Albuquerque poursuit les fabricants de tabac en justice pour la pollution liée aux mégots
6 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 1 septembre 2026
Temps de lecture : 4 minutes
La ville d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, a rejoint Denver et Fresno, en Californie, dans des actions en justice visant des fabricants de cigarettes au sujet de la pollution générée par les filtres en plastique[1]. Les municipalités estiment que les industriels n’ont pas suffisamment pris en compte les conséquences environnementales de ces produits et que les collectivités doivent prendre en charge les coûts de collecte et de nettoyage de ces produits toxiques.
Les mégots, un déchet largement présent dans l’environnement
Les mégots sont régulièrement abandonnés dans l’espace public, certains consommateurs pensant à tort qu’ils sont biodégradables. En réalité, les filtres en acétate de cellulose, qui contiennent du plastique, persistent dans l’environnement et peuvent être transportés vers les réseaux d’eaux pluviales et les cours d’eau. Ils sont en outre toxiques et peuvent relarguer nicotine, métaux lourds et autres substances chimiques dans les sols et les eaux.
Chaque année, 4 500 milliards de mégots sont jetés en pleine nature. Le rapport le plus récent d’Ocean Conservancy classe les mégots au 2e rang mondial des déchets collectés sur les plages, avec environ 1,2 million d’unités ramassées. Aux États-Unis, ils arrivent en première position, avec 355 561 mégots collectés lors des opérations recensées.
Des coûts sanitaires et environnementaux à la charge des collectivités
Albuquerque affirme notamment chercher à récupérer une partie des sommes consacrées au nettoyage des rues, des parcs et des réseaux d’eaux pluviales. La ville souhaite également inciter les fabricants à modifier leurs pratiques.
« C'est un problème de santé publique, qu'il s'agisse d'un enfant qui trouve un mégot dans un parc, de l’absence de biodégradation du mégot dans nos sols ou de la contamination de notre rivière qui affecte nos poissons », a déclaré Lauren Keefe, l'avocate de la ville.
Les représentants du Centre de droit de la santé publique de la faculté de droit Mitchell Hamline de Saint Paul, dans le Minnesota, soulignent que les précédents accords liés aux conséquences sanitaires du tabagisme ne couvraient pas spécifiquement la question des filtres. Ils relèvent toutefois que les filtres en plastique ont été privilégiés par les fabricants dans une optique de développement de leurs marchés.
Une pression croissante sur les fabricants de tabac aux États-Unis mais aussi dans l’Union européenne
L’action engagée par Albuquerque s’inscrit dans une tendance plus large : plusieurs collectivités américaines cherchent désormais à mettre en cause la responsabilité des fabricants dans les coûts environnementaux liés aux mégots et à faire appliquer le principe pollueur-payeur. En 2022, Baltimore, dans le Maryland, a engagé la première procédure de ce type. En 2026, le comté de Sacramento et la ville de Fresno en Californie se sont également engagés dans cette voie. Dernièrement, Denver a également lancé une procédure contre plusieurs industriels, estimant que la pollution générée par les filtres en plastique impose des coûts importants aux collectivités.
Cette question de la collecte et du nettoyage des mégots constitue l’un des aspects des atteintes majeures causées à l’environnement par les produits du tabac. Un grand nombre d’organisations de la société civile, agissant aussi bien dans le domaine de l’environnement que de la santé publique, préconisent une politique de suppression à la source des déchets. Dans cette perspective, l’interdiction du filtre en plastique représente une mesure urgente à mettre en place pour ces structures. Le processus de révision de directives européennes sur les produits du tabac et la réduction de la pollution plastique doivent intégrer cette dimension, souligne le CNCT, membre de cette alliance internationale. Des pays comme la Belgique commencent également à s’engager dans cette voie.
Au-delà du nettoyage des mégots, ces initiatives posent donc la question de la responsabilité des fabricants et de la nécessité de prévenir la pollution à sa source : réduire les déchets ne consiste pas seulement à mieux les ramasser, mais aussi à agir sur la conception, les conditions de commercialisation et d’utilisation des produits.
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[1]Keller Administration Goes After Cigarette Companies for Litter in Streets, ABQ RAW, publié le 27 août 2026, consulté le 31 août 2026