès dans la préservation des outils de prévention, face à une administration fédérale accusée de sacrifier la santé sur l’autel de l’idéologie budgétaire. Plusieurs sénateurs républicains et démocrates ont pris publiquement position pour défendre l’action du CDC, à l’instar de Susan Collins (R-ME), Shelley Moore Capito (R-WV), Patty Murray (D-WA) ou encore Tammy Baldwin (D-WI), rappelant l’importance de disposer d’agences de santé solides et dotées de moyens suffisants pour répondre aux défis sanitaires contemporains. À leurs yeux, affaiblir la capacité d’intervention du CDC reviendrait à compromettre la résilience du système de santé dans son ensemble.
Mais cette avancée reste fragile. L’absence de stratégie explicite de lutte contre le tabac dans le programme de santé de l’administration Trump (« Make America Healthy Again ») illustre le peu de priorité accordée à ces enjeux. La vigilance reste donc de mise. Plusieurs États ont déjà engagé des recours contre les réorganisations du LHHS, estimant qu’elles violent les prérogatives du Congrès. Parallèlement, des voix s’élèvent au sein de la communauté scientifique et de la société civile pour dénoncer une marginalisation croissante de l’expertise sanitaire dans les décisions publiques.
La pérennité des politiques antitabac et, plus largement, des politiques de santé publique aux États-Unis dépendra dans les mois à venir de la capacité des élus, des institutions sanitaires, des chercheurs et des associations à maintenir la pression face à un exécutif déterminé à réduire le rôle de l’État dans le domaine de la prévention.
AE
[1] Communiqué, Senate Appropriations Committee Acts to Protect Public Health by Funding CDC’s Chronic Disease and Tobacco Control Programs, CTFK, publié le 1er août 2025, consulté le 4 août 2025
[2] Génération sans tabac, Les licenciements massifs au sein de la FDA suscitent des inquiétudes en matière de santé publique, publié le 3 mars 2025, consulté le 4 août 2025
[3] Génération sans tabac, Le responsable de la réglementation du tabac de la FDA est démis de ses fonctions, publié le 7 avril 2025, consulté le 4 août 2025
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