En Asie du Sud-Est, des efforts différenciés contre le vapotage

29 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 25 août 2025

Temps de lecture : 5 minutes

En Asie du Sud-Est, des efforts différenciés contre le vapotage

Dans la zone ASEAN, les pays adoptent des politiques différentes face à l’industrie du vapotage et ses produits. Si l’Indonésie et la Malaisie ont par exemple choisi de réglementer et contrôler les cigarettes électroniques, compte tenu de la puissance économique et juridique de cette industrie, un pays comme Singapour a, pour sa part, d’ores et déjà opté pour une politique de zéro tolérance face à l’épidémie de vapotage, reclassé comme un problème de drogue illégale.

L’Indonésie lutte contre les substances illégales plutôt que d’interdire le vapotage

En Indonésie, le développement de la cigarette électronique ouvre la voie à de nouvelles méthodes de consommation de substances psychoactives. L'Agence nationale indonésienne de lutte contre les stupéfiants (BNN) observe une tendance croissante à l’utilisation de dispositifs de vapotage pour inhaler des substances classées comme stupéfiants.

Marthinus Hukom, directeur de la BNN, a indiqué que cette dernière avait récemment saisi environ 1 800 dispositifs de vapotage contenant de l’étomidate et de la kétamine, deux substances classées comme anesthésiques et considérées comme psychotropes. Ces produits ont été transmis à l’Agence indonésienne de réglementation des aliments et des médicaments (BPOM), relevant de la compétence du ministère de la Santé et de la Police nationale.

En réponse, l’agence a renforcé sa collaboration avec les douanes, les plateformes de vente en ligne et les boutiques spécialisées, afin d’améliorer la supervision des produits mis sur le marché. Marthinus Hukom précise que cette initiative ne vise pas à pénaliser l’industrie du vapotage en tant que telle, mais à prévenir les dérives : « Ce qui est interdit, ce sont les stupéfiants, pas les cigarettes électroniques elles-mêmes. »[1].

La Malaisie retarde l’interdiction de la vente des produits de vapotage mais s’y dirige

En Malaisie, si plusieurs États, dont Perlis, Terengganu, Kedah, Pahang, Johor et Kelantan, ont déjà interdit la vente de cigarettes électroniques sur leur territoire, le ministre de la Santé, Dzulkefly Ahmad, a récemment déclaré que le gouvernement n’imposera pas pour l’instant l’interdiction de la vente des cigarettes électroniques et du vapotage au niveau fédéral, afin d’éviter d’éventuels recours juridiques[2].

Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur le contrôle des produits du tabac pour la santé publique (loi 852), l’industrie du vapotage est légalement enregistrée et réglementée.

La loi 852, promulguée en février 2024 et appliquée depuis octobre 2024, interdit notamment la vente de produits du tabac et de vapotage aux mineurs, et encadre la publicité, l’étiquetage et la vente en ligne.

Une interdiction soudaine et complète de la vente de ces produits pourrait être contestée en justice en raison de la reconnaissance légale actuelle du secteur.

Le ministre malaisien précise toutefois qu’un rapport est en cours de préparation pour définir le moment et les modalités d’une possible interdiction future : « La question n’est pas de savoir si nous allons interdire, mais quand. ». Réagissant à ce rapport, le vice-ministre de l’Éducation du Sarawak, Datuk Dr Annuar Rapaee, s’est déclaré en faveur d’une interdiction totale du vapotage, en raison de ses risques graves pour la santé[3].

Citant la position d’interdiction ferme de Singapour, Dr Annuar a exhorté la Malaisie à agir rapidement. Il plaide également pour renforcer la sensibilisation, notamment auprès des jeunes, sur les risques d’addiction, de cancer du poumon et d’autres effets néfastes sur la santé liés au vapotage.

Par ailleurs, Dzulkefly Ahmad a expliqué vouloir étendre le sujet à cette région de l’Asie du Sud-est, proposant que le contrôle du vapotage soit inclus dans l’agenda de la Réunion des ministres de la Santé de l'ASEAN (AHMM) l’année prochaine[4].

À Singapour, une interdiction désormais ferme et dissuasive du vapotage

À l’inverse des deux autres pays, Singapour a récemment durci sa position. Le Premier ministre Lawrence Wong a annoncé, lors de la fête nationale le 17 août 2025, que le vapotage sera désormais traité comme une infraction liée aux drogues illicites, avec des sanctions plus lourdes, pouvant inclure des peines de prison, des mesures de supervision et des programmes obligatoires de réhabilitation. Les récidivistes seront passibles d’une peine d’emprisonnement, tandis que les trafiquants encourront jusqu’à 20 ans de prison et de la flagellation.

Jusqu’à présent, les contrevenants s’exposaient à des amendes, mais les autorités estiment que cela n’est plus suffisant. Le gouvernement pointe notamment la présence de substances addictives et potentiellement dangereuses, comme l’étomidate, dans certains produits de vapotage, en particulier les « Kpods », déjà sous surveillance à Singapour. « Les dispositifs de vapotage ne sont que des outils de diffusion. Le vrai danger réside dans leur contenu », a déclaré Wong.

Malgré l’interdiction du vapotage en vigueur depuis 2018, son usage continue de croître, notamment chez les jeunes. Le gouvernement singapourien prépare une campagne de sensibilisation à grande échelle dans les établissements scolaires, afin de freiner cette tendance.

©Génération Sans Tabac

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[1]Intan Setiawanty, Indonesia Will Not Follow Singapore's Move to Ban Vape, Says BNN Head, Tempo.co, publié le 22 août 2025, consulté le même jour

[2]Minderjeet Kaur, No ban on vape for now to avoid legal issues, says health minister, Free Malaysia Today, publié le 21 août 2025, consulté le 22 août 2025

[3]Peter Boon, Dr Annuar backs total vape ban, cites severe health risks, Borneo Post Online, publié le 22 août 2025, consulté le même jour

[4]Bernama, Health Ministry Finalising Report on Proposed Vape Ban, Says Dzulkefly, publié le 21 août 2025, consulté le 22 août 2025

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