Nouveaux produits du tabac et de la nicotine : l’OMS fixe des lignes rouges avant la COP11

17 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 25 novembre 2025

Temps de lecture : 8 minutes

Nouveaux produits du tabac et de la nicotine : l’OMS fixe des lignes rouges avant la COP11

À l’approche de la Conférence des Parties de la Convention-Cadre pour la lutte antitabac (COP11 de la CCLAT), l’Organisation mondiale de la Santé publie une note de position[1] détaillée rappelant que tous les produits du tabac et de la nicotine présentent des risques pour la santé et que le concept de « réduction des risques » ne doit pas servir de prétexte à un assouplissement des réglementations. La note, rendue publique quelques jours avant l’ouverture des négociations internationales, met en garde contre les stratégies des fabricants pour promouvoir une image faussement « moins nocive » de leurs nouveaux produits, au détriment des objectifs de santé publique.

Un rappel clair : tous les produits nicotiniques présentent des risques

Dans sa note, l’OMS réaffirme un principe fondamental : aucun produit du tabac, de la nicotine ou dérivé ne peut être considéré comme sûr pour la santé. Qu’il s’agisse des cigarettes électroniques, des dispositifs de tabac chauffé, des sachets de nicotine ou des formes traditionnelles de tabac oral et fumé, tous exposent leurs utilisateurs à des risques, notamment à une forte dépendance nicotinique, et peuvent entraîner des dommages dont l’ampleur réelle nécessite des années pour être pleinement mesurée.

L’organisation insiste sur un point crucial souvent occulté dans les discours commerciaux : la diversité extrême des produits rend impossible toute comparaison globale entre catégories. Non seulement la composition chimique diffère d’un produit à l’autre, mais chacun peut être modifié, aromatisé, reconditionné ou utilisé de manière très différente selon les comportements individuels. Cette diversité technologique et comportementale « limite la capacité à généraliser les niveaux de risque », selon l’OMS, qui rappelle que des évaluations à long terme sont indispensables pour comprendre pleinement leurs effets.

Au-delà des risques intrinsèques, l’OMS alerte sur les conditions réelles d’usage, particulièrement préoccupantes pour les cigarettes électroniques aromatisées et les produits très concentrés en nicotine. Leur design attractif, associé à une forte disponibilité en ligne et à des stratégies marketing ciblées, facilite l’expérimentation et l’adoption chez les jeunes, aggravant les risques d’initiation et de dépendance précoce. Selon les derniers chiffres de l’organisation, plus de 15 millions d’adolescents âgés de 13 à 15 ans consomment aujourd’hui des cigarettes électroniques, et ces jeunes sont en moyenne neuf fois plus susceptibles d’en faire usage que les adultes. Ce constat illustre que les produits nicotiniques,  présentés comme innovants ont un caractère particulièrement attractif pour les jeunes et   sont loin d’être inoffensifs.

Pour l’OMS, il n’existe aucune ambiguïté : les risques pour la santé sont systémiques, transversaux à toutes les catégories de produits, et doivent être évalués à l’aune de leurs conséquences populationnelles - exposition, usage dual ou poly-usage, dépendance, initiation des non-fumeurs, attractivité pour les jeunes. Dans cette perspective, l’organisation réaffirme que la priorité des politiques publiques doit rester la réduction de la demande et la prévention de l’initiation, plutôt qu’une segmentation artificielle des niveaux de risques revendiquée par l’industrie.

Des stratégies de marketing qui menacent les progrès de santé publique

Les produits sont façonnés pour être attractifs, avec des arômes fruités ou sucrés, des couleurs vives, des formats miniaturisés et des packagings assimilables à des objets de mode. Cette attractivité visuelle et sensorielle est renforcée par un marketing omniprésent, notamment sur les réseaux sociaux et via des campagnes menées par des influenceurs suivis par des mineurs.

L’OMS met également en lumière la manière dont l’industrie normalise ces produits en les présentant comme des dispositifs technologiques modernes, compatibles avec un mode de vie « sain » ou « responsable », brouillant volontairement la distinction entre un produit addictif et un objet de consommation ordinaire. Cette stratégie contribue à affaiblir les politiques de lutte contre le tabagisme, en donnant l’illusion qu’il serait possible d’assouplir les réglementations sans compromettre les objectifs de santé publique. Pour l’OMS, cette tentative de repositionnement de l’industrie comme acteur « partenaire » de solutions est incompatible avec la protection de la santé publique et va à l’encontre de l’esprit de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.

Enfin, l’organisation rappelle que l’industrie continue de manipuler le débat public en insistant sur la notion de produit « moins nocif », tout en omettant systématiquement les risques liés à la double consommation, à la prolongation de l’addiction et à l’exposition cumulée aux produits toxiques. Ce discours partiel et biaisé contribue à maintenir les consommateurs dans une dépendance prolongée et à retarder les tentatives d’arrêt.

Un lobbying intensifié à l’approche de la COP11

À quelques jours de l’ouverture de la COP11 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, cette position intervient dans un contexte d’intensification des actions de lobbying menées par l’industrie du tabac et ses alliés, en particulier autour de la notion de « réduction des risques ». Comme lors des précédentes conférences, les fabricants de tabac, leurs filiales et une constellation d’organisations tierces financées par eux organisent une offensive de communication et de désinformation[2] pour promouvoir les nouveaux produits nicotiniques comme des solutions « plus sûres » ou « novatrices ». Des contre-événements parallèles à la COP11, des briefings médiatiques hors site et des interventions publiques ciblées sont déjà annoncés, dans le but de peser sur les débats officiels et d’influencer les délégations.

Cette pression s’exerce alors même que les nouveaux produits du tabac et de la nicotine - cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine – seront à l’ordre du jour de la Conférence des Parties. A travers ce sujet l’industrie compte canaliser les débats sur ce seul sujet et ralentir voire bloquer les discussions sur les autres thématiques. En outre, elle vise à empêcher toute réglementation concernant ces produits susceptibles de porter atteinte à ses intérêts. En effet, les pays devront aborder comment l’encadrement réglementaire de ces produits et la manière d’empêcher l’industrie des les utiliser pour contourner les cadres existants. Cette dimension controversée se retrouve déjà dans les négociations intra-européennes : les États membres de l’Union européenne peinent à s’accorder sur une position commune, précisément en raison des divergences de vues liées aux nouveaux produits et aux terminologies associées, certains pays étant particulièrement réceptifs aux discours des fabricants. Cette absence de consensus fragilise temporairement la capacité de l’UE à défendre une position unifiée.

Une recommandation centrale : réglementer rigoureusement tous les produits

Face à ces dérives, l’OMS adopte une position sans équivoque : tous les produits du tabac, de la nicotine et associés doivent être strictement réglementés, qu’ils soient « anciens » ou émergents. L’organisation appelle les gouvernements à appliquer l’ensemble des mesures prévues par la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) et ses lignes directrices, en soulignant qu’aucun produit ne doit bénéficier d’un traitement plus favorable sous prétexte de « réduction de risque »

Parmi les mesures prioritaires, l’OMS recommande :

  • La mise en œuvre stricte des interdictions existantes, notamment dans les pays ayant banni certaines catégories de produits ;
  • L’encadrement renforcé des produits autorisés, incluant des paquets neutres, avertissements sanitaires, taxes adaptées, interdictions complètes de la publicité et du parrainage ;
  • L’interdiction des arômes et caractéristiques attractives qui favorisent l’initiation chez les jeunes ;
  • La limitation des concentrations de nicotine et l’interdiction des additifs présentant des propriétés cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques ;
  • Un meilleur encadrement de la vente en ligne pour éviter l’accès des mineurs et le développement de marchés non contrôlés.

L’OMS rappelle que ces mesures ne doivent pas être perçues comme des obstacles, mais comme des outils indispensables pour protéger les générations actuelles et futures. Elle insiste également sur la nécessité de protéger les politiques publiques des interférences de l’industrie, en appliquant rigoureusement l’ensemble des dispositions de l’article 5.3 de la CCLAT.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] WHO position on Tobacco Control and Harm Reduction, OMS, publié le 12 novembre 2025, consulté le jour-même

[2] Génération sans tabac, Une offensive mondiale de désinformation à l’approche de la COP11, publié le 8 octobre 2025, consulté le 13 novembre 2025

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