Au Bangladesh, des experts de santé réclament une loi antitabac plus stricte et de lutter contre l’ingérence de l’industrie du tabac

15 décembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 15 décembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Au Bangladesh, des experts de santé réclament une loi antitabac plus stricte et de lutter contre l’ingérence de l’industrie du tabac

Le 8 décembre 2025, trois organisations de santé, la Fondation nationale du cœur du Bangladesh, la Fondation pulmonaire du Bangladesh et la Société du cancer du Bangladesh ont publié une déclaration commune qualifiant la révision de la « Loi sur le contrôle du tabac » de seule mesure efficace pour lutter contre le tabagisme et protéger la santé publique [1]. Elles alertent également sur des campagnes de désinformation menées par l’industrie du tabac depuis l’ouverture du processus de réforme, et soulignent que les considérations de santé doivent primer sur les intérêts commerciaux.

Le tabagisme, un fléau sanitaire, économique et environnemental pour le Bangladesh

Le tabac constitue la principale cause de décès prématurés évitables au Bangladesh : selon le Tobacco Atlas 2025, 357 personnes meurent chaque jour de maladies liées au tabac, soit plus de 130 000 par an.

Les maladies non transmissibles représentent 71 % des décès, le tabac étant le principal facteur de risques, cause de cancers, de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Environ 1,5 million d’adultes souffrent chaque année de pathologies liées au tabagisme.

Le tabagisme passif entraîne aussi près de 25 000 décès et touche au moins 40 % des enfants de moins de 14 ans à domicile[2], avec plus de 61 000 enfants qui souffrent de complications de santé en conséquence.

Sur le plan financier, les coûts sanitaires et environnementaux dépassent largement les recettes fiscales liées au tabac. Une étude de l'université Johns Hopkins indique que, durant l'exercice 2023-2024, les recettes publiques provenant du tabac se sont élevées à 400 milliards de Taka bangladais (2,8 milliards d’euros), tandis que les coûts sanitaires et environnementaux ont atteint 840 milliards de Taka (5,9 milliards d’euros), soit plus du double des recettes.

Les recommandations principales s’appuient sur les dispositions du traité de l’OMS ratifié par le pays

La déclaration des trois organisations de santé appelle à mettre en place des mesures conformes aux dispositions de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS, que le pays a ratifiée le 14 juin 2004.

Ainsi, sont demandées la suppression des zones fumeurs dédiées dans tous les espaces publics et les transports publics afin de protéger les non-fumeurs.

Sont aussi demandées l’interdiction de l’exposition des produits du tabac sur les lieux de vente et la suppression de la vente à l’unité ou en vrac des cigarettes.

S’ajoute une demande d’interdiction des activités de Responsabilité sociale des Entreprises (RSE) du tabac, qui passent actuellement par des dons à des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’environnement, qualifiés de « blanchiment social » par les experts de santé. Ce type d’activité associé à une forte communication publicitaire par les fabricants de tabac tend à redorer leur image et constitue surtout un obstacle dans l’adoption des mesures efficaces pour réduire la consommation de tabac dans le pays.

De même, les organisations de santé appellent à une augmentation de la taille des avertissements sanitaires apposés sur les conditionnements avec des messages illustrés. Aujourd’hui limitée à 50 % de la surface des paquets de cigarettes, il est demandé aux pouvoirs publics d’étendre cette surface à 90 %.

Enfin, pour lutter contre l’expansion des nouveaux produits du tabac et de la nicotine, des mesures de protection sont requises en vue notamment de protéger les enfants et les adolescents des effets nocifs des cigarettes électroniques.

L’ingérence de l’industrie du tabac et de la nicotine, un obstacle majeur à des mesures de santé ambitieuses

Par ailleurs, Iqbal Masud, directeur du secteur Santé et EAH (Eau, Assainissement et Hygiène) de la Mission Ahsania de Dhaka, a tout particulièrement alerté sur le poids du lobby du tabac, soulignant que l’ingérence de l’industrie du tabac constitue encore l’un des plus grands obstacles aux politiques de lutte antitabac au Bangladesh[3].

Le pays présente le taux d’ingérence industrielle le plus élevé d’Asie du Sud, et l’État bangladais détient une participation de 9 à 11 % dans la filiale locale de British American Tobacco (BAT), induisant des conflit d’intérêts et la présence même du cigarettier dans les instances dirigeantes. Les entreprises de tabac influencent ainsi les décisions publiques par du lobbying, des campagnes d’information contestées et des initiatives de type responsabilité sociale d’entreprise, pour étendre leur influence et présenter une image de respectabilité.

Le pays est également confronté au poids de la culture du tabac. Cette dernière est toujours considérée comme une « culture de rente » (une culture lucrative surtout destinée à l’exportation) en vertu de la loi de 2018 sur la commercialisation des produits agricoles et bénéficie de subventions indirectes, notamment pour les engrais destinés aux cultures vivrières. Les droits d’exportation sur les feuilles de tabac, auparavant fixés à 25 %, ont été supprimés, et le gouvernement autorise des industriels comme Philip Morris International (PMI) à implanter des usines de sachets de nicotine.

Pour limiter l’ingérence de l’industrie du tabac, en vertu de l’article 5.3 de la CCLAT, l’expert appelle ainsi le Bangladesh à retirer les cigarettes des produits essentiels de la loi de 1956, à mettre fin aux participations publiques dans les entreprises du secteur tabac, à mieux encadrer la culture du tabac, à promouvoir des cultures alternatives, à restreindre les investissements industriels, à rétablir les droits d’exportation sur les feuilles de tabac et enfin à retirer le tabac de la liste des cultures de rente.

Il recommande également pour protéger la santé publique de finaliser rapidement la réforme de la loi antitabac et d’adopter une fiscalité conforme à la CCLAT de l’OMS.

©Génération Sans Tabac

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[1]Bangladesh Post, Call for immediate amendment of tobacco control law to prevent premature deaths and protect public health, publié le 8 décembre 2025, consulté le 9 décembre 2025

[2]Zafar Ullah AN, Huque R, Akter S, et al., Children’s exposure to second-hand smoke at home in Bangladesh: a community survey, BMJ Open, publié le 13 novembre 2013, consulté le 11 décembre 2025

[3]Iqbal Masud, Tobacco industry's interference in policy-making must be reined in, Daily Observer, publié le 9 décembre 2025, consulté le même jour

Comité national contre le tabagisme |

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