Au Bangladesh, une mobilisation étudiante en appui d’un renforcement de la loi antitabac
23 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 20 août 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Environ 10 000 jeunes militants antitabac ont soumis une pétition au conseiller principal et à quatre autres conseillers du gouvernement du Bangladesh, réclamant des modifications immédiates de la loi sur le contrôle du tabac[1]. Cette initiative, portée par des étudiants de diverses universités et établissements de Dhaka, demande également l’annulation d’une réunion gouvernementale prévue avec des représentants de l’industrie du tabac à propos des mesures de protection envisagées. Cette rencontre associant l’industrie à la définition de la stratégie de santé est considérée comme une violation de l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) qui appelle à la protection des politiques publiques à l’égard du lobby du secteur tabac.
Des propositions concrètes pour aligner la loi avec les normes internationales
La pétition, remise officiellement le 17 août 2025 par les organisations Nari Maitree, DORP, Dhaka Ahsania Mission et la National Heart Foundation, a aussi été transmise aux conseillers chargés des finances, de la santé, de l’information, et de la jeunesse et des sports. Les signataires y expriment leur volonté d’un Bangladesh sans tabac et leur opposition à toute coopération avec les industriels du secteur.
Afin de mieux aligner la loi de 2005 sur le contrôle du tabac, modifiée en 2013, avec les directives de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS, la Division des services de santé a proposé une série d’amendements à ce texte. Parmi les mesures phares figurent l’interdiction des zones fumeurs dans les lieux publics, la suppression de toute forme de publicité ou d’exposition de produits du tabac, l’interdiction de la vente de cigarettes à l’unité, le renforcement des avertissements sanitaires (portés à 90 % de la surface des emballages), l’interdiction des activités de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) menées par l’industrie du tabac, ainsi que des mesures pour limiter l’usage des cigarettes électroniques, notamment auprès des jeunes.
Ces propositions ont été élaborées en concertation avec des experts en santé, des représentants de la société civile et d’autres parties prenantes. Elles ont été publiées en ligne pour consultation publique. En parallèle, le gouvernement a déjà interdit l'importation de cigarettes électroniques et suspendu leur production nationale.
Un appel à respecter les engagements de santé publique
Des représentants d’organisations engagées dans la santé ont exprimé leurs préoccupations concernant l’influence de l’industrie du tabac sur les politiques publiques. Mohammad Zobair Hasan (DORP) a souligné que la santé est une responsabilité constitutionnelle de l’État, mais que les négociations en cours avec les fabricants de tabac à propos de la stratégie de santé ne sont pas conformes aux institutions. En effet, British American Tobacco (BAT), qui est connu pour ses pratiques de contournement de la loi antitabac au Bangladesh, dont des partenariats avec des établissements de luxe, de la publicité illicite et du lobbyisme politique, demeure un obstacle de taille dans les politiques de santé publique, notamment localement.
En novembre 2023, Kudrat-e-Khuda, secrétaire général des Citoyens pour une bonne gouvernance (SHUJAN), a estimé que les pratiques commerciales des fabricants de tabac dans ce pays étaient devenues particulièrement agressives, attribuant cette tendance au manque de réactivité de l’administration. British American Tobacco Bangladesh (BATB) et Japan Tobacco International (JTI) sont les deux principaux cigarettiers qu’il a mis en cause : les contacts étroits et les conflits d’intérêts que ceux-ci entretiennent avec des membres du gouvernement et du Parlement expliqueraient notamment l’inertie des autorités face aux violations constatées (distribution gratuite de cigarettes, cadeaux aux clients et revendeurs, publicités dans l’espace public, promotion des produits du tabac dans les films, séries et événements filmés, espaces sans fumée non respectés…).
De son côté, Naimur Rahman Emon, représentant des jeunes, a rappelé que le tabac cause environ 161 000 décès prématurés évitables chaque année au Bangladesh, soit 442 par jour, et que 38,4 millions de non-fumeurs restent exposés au tabagisme passif dans les espaces publics, comme les transports en commun et les restaurants[2].
Shahin Akhter Dolly, directrice de Nari Maitree, a insisté sur le fait que le Bangladesh, signataire précoce de la CCLAT, a aussi adopté en 2008 les directives d’application de l’article 5.3. Elle estime que la réunion prévue avec les entreprises du tabac viole ces engagements et doit être annulée. Selon elle, la pétition portée par 10 000 jeunes envoie un message clair, et le gouvernement se doit d’adopter les amendements proposés sans plus attendre.
L’adoption de ces réformes permettrait de réduire significativement la consommation de tabac, d’améliorer les indicateurs de santé publique et de faire avancer le pays vers un avenir sans tabac.
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[1]Daily Sun, 10,000 youth activists ask govt to swiftly amend tobacco control act, publié le 17 août 2025, consulté le 19 août 2025
[2]UNB, Youth representatives want swift amendment of tobacco control law, publié le 17 août 2025, consulté le 19 août 2025