En 2023, 2,7 milliards de personnes étaient encore exposées au tabagisme passif dans le monde
16 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 9 septembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes
En 2023, environ 2,71 milliards de personnes dans le monde ont été exposées au tabagisme passif, c’est-à-dire à la fumée répandue par les produits eux-mêmes, mais aussi les exhalaisons des fumeurs et enfin les particules toxiques libérées qui peuvent être relarguées et absorbées pendant des semaines. Ces données émanent de l’étude Global Burden of Disease (GBD) 2023, publiée dans la revue scientifique The Lancet Public Health. Elle a été menée dans 204 pays et territoires entre 1990 et 2023 et analyse l’exposition par âge et par sexe[1]. Les auteurs ont également fait un état de la littérature scientifique sur ce sujet entre 2010 à 2025, Malgré une diminution de la prévalence standardisée sur l’âge depuis 1990, le nombre absolu de personnes concernées reste élevé, notamment parmi les enfants de 0 à 14 ans, 767 millions d’entre eux étant exposés. Le fardeau sanitaire est estimé à 1,66 million de décès annuels et à 44,8 millions d’années de vie en bonne santé perdues ou vécues avec une incapacité. Le tabagisme, actif et passif, tuait encore 8 millions de personnes chaque année en 2023.
Une exposition passive encore très répandue, qui augmente en Afrique et au Moyen-Orient
La prévalence standardisée sur l’âge d’exposition au tabagisme passif atteignait 33,9 % à l’échelle mondiale. Elle était plus élevée chez les femmes, avec 37,3 %, contre 30,6 % chez les hommes. Les niveaux les plus importants ont été relevés en Asie du Sud-Est, en Asie de l’Est et en Océanie, où près d’une personne sur deux était concernée.
Entre 1990 et 2023, la prévalence mondiale standardisée sur l’âge a diminué de 22,2 %. Cette amélioration n’a toutefois pas entraîné de baisse du nombre total de personnes exposées, resté globalement stable en raison de la croissance démographique.
Dans certaines régions, ce nombre a même fortement augmenté. Il a progressé de 98,5 % en Afrique subsaharienne et de 72,1 % en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. À l’inverse, les baisses les plus marquées de la prévalence ont été observées en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que dans les pays à revenu élevé comme le Danemark et la Norvège.
Un lourd bilan sanitaire, accentué chez les femmes et les enfants
L’exposition au tabagisme passif est associée à 1,66 million de décès en 2023, soit 2,76 % de l’ensemble des décès dans le monde. À cela s’ajoute la perte de 44,8 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité, un indicateur qui combine les années de vie perdues et celles vécues avec une incapacité.
Cette exposition augmente en effet le risque de maladies cardiovasculaires, respiratoires et métaboliques (AVC, infections respiratoires basses, bronchopneumopathie chronique obstructive, asthme, diabète de type 2, cancers du poumon, de la trachée ou du sein…) rappellent les auteurs de l’étude. Les cardiopathies ischémiques constituent la première cause de cette charge sanitaire, avec environ 12 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité. Chez les enfants, les infections des voies respiratoires inférieures arrivent en tête, devant l’asthme et les otites moyennes, avec 5,16 millions d’infections des voies respiratoires en 2023.
Les enfants restent particulièrement vulnérables, notamment en raison de l’immaturité de leurs voies respiratoires et de leur système immunitaire. En 2023, ils représentaient plus de 12 % de la charge totale de morbidité attribuable au tabagisme passif.
Les femmes étaient également plus nombreuses que les hommes à être exposées (1,49 milliard de femmes). Dans certains pays, comme le Timor-Leste, la prévalence de l’exposition chez les femmes était près de 1,8 fois supérieure à celle observée chez les hommes.
Des politiques antitabac encore inégalement appliquées qui devraient être partout renforcées
L’analyse présente plusieurs limites. Elle porte principalement sur l’exposition au domicile et sur le lieu de travail, sans couvrir systématiquement les autres environnements. Elle repose aussi en partie sur des données déclaratives. Par ailleurs, elle est conservatrice car elle ne prend pas en compte l’exposition aux aérosols des cigarettes électroniques ou des produits du tabac chauffé.
Les auteurs appellent à accélérer la mise en œuvre et le contrôle des législations interdisant de fumer dans les lieux publics, conformément à l’article 8 de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT), alors qu’environ 70 % de la population mondiale n’est pas protégée par des lois globales d’interdiction de fumer. La part de la population mondiale protégée par une législation complète d’interdiction de fumer est en effet passée de 3 % en 2007 à 33 % en 2024. Il s’agit d’une progression importante mais qui ne couvre que 2,6 milliards de personnes. En 2024, seuls 79 pays, dont environ 70 % situés sur le continent américain, ont atteint les normes de protection les plus élevées de protection définies dans les directives de la CCLAT concernant la protection à l’égard du tabagisme passif, avec des lieux publics entièrement non-fumeurs ou, à tout le moins, 90 % de la population couverte par une législation régionale exhaustive, malgré des écarts persistants dans le respect de ces dispositions.
Selon l’étude, la protection contre le tabagisme passif demeure incomplète, notamment dans les lieux relevant de la sphère privée : dans les logements et les véhicules, où l’exposition des enfants est fréquente. Les chercheurs soulignent que les politiques sans tabac doivent être associées à d’autres mesures de lutte contre le tabagisme comme une taxation accrue, un emballage neutre, l’interdiction de la publicité et les programmes d’aide à l’arrêt, etc., autant de dispositions figurant dans le traité de la CCLAT qui nécessite d’être pleinement mis en œuvre.
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[1]Flor L., Anderson J., Morgan B. et al., Global, regional, and national prevalence of second-hand smoke and attributable disease burden in 204 countries and territories, 1990–2023: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2023, The Lancet Public Health, publié le 7 septembre 2026, consulté le 8 septembre 2026