Fumer est de moins en moins accepté dans la société française
3 juin 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 28 mai 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Selon une enquête de Santé publique France réalisée à partir des données de l’enquête téléphonique Baromètre santé – Prévention tabac 2022, basées sur un échantillon obtenu de manière aléatoire de 3 229 individus âgés de 18 à 75 ans vivant en France hexagonale, et les données des baromètres de Santé publique France 2005, 2010 et 2017, une majorité de la population estime que fumer est socialement dévalorisé[1].
La société française de plus en plus défavorable au tabac
Plus d’un Français sur deux (52,6 %) pense que l’on est moins bien accepté lorsqu’on est fumeur, et deux tiers (66,6 %) considèrent que la société désapprouve la cigarette. Même parmi les fumeurs, 86,3 % affirment que leurs proches préféreraient qu’ils arrêtent.
Ces résultats traduisent une réduction des normes sociales favorables au tabagisme, phénomène observé depuis 2005. Cependant, cette « dénormalisation » varie selon les profils, car les fumeurs tendent à sous-estimer cette désapprobation sociale (49 % contre 54 % chez les non-fumeurs). Le niveau d’études joue aussi un rôle, les personnes moins diplômées percevant le tabagisme comme plus acceptable, tandis que les fumeurs issus de milieux aisés sont plus sensibles aux normes antitabac.
Cette évolution s’explique dans une large mesure par les politiques publiques mises en place depuis deux décennies : interdiction de fumer dans les lieux publics (2007), campagnes de sensibilisation, paquet neutre (2017), hausse du prix du tabac (2017-2020), etc.
En revanche, les enquêtes de consommation soulignent une augmentation de l’usage de la cigarette électronique, désormais expérimentée par 42 % des adultes, signalant les effets de la stratégie des fabricants de tabac se positionnant sur les produits à la nicotine dans leur ensemble.
Le tabagisme est en baisse mais des disparités persistent
En parallèle de cette évolution des mentalités, le nombre de fumeurs quotidiens diminue. En 2023, 23 % des 18-75 ans fumaient tous les jours, contre 25 % en 2021, taux le plus faible depuis les années 1990 même s’il demeure très élevé par comparaison avec la plupart des pays. Par ailleurs, cette baisse masque d’importantes inégalités sociales : les personnes sans diplôme (29 %) ou aux revenus inférieurs (30 %) restent nettement plus nombreuses à fumer que les diplômés du supérieur (17 %) ou les personnes aux revenus plus élevés (17 %). Les hommes (25 %) continuent également à fumer davantage que les femmes (21 %).
De même, la proportion de fumeurs quotidiens parmi les personnes au chômage a baissé de 10 points entre 2021 et 2023, passant de 45,8 % à 35,7 %.
Les disparités sont aussi territoriales et géographiques. Une récente enquête conjointe de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et de Santé publique France révèle par exemple que le tabagisme quotidien est faible en Île-de-France (19,6 %) et en Bretagne (19,5 %) avec plus de 6 points d’écart avec des régions comme Provence-Alpes-Côte d'Azur (26,5 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (26,8 %).
Dans l’enquête publiée par Santé publique France, chez les jeunes adultes, la norme sociale du tabagisme demeure encore nuancée. Une part significative (29 %) des 18-34 ans pense que fumer aide à aborder un inconnu ou à se sentir à l’aise en groupe (27,3 %), contre 21,7 % en 2017. Ce lien entre cigarette et socialisation a peut-être été renforcé par l’isolement post-Covid. La prévalence tabagique reste également élevée chez les 25-44 ans (29 %), avant de diminuer avec l’âge.
En revanche, la baisse du tabagisme est particulièrement forte chez les adolescents. Et le recul du tabagisme dans la tranche d’âge des 18-24 ans commence à se refléter. Leur consommation quotidienne (23 %) est désormais inférieure à celle des 25-34 ans, ce qui pourrait rendre atteignable l’objectif d’une génération sans tabac d’ici 2032 (avec moins de 5 % de prévalence parmi les jeunes ayant 18 ans à cette date).
Santé publique France appelle à continuer les efforts de dénormalisation du tabac
Bien que le tabagisme ait diminué depuis les années 1970, il reste néanmoins perçu comme socialement acceptable par une partie non négligeable de la population, notamment les jeunes. Santé publique France souligne la nécessité de poursuivre et d’adapter les efforts de dénormalisation, en tenant compte des différences de perception liées au statut tabagique et aux caractéristiques sociodémographiques. De futures enquêtes devraient permettre d’évaluer l’évolution des perceptions, y compris vis-à-vis de la cigarette électronique. Des recherches complémentaires sont par ailleurs nécessaires pour mieux comprendre les facteurs influençant ces perceptions et l’efficacité des politiques publiques.
La réduction de la prévalence du tabagisme demeure une priorité majeure de santé publique : « Le tabagisme reste la première cause de mortalité évitable en France, comptabilisant 75 000 décès prématurés évitables attribuables en 2015 en France hexagonale, soit 13 % des décès » rappelle Santé publique France.
AD
[1]De Rosso S., Guignard R., Pasquereau A., Andler R., Beck F., Nguyen-Thanh V., « Perceptions du tabagisme en France hexagonale en 2022 parmi les 18-75 ans : où en est la dénormalisation ? », Bull Epidemiol Hebd, 2025;(10):164-71, https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/10/2025_10_1.html