La Géorgie vise une génération sans tabac d’ici 2040 mais doit lutter contre une industrie omniprésente
27 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 27 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes
La Géorgie s’est fixée pour objectif de devenir un pays sans tabac et nicotine d’ici 2040[1]. Toutefois, selon l’Alliance pour la lutte antitabac, la prévalence tabagique reste très élevée et les évolutions récentes suscitent des inquiétudes, en particulier la forte progression de l’usage des cigarettes électroniques et des produits du tabac chauffé au cours des trois dernières années. L’Alliance propose ainsi au pays, conformément aux meilleures pratiques internationales, d’adopter une série de mesures antitabac fortes et de lutter activement contre l’ingérence des industriels du tabac, une des plus ancrées au monde d’après le dernier indice mondial de l’interférence de l’industrie du tabac.
En dépit d’une consommation encore élevée, le pays poursuit l’objectif d’une génération sans tabac
L’enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS) de 2025 montre que la prévalence du tabagisme en Géorgie est passée de 33 % à 24,8 % en une décennie, avec aujourd’hui 46,1 % d’hommes adultes et 5,8 % de femmes adultes qui fument des produits du tabac, dont une consommation de tabac sans fumée comme le tabac chauffé en progression.
Cette baisse significative a motivé le gouvernement à persévérer dans sa stratégie nationale dite de « fin du tabac », avec pour objectif de ramener la proportion de consommateurs de l’ensemble des produits du tabac et de la nicotine à moins de 5 % de la population d’ici 2040.
Toutefois, l’objectif reste entravé par des niveaux de consommation masculins encore très élevés et une progression de la consommation de tabac chauffé qui concerne aujourd’hui 1,9 % des adultes (2,4 % d’hommes et 1,4 % de femmes).
À cela s’ajoute une hausse de l’usage des cigarettes électroniques, utilisées par 1,7 % des adultes, dont 2,6 % d’hommes et 1 % de femmes.
Selon l’Alliance, cet objectif est essentiel pour réduire le lourd fardeau sanitaire et financier lié au tabagisme. Le tabac est cause d’un quart des décès masculins dans le pays et au total représente plus de 7 000 décès prématurés et évitables chaque année[3]. Son coût d’environ 1,6 milliard de laris (500 millions d’euros) en dépenses de santé et pertes de productivité est estimé à un niveau environ dix fois supérieur à celui des recettes fiscales issues de la vente des produits du tabac.
Plusieurs mesures antitabac recommandées bénéficient d’un fort soutien populaire
Pour atteindre cet objectif, l’Alliance pour la lutte antitabac recommande au gouvernement un ensemble de mesures pour une législation qui transpose les dispositions de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS (CCLAT), dont le pays du Caucase est l’une des Parties.
Parmi les mesures envisagées figurent l’harmonisation de la fiscalité sur tous les produits du tabac et de la nicotine pour éviter des reports d’achats sur des produits moins chers, le relèvement de l’âge légal de 18 à 21 ans pour l’achat de produits du tabac, le renforcement de l’interdiction de fumer en incluant les casinos et les scènes de théâtre, mais aussi le rétablissement d'un système de licences de vente pour les détaillants ainsi que l’adhésion de la Géorgie au Protocole visant à éliminer le commerce illicite des produits du tabac.
Serait également intégrée dans le dispositif législatif la mesure d’une interdiction générationnelle pour les personnes nées à partir de 2015.
Concernant les produits du vapotage en particulier, l’Alliance exhorte le pays à étendre l’interdiction de la publicité et la mise en place de l’emballage neutre, y compris pour les cigarettes électroniques sans nicotine et les produits à fumer à base de plantes. Elle en appelle à interdire aussi tous les arômes autres que le tabac, en raison du fort attrait de ces produits auprès des enfants et des adolescents.
L’Alliance préconise par ailleurs un accompagnement de ces mesures et un renforcement des contrôles et des sanctions pour garantir leur application. Sont notamment évoqués les contrôles dans les lieux publics intérieurs et extérieurs, tels le métro et les abords des écoles et jardins d’enfants. Selon l’organisation, le montant des amendes devrait être progressif et dissuasif en fonction de la gravité des infractions.
Dans son plaidoyer, l’Alliance appelle à une obligation de transparence dans les relations de l’État avec des représentants de l’industrie du tabac. Elle souligne que la lutte contre le tabagisme nécessite un minimum de moyens, avec un renforcement des capacités du Centre national de contrôle des maladies et le rétablissement des financements dédiés à la lutte antitabac, réduits en 2025. Selon elle, le financement de la lutte contre le tabagisme devrait résulter de l’application du principe pollueur-payeur, imposant ainsi à l’industrie de payer pour réparer les dommages qu’elle induit par ses produits et son activité.
Selon l’enquête de 2025, 75 % de la population soutient des politiques antitabac plus strictes, ce que l’Alliance interprète comme un mandat clair en faveur d’une action publique renforcée[4].
Des objectifs menacés par une puissante emprise de l’industrie du tabac
L’Alliance affirme qu'un véritable engagement politique en faveur de la protection des générations présentes et futures doit se traduire par des actions concrètes. Faute de quoi, prévient-elle, cela laisserait entendre que les intérêts de l'industrie du tabac priment sur les priorités de santé publique.
La primauté de l’intérêt général sur celui de l’industrie est un enjeu en effet proéminent dans ce pays. Selon l’édition 2025 de l’indice mondial de l’interférence de l’industrie du tabac (GTIII) qui mesure le degré d’interférence de l’industrie dans les politiques de santé publique, le pays était particulièrement mal classé. Il figure parmi les pays comme le Japon, les États-Unis, la Suisse et la République dominicaine où l’industrie est particulièrement influente. Les cigarettiers y bénéficient encore d’un accès privilégié aux décideurs et participent à l’élaboration de réglementations permissives et inefficaces. Cette influence dans ces pays permet également aux cigarettiers de promouvoir aisément tous leurs produits et de redorer leur image.
D’après le GTIII, l’industrie contribue par exemple activement à faire annuler les hausses de taxes sur les produits du tabac en Géorgie. Le Parlement, sous la pression des producteurs de tabac locaux tels que Tbilisi Tobacco, a approuvé une réduction fiscale de 50 % sur le tabac brut, le tabac à chiquer, le snus et le tabac à narguilé en mai 2024.
C’est aussi l’un des sept pays qui a retardé l’entrée en vigueur du paquet neutre : l'adoption d'un emballage standardisé était prévue en janvier 2018 a été reportée à trois reprises jusqu'au 1er avril 2025. L'industrie du tabac et ses alliés ont fait pression sur le Bureau du médiateur des entreprises, le ministère de l'Économie et du Développement durable et le ministère des Finances pour appuyer leur demande de report.
Irakli Nadareishvili, vice-ministre de l'Économie et du Développement durable, a d’ailleurs été directeur commercial du cigarettier Imperial Brands pour la Géorgie et la Moldavie de 2013 à 2016, traduisant de graves conflits d’intérêt.
Enfin, à titre d’illustration, l'administration fiscale et les douanes ont accepté le don de chiens de détection et de drones fait par Japan Tobacco International (JTI) afin de lutter contre la contrebande, en plus des sessions de formation dispensées au personnel. Pourtant, la responsabilité de l’industrie du tabac dans la contrebande a été à maintes reprises établie et ces initiatives du fabricant visent davantage à prévenir l’adoption de mesures qu’il juge dangereuses pour ses intérêts.
Cette situation n’est pas propre à la Géorgie mais s’inscrit dans un mouvement mondial d’intensification agressive de l’ingérence industrielle.
AD
[1]Mariam Razmadze, Georgia targets tobacco-free status by 2040 amid surge in e-cigarette, Georgia Today, publié le 21 janvier 2026, consulté le 22 janvier 2026
[2]Fact Sheet Georgia 2025, GATS – Global Adult Tobacco Survey, publié le 23 octobre 2025, consulté le 22 janvier 2026
[3]Drope J, Hamill S, Country profile: Georgia, Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, mis à jour en 2025, consulté le 22 janvier 2026
[4]Tobacco Control Alliance warns of e-cigarette surge, calls to raise purchase age to 21, Georgia Today, publié le 21 janvier 2026, consulté le 22 janvier 2026