L’Uruguay envisage d’interdire les sachets de nicotine
27 novembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 25 novembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Le ministère de la Santé publique uruguayen étudie actuellement la possibilité d’interdire les sachets de nicotine par décret[1]. Ces derniers, proposés avec des saveurs variées et destinés à être placés sous la lèvre supérieure, sont disponibles en Uruguay principalement via des achats en ligne ou rapportés de l’étranger. Comme pour les cigarettes électroniques, les experts de santé alertent sur leur potentiel très addictif et sur les stratégies marketing visant de nouveaux consommateurs non-fumeurs, notamment les jeunes. L’Uruguay, lors de la COP11, a d’ailleurs réaffirmé son positionnement contre les nouveaux produits du tabac et de la nicotine.
Des inquiétudes concernant les sachets de nicotine, facilement accessibles en ligne
Les sachets de nicotine contiennent des doses variables de nicotine, souvent autour de 8 mg, selon des études citées par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). L’American Lung Association indique que la consommation moyenne d’une demi-boîte de sachets de nicotine par jour équivaut à celle d’un à trois paquets de cigarettes par jour.
Bien qu’officiellement non commercialisées dans les points de vente physiques en Uruguay, des marques de sachets de nicotine telles que ZYN, Velo, Kadobar, Tacha, Pablo et Fre sont facilement accessibles en ligne dans le pays. Une boîte de 15 sachets de nicotine peut être achetée en ligne pour environ 750 à 800 pesos uruguayens (16,35 € à 17,44 €). Des voyageurs en importent aussi, alors que des médias tels que Forbes et Reuters rapportent que les fabricants de sachets de nicotine font pression sur l'administration Trump pour en accélérer les autorisations par la Food and Drug Administration (FDA).
En Uruguay, il n’existe pas de données spécifiques publiées sur ces produits, mais le ministère de la Santé publique observe qu’un autre produit nicotinique, les cigarettes électroniques, est populaire auprès des jeunes notamment grâce à leur design coloré et sophistiqué et à une forte promotion sur les réseaux sociaux, malgré une interdiction de leur vente, usage dans l'espace public clos, importation, publicité, promotion et parrainage dans le pays[2].
Les données officielles uruguayennes signalent qu’en plein ralentissement de la baisse de la prévalence tabagique nationale, il apparaît nécessaire de prendre en compte les nouvelles tendances en matière de consommation de nouveaux produits à la nicotine.
L’Uruguay se positionne mondialement contre les produits du tabac et de la nicotine
Le sujet a été porté par l’Uruguay au sein de la Commission intergouvernementale de contrôle du tabac du Mercosur il y a deux mois, dans le contexte des échanges préparatoires à la COP11 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac à Genève.
La représentante uruguayenne, Cecilia Reolón, du Programme de lutte antitabac, s'est inquiétée de l'arrivée des sachets de nicotine sur le marché national et a déclaré à ses partenaires que ces produits « doivent être réglementés, voire interdits, par les gouvernements ». Elle a également souligné la nécessité de renforcer le contrôle des ventes et de la publicité en ligne concernant le tabac.
Lors de la COP11, la ministre de la Santé publique, Cristina Lustemberg, a affirmé que les nouveaux produits nicotinés sont utilisés par l'industrie pour normaliser la consommation de nicotine et qu’ils contribuent à l’augmentation de l’addiction chez les jeunes. Elle a souligné l’importance de « protéger les progrès accomplis, d’empêcher toute ingérence de l’industrie, d’interdire les produits qui alimentent de nouvelles dépendances et d’appliquer une approche fondée sur les droits pour protéger les enfants et les adolescents »[3].
Elle rappelle que l’Uruguay a annulé deux décrets de l'administration précédente du gouvernement de Luis Lacalle Pou qui avaient assoupli la réglementation relative au conditionnement du tabac et à la vente de produits du tabac chauffé. « La réglementation est à nouveau renforcée [...] Aucune distinction n'est faite entre les produits du tabac chauffé et les cigarettes électroniques », a déclaré le ministère de la Santé publique. Cristina Lustemberg a enfin averti que les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffé constituent une nouvelle génération de déchets électroniques, avec des batteries, des métaux et des composants non biodégradables qui aggravent encore la crise environnementale.
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[1]Ramiro Pisabarro, Bolsas de nicotina: una alternativa al tabaco que preocupa a Uruguay y el MSP evalúa prohibir, El Observador, publié le 19 novembre 2025, consulté le 21 novembre 2025
[2]Tobacco Control Laws, Legislation by Country/Jurisdiction – Uruguay, mis à jour le 4 mars 2020, consulté le 21 novembre 2025
[3]Organización Panamericana de la Salud, Uruguay reafirma su liderazgo mundial en control del tabaco en el inicio de la COP11 en Ginebra, publié le 18 novembre 2025, consulté le 21 novembre 2025