Le Nigeria renforce l’application de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac
25 novembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 21 novembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes
Lors de la 11ᵉ Conférence des Parties (COP11) à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), le Nigeria a présenté de nouvelles mesures en matière de lutte contre le tabac, incluant des politiques nationales renforcées, des textes d’application et une sanction importante à l’encontre d’un fabricant de tabac ayant violé les dispositions en vigueur[1]. Le ministre délégué à la Santé et au Bien-être social, le Dr. Iziaq Adekunle Salako, a présenté ces avancées à Genève et réaffirmé le soutien du Nigeria à la position commune du groupe africain et au respect de la mise en œuvre des mesures de la CCLAT, en dépit d’une ingérence très prononcée dans le pays.
Le Nigeria revendique des progrès dans la lutte antitabac
Le ministre a souligné les progrès réalisés depuis la COP10 au Panama, notamment dans la prévention et la réglementation de la consommation de tabac. Le Nigeria est devenu le premier pays africain à finaliser la deuxième édition de l’enquête mondiale sur le tabac chez les adultes (GATS 2025).
Les nouveaux résultats montrent une baisse de la consommation quotidienne de tabac chez les adultes par rapport à celle de 2012 ainsi qu’une diminution du tabagisme passif au domicile et dans les lieux publics. Le pourcentage de fumeurs déclarant avoir envisagé d'arrêter en raison des avertissements sanitaires sur les paquets est passé de 26,7 % en 2012 à 43,3 % en 2025.
Le pays fait appliquer à l’échelle nationale les mesures clés de la CCLAT
Pour renforcer la mise en œuvre du traité, le gouvernement a adopté plusieurs plans nationaux couvrant la communication, l’application de la loi et la coordination stratégique pour la période 2024–2028, notamment le Plan d’action stratégique national de lutte contre le tabagisme (2024-2028), la Stratégie nationale de communication sur la lutte contre le tabagisme (2024-2028) et le Plan national d’application de la loi en matière de lutte contre le tabagisme (2024-2028).
Dans le cadre de l’article 19 de la CCLAT, sur la responsabilisation juridique et civile de l’industrie du tabac face à ses méfaits contre la santé publique, le Nigeria a sanctionné à hauteur de 110 millions de dollars (95 millions d’euros) le cigarettier British American Tobacco Nigeria (BATN) pour des violations des lois nationales de protection des consommateurs et de contrôle du tabac en 2023. Selon les autorités, cette mesure constitue l’une des applications les plus significatives de l’article 19 à l’échelle mondiale.
Le pays a également, conformément à la transposition de l’article 13 de la CCLAT, introduit un encadrement renforcé de la promotion du tabac dans les industries culturelles, avec une interdiction de la publicité, du parrainage et de la promotion du tabac s’étendant aux films, émissions de télévision, clips musicaux et contenus numériques de Nollywood, une des plus importantes industries cinématographiques au monde.
Des défis persistants dans le contexte d’une très forte ingérence de l’industrie
Le Nigeria a rappelé que malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent, notamment une application inégale des lois au niveau local et la désinformation concernant les nouveaux produits nicotinés associée à une ingérence continue de l’industrie.
Le rapport 2025 de l’organisation Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA) pour l’Afrique a révélé que l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac, coordonné à l'échelle mondiale par le Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC), s’était détérioré au Nigeria. Au niveau mondial, le pays est de ce fait passé de la 46e à la 54e position sur 100 pays étudiés[2]. Profitant de la faiblesse de l'application des lois nigérianes, l’industrie mène des efforts redoublés pour améliorer son image publique et se poser en partenaire crédible et légitime du développement économique et des politiques de santé publique. « La dégradation du score illustre le fait que pour chaque règle censée exclure le secteur [tabac] de l'élaboration des politiques, une autre action l'y intègre discrètement », a explicité Zikora Ibeh, directrice générale adjointe de CAPPA.
« L’industrie du tabac bénéficie d’un accès persistant aux sphères politiques du Nigeria, malgré la nature mortelle de ses produits, qui font environ 29 000 victimes nigérianes chaque année et coûtent à l’économie environ 634 milliards de nairas [378 millions d’euros] en dépenses de santé et en pertes de productivité », a déclaré le directeur général de CAPPA, Akinbode Oluwafemi[3].
Lors de la COP11, des organisations civiles telles que CAPPA, Nigeria Tobacco Control Alliance (NTCA), Gatefield, Environmental Rights Action/Friends of the Earth Nigeria (ERA/FoEN) et le Centre for Youth Inclusion and Development ont mis en garde la délégation nigériane contre le risque de « brader la santé publique » aux multinationales du tabac[4]. Les organisations de la société civile se sont dites inquiètes face à ce qu'elles ont décrit comme la nouvelle tentative mondiale de l'industrie d'infiltrer les discussions de la COP11. Cette interférence se fait notamment par le biais d’une légitimation de nouveaux produits nicotiniques, comme les cigarettes électroniques, sous la bannière de la « réduction des risques ». Les acteurs de la société civile pointent avant tout une stratégie visant à entretenir une dépendance aux produits à la nicotine. Selon CAPPA, l'ingérence de l'industrie demeure le principal obstacle à une lutte antitabac efficace, et l'introduction de nouveaux produits nicotinés anéantirait les progrès réalisés en matière de santé publique.
Ces organisations ont également rappelé à la délégation les articles 25 à 28, 33 à 34 et 38(2) de la Loi nationale sur le contrôle du tabac, qui interdisent aux fonctionnaires du gouvernement d’entretenir des relations financières ou non financières avec l’industrie du tabac ou ses affiliés, ainsi que les obligations du Nigéria en vertu de l'article 5.3 de la CCLAT, qui impose aux Parties de protéger les politiques de santé contre les intérêts particuliers de l'industrie du tabac.
Les organisations civiles ont exhorté la délégation nigériane à se ranger du côté de la communauté mondiale de la santé publique, à rejeter toute forme d'influence de l'industrie et à soutenir des décisions plus fermes visant à instaurer un avenir sans tabac. Sont notamment mis en avant le rétablissement des taxes d'accise ajustées à l'inflation, des avertissements sanitaires illustrés à hauteur de 60 %, l’exclusion des représentants de l'industrie des discussions politiques, y compris celles portant sur les cigarettes électroniques et le snus[5], ou encore l’interdiction des initiatives de RSE menées par l’industrie du tabac dans toutes les institutions publiques.
Le Dr. Salako a souligné que le 20e anniversaire de la CCLAT, entrée en vigueur en 2005, placé sous le thème « Planète saine, avenir sain : s’unir pour une génération sans tabac », offre l’occasion d’un engagement mondial renouvelé contre le tabagisme. Il rappelle l’enjeu majeur, le tabac étant le principal facteur de maladies non transmissibles et de dommages environnementaux. Le gouvernement pour sa part a affirmé rester pleinement engagé dans la mise en œuvre de la CCLAT et appelé à un renforcement de la coopération internationale, incluant le partage de connaissances et le soutien technique et financier.
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[1]Kazeem Biriowo, Nigeria records major gains in 2025 Global Adult Tobacco Survey, Nigerian Tribune, publié le 17 novembre 2025, consulté le 20 novembre 2025
[2]This Day, Nigeria Slides to 62 in Global Tobacco Interference Rankings, publié le 14 novembre 2025, consulté le 20 novembre 2025
[3]Chioma Obinna, Nigeria’s tobacco industry interference worsens, public health at risk – 2025 Index reveals, Vanguard, publié le 14 novembre 2025, consulté le 20 novembre 2025
[4]Damian Duruiheoma, Tobacco control groups warn Nigerian delegation at COP11 against industry influence, The Nation, publié le 16 novembre 2025, consulté le 20 novembre 2025
[5]Royal Ibeh, Nigeria’s tobacco interference score worsens to 62 in 2025, ranking 54th globally – Report, Business Day, publié le 13 novembre 2025, consulté le 20 novembre 2025