La Macédoine du Nord projette de renforcer sa législation antitabac face à un tabagisme très répandu
26 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 22 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes
Le ministre de la Santé de Macédoine du Nord, Azir Aliu, a indiqué qu’environ la moitié de la population du pays serait dépendante du tabac, avec une consommation moyenne quotidienne estimée entre 18 et 22 cigarettes[1]. Selon ses déclarations à la chaîne TV 24, 7,7 % des fumeurs ont entre 13 et 14 ans, tandis qu’environ 37 % ont entre 15 et 16 ans. Le ministre a également qualifié l’usage des cigarettes électroniques de phénomène massif chez les jeunes. Face à cette situation alarmante, le pays des Balkans entend bientôt renforcer la législation antitabac existante, compte tenu de son statut de candidat à l’Union européenne et au regard de ses engagements internationaux en tant que Partie au traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac.
Les produits du tabac et de la nicotine ciblés par des mesures et un contrôle renforcés
Azir Aliu a annoncé qu’un projet de loi relatif à la protection contre le tabagisme serait prochainement soumis à une consultation publique de 30 jours avant d’être transmis au Parlement.
Le texte prévoit des mesures strictes visant à limiter le tabagisme mais également la consommation globale de nouveaux produits à la nicotine non thérapeutiques, les mêmes interdictions s’appliquant aux cigarettes classiques, au tabac chauffé, aux cigarettes électroniques et à d’autres produits nicotiniques[2].
Il limite l’importation et la vente de ces produits et interdit totalement leur publicité, promotion et parrainage, y compris sur les plateformes numériques[3].
Le texte interdit également la vente de produits du tabac à l'unité, par distributeurs automatiques, en libre-service ou en ligne, et leur étalage en magasin sera strictement réglementé : l’affichage visible des cigarettes et autres produits du tabac dans les magasins sera interdit ; les produits devront être rangés dans des armoires fermées, vitrines opaques ou tiroirs, invisibles pour les clients jusqu’au moment de l’achat.
Si la législation en vigueur en Macédoine du Nord interdit déjà le tabagisme et le vapotage dans la plupart des lieux publics intérieurs, notamment dans les restaurants, cafés, bars, boîtes de nuit, les espaces où se tiennent des activités éducatives, des événements culturels ou sportifs, les transports publics et certains espaces extérieurs fermés sur au moins deux côtés (considérés comme semi-fermés et donc assimilés à des espaces intérieurs), le texte prévoit d’étendre cette interdiction de fumer et vapoter à d’autres lieux intérieurs, tels que les véhicules privés en présence d'un mineur, les institutions publiques et municipales, les lieux de travail, les établissements de restauration et commerciaux et les parties communes des immeubles d’habitation, ainsi qu’à certains lieux publics extérieurs, tels que les gares routières et ferroviaires urbaines et internationales, les marchés, les abords des établissements de santé, d’enseignement ou sociaux et des institutions publiques et municipales.
La vente et l'utilisation de produits aromatisés sous toutes les formes seront également interdites, indique le projet de loi, en raison de l’attrait qu’ils présentent pour les jeunes et la dépendance précoce à la nicotine qui en découle.
En cas de non-respect de l’interdiction de fumer et vapoter, des amendes dissuasives sont prévues variant entre 150 et 300 euros pour les particuliers et jusqu’à 5 000 euros pour les personnes morales, dans un pays où le salaire mensuel moyen est d'environ 600 euros.
Le ministre de la Santé a par ailleurs souligné la nécessité d’associer ces dispositions à des mécanismes de suivi et à des indicateurs permettant d’en garantir l’application effective. Plusieurs corps de contrôles ont été désignés dont l'Inspection des marchés, l'Inspection sanitaire, l'Inspection du travail et le ministère de l'Intérieur.
L’entrée en vigueur de la loi, si elle adoptée par le Parlement, est prévue au début du mois de mars 2026.
Cette initiative a suscité de vives réactions, notamment sur les réseaux sociaux, ainsi que l’opposition marquée du secteur de l'hôtellerie-restauration, qui craint une baisse de son chiffre d'affaires. Ces derniers, lors de la précédente réglementation sur le tabagisme en 2010, contournaient l'interdiction de fumer dans les cafés et restaurants, sauf en terrasse, en couvrant leurs terrasses de parois amovibles en verre ou en nylon.
Cette fois-ci, la réglementation est plus stricte et stipule expressément que les terrasses doivent rester ouvertes en permanence : le texte prévoit la possibilité d'une fermeture temporaire des établissements de restauration ne respectant pas la réglementation.
L’Institut de médecine du travail, centre collaborateur de l’OMS et institution de santé publique de premier plan dans la lutte antitabac, a apporté son soutien total au projet de loi. Il a appelé les employeurs et travailleurs, notamment dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, à soutenir la mise en œuvre de la loi comme une mesure de sécurité au travail et non comme une « punition ». L’agence de santé publique a rappelé que le tabagisme passif est une cause avérée de maladies respiratoires et cardiovasculaires graves, mais aussi de cancers, notamment le cancer du poumon chez les personnes non fumeuses exposées. Un appel à la vigilance a été adressé aux services d’inspection et aux autorités compétentes pour une mise en œuvre cohérente, condition requise pour que la loi soit effectivement appliquée et atteigne son objectif[4]. L’Institut a aussi souligné qu’une telle loi profite à l’économie en réduisant les arrêts maladie et en prolongeant l'espérance de vie des travailleurs. Enfin, toutes les expériences des pays ayant adopté des interdictions de fumer dans les établissements de l’hôtel et de la restauration démontrent que celles-ci n’induisent pas de baisse de chiffre d’affaires pour les établissements concernés et sont au contraire plébiscitées y compris par les fumeurs.
« Avec cette loi, nous envoyons un message clair : la santé a une valeur supérieure à tout intérêt commercial, la santé des enfants ne peut être un objet de profit et l’espace public doit être un espace sûr. » a résumé le ministre de la Santé[5].
La santé publique comme priorité, en vertu d’engagements européens et internationaux
Le tabagisme demeure un problème de santé publique majeur en Macédoine du Nord. Les données de l'Institut national de santé publique du pays montrent que plus de 45 % de la population adulte est fumeuse, la moitié des fumeurs consommant plus d'un paquet de 20 cigarettes par jour. Ce taux est bien supérieur à la moyenne européenne. Selon Eurobaromètre et les données sanitaires de l'UE, la prévalence du tabagisme moyenne s’établit à 24 % en population adulte.
D'après l'enquête ESPAD 2024 menée par l'Institut, certains enfants fument leur première cigarette dès l'âge de neuf ans, et près de 38 % des adolescents macédoniens ont déjà fumé.
Par ailleurs, si seulement 4,5 % des personnes interrogées étaient au moment de l’enquête des utilisateurs actifs de tabac chauffé, les experts alertent sur une augmentation possible notamment chez les jeunes de ces produits, si une réglementation et un contrôle stricts ne sont pas mis en place les incluant pleinement.
L'institut estime que les maladies non transmissibles liées au tabagisme entraînent 4 000 décès prématurés et évitables chaque année dans le pays.
Avec cette loi, la Macédoine rejoindrait le groupe des pays dotés de législations fortes en matière de lutte contre le tabagisme dans la région. De telles législations qui se réfèrent aux dispositions de la CCLAT existent dans de nombreux pays notamment de l'UE. De même, un projet de loi restrictif est en cours d'adoption en Serbie et en Bosnie-Herzégovine[6].
Le ministère de la Santé a par ailleurs insisté sur le fait qu’étant donné que la Macédoine du Nord est elle-même candidate à l’Union européenne, ce projet de loi vise à aligner le pays sur la réglementation européenne en vigueur.
De plus, le projet s’inscrit également dans la perspective des engagements internationaux du pays, le pays étant Partie de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT).
Selon les experts de santé, l’enjeu au-delà de l’adoption d’un texte résidera véritablement dans la volonté politique de son application dans un pays où la pratique tabagique est encore extrêmement normalisée. Ils pointent du doigt tout particulièrement l’absence flagrante de respect de la loi de 2010 et le rôle ambivalent de l’État macédonien, qui détient plus de 40 % du combinat du tabac de Prilep et s’oppose dans les instances internationales aux mesures protectrices dans ce domaine.
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[1]Marinela Velichkova, Half of Population in North Macedonia Are Smokers, Including 37% of 15-16-Year-Olds, BTA, publié le 15 janvier 2026, consulté le 16 janvier 2026
[2]Sinisa Jakov Marusic, North Macedonia Plans Tough New Law to Curb Smoking, BalkanInsight, publié le 12 janvier 2026, consulté le 16 janvier 2026
[3]Цигара пред училиште: Новиот закон се бори со старата неказнивост, vocentar.com, publié le 15 janvier 2026, consulté le 16 janvier 2026
[4]Работниците во угостителскиот сектор се изложени на чад од тутун повеќе од осум часа дневно, Институтот за медицина на трудот со поддршка за новиот закон за заштита од пушење, republika.mk, publié le 15 janvier 2026, consulté le 16 janvier 2026
[5]Aliu: The draft law on tobacco protection has been published in the REKRR, public debate before approval, Telegraph, publié le 12 janvier 2026, consulté le 16 janvier 2026
[6]Кафеанџиите сè уште се договараат како да реагираат на најавениот антипушачки закон., slobodenpecat.mk, consulté le 16 janvier 2026