Le tabac à mâcher responsable de 250 000 décès prématurés dans le monde en 2023
11 octobre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 octobre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Une étude publiée dans The Lancet Global Health[1] dans le cadre de la Global Burden of Disease Study 2023 estime que 241 millions de personnes de 15 ans et plus consommaient du tabac à mâcher dans le monde en 2023, soit 3,9 % de la population. Cette consommation serait responsable de 251 000 décès prématurés évitables et de 6,48 millions d'années de vie en bonne santé perdues annuellement. Le nombre de décès a plus que doublé depuis 1990, alors que la part de consommateurs dans la population est restée à peu près la même sur trente ans. Le fardeau est très concentré géographiquement : l'Asie du Sud compte environ 84 % des décès, et dix pays totalisent plus de 90 % des décès.
Les chercheurs de l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME, Université de Washington) et leur réseau de collaborateurs ont étudié 204 pays et territoires, entre 1990 et 2023, par âge et par sexe. Pour estimer le nombre de consommateurs, ils ont utilisé 799 enquêtes nationales où les personnes déclarent elles-mêmes leur consommation de tabac sans fumée. Les trois quarts de ces enquêtes viennent de pays à revenu faible ou intermédiaire. Pour mesurer les risques pour la santé, les auteurs ont fait une revue systématique de la littérature : 111 publications portant sur 103 études ont été retenues.
Une consommation concentrée en Asie du Sud
Le tabac à mâcher est plus répandu chez les hommes (5,4 %) que chez les femmes (2,5 %). Il est consommé par 14,6 % des adultes en Asie du Sud. L'Inde compte à elle seule 105 millions de consommateurs et 42,9 millions de consommatrices, et concentre ainsi près des deux tiers des hommes et plus de la moitié des femmes des consommateurs dans le monde. Viennent ensuite le Bangladesh (26,6 millions de personnes) et le Pakistan (13,2 millions). C'est au Népal que la prévalence chez les hommes est la plus élevée (30,6 %), devant les Palaos, le Bangladesh et le Bhoutan. De même, chez les femmes, les taux les plus élevés se trouvent au Bangladesh (26,3 %) et aux Palaos (25,5 %). La consommation augmente avec l'âge : elle commence à progresser vers 20-24 ans et atteint son maximum entre 60 et 64 ans.
Des risques cardiovasculaires et cancéreux
Le tabac à mâcher ne brûle pas, mais la nicotine et des substances cancérigènes, les nitrosamines, passent directement dans l'organisme par la muqueuse de la bouche. L'étude l'associe tout particulièrement à six maladies. La première est l'accident vasculaire cérébral (AVC) : le tabac à mâcher fait monter la pression artérielle, abîme la paroi interne des vaisseaux sanguins et aggrave les troubles métaboliques. Viennent ensuite les cancers de la lèvre et de la cavité buccale, de l'œsophage, du larynx et du pharynx. L'exposition prolongée aux substances cancérigènes endommage en effet les tissus et l'ADN des cellules. Le tabac à mâcher est responsable de 17,3 % de la perte de santé due aux cancers de la bouche dans le monde, et de 30,5 % en Asie du Sud. Sa part représente 2,4 % des AVC dans le monde et 9,2 % en Asie du Sud.
Sur les 251 000 décès, 152 000 concernent des hommes et 99 700 des femmes. Depuis 1990, le nombre de décès a augmenté de 134 %. Les taux corrigés de l'âge sont pourtant restés stables : cette hausse s'explique surtout par la croissance et le vieillissement de la population. Dix pays, dont l'Inde, le Bangladesh, le Pakistan et la Chine, mais aussi les États-Unis et Madagascar, totalisent plus de 90 % des décès.La perte de santé liée au tabac à mâcher est plus forte chez les femmes que chez les hommes dans 32 pays, dont le Cambodge et le Bangladesh.
Un angle mort des politiques de lutte antitabac
D'après les auteurs, le tabac à mâcher n'a pas connu les progrès obtenus contre le tabac fumé dans le cadre de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Il représente pourtant plus de 3 % de la perte de santé totale due au tabac dans le monde. Les mesures adoptées dans les pays les plus touchés sont mal appliquées. En Inde, le gutkha est interdit depuis 2012, mais il reste disponible sous d'autres formes, par exemple en sachets séparés de tabac et d'épices. Les règles d'étiquetage sont souvent enfreintes au Bangladesh, en Inde et au Pakistan. Les auteurs mettent en cause l'ingérence de l'industrie dans l'élaboration des lois etdes stratégies de vente conçues pour contourner la réglementation. Ils soulignent enfin une application inégale des règles. Selon eux, ces facteurs maintiennent ces produits accessibles et bon marché. Dans certaines régions, la forte acceptation sociale du tabac à mâcher, y compris pour les femmes, rend aussi moins efficaces les avertissements sanitaires et les interdictions de publicité.
L'étude comporte plusieurs limites signalées par les auteurs. Les données de consommation sont déclaratives et une sous-évaluation de la situation est possible. L'effet des produits souvent associés au tabac, comme la noix d'arec, n'a pas pu être isolé. L'étude ne mesure pas non plus le risque supplémentaire auquel s'exposent les personnes qui consomment à la fois du tabac à mâcher et du tabac fumé, une situation fréquente en Asie du Sud. Enfin, les études consacrées spécifiquement au tabac à mâcher restent peu nombreuses, la plupart des travaux le regroupant avec les autres produits sans fumée, ce qui limite le niveau de preuve disponible pour certaines maladies.
AE
[1] Gil G, Anderson J, Dai X et al. Global, regional, and national burden of exposure to chewing tobacco, 1990–2023: a systematic analysis of the Global Burden of Disease Study 2023 The Lancet Global Health, 2026;
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