Les autorités sanitaires canadiennes sous pression pour élargir la distribution des sachets de nicotine
25 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 16 septembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Le gouvernement fédéral canadien envisage de modifier les règles encadrant les lieux de vente des sachets de nicotine, avec la possibilité de permettre à certains produits autorisés de revenir dans les commerces de proximité et d’autres points de vente généralistes[1]. Selon une source gouvernementale, aucune décision n’a toutefois été prise et le sujet ne constitue pas actuellement une priorité du gouvernement. Cette réflexion concerne le modèle de distribution instauré en 2024 pour certains nouveaux produits de substitution nicotinique. Les sachets de nicotine avaient alors été retirés des circuits de vente généralistes et principalement orientés vers les pharmacies, notamment pour limiter leur accessibilité et leur attractivité auprès des jeunes. La relance de ce sujet s’inscrit dans le cadre d’une stratégie d’ensemble de l’industrie du tabac qui fait pression pour imposer une commercialisation généralisée de ces produits.
Des produits vendus en pharmacie, en dépit d’une utilité pour le sevrage infondée et d’un attrait auprès des jeunes
Depuis 2024, certains sachets de nicotine sont vendus par des pharmaciens ou sous leur supervision, derrière le comptoir. Le règlement ministériel établi sous le premier ministre Justin Trudeau limitait également les arômes à la menthe et au menthol et interdisait tout emballage susceptible de rendre le produit attrayant pour les mineurs.
Le statut réglementaire des produits a évolué en janvier 2026. Les sachets contenant 4 mg de nicotine ou moins par unité peuvent être considérés comme des produits de santé naturels sans ordonnance, tandis que ceux dépassant 4 mg relèvent des exigences applicables aux médicaments sur ordonnance. Ce statut n’autorise pas leur vente dans les commerces généralistes.
Le cas de Zonnic, sachet contenant 4 mg de nicotine, illustre cette évolution. Avant les restrictions de 2024, le produit était notamment vendu dans des commerces de proximité, des stations-service et des pharmacies dans certaines régions du Canada. Il est depuis principalement distribué en pharmacie. Sa licence canadienne est détenue par Nicoventures Trading Limited, filiale de British American Tobacco, et Imperial Tobacco Canada en assure la distribution exclusive.
Pour rappel, ces produits ne sont pas reconnus par les experts de santé publique comme des traitements de substitution nicotinique appropriés pour le sevrage tabagique. Une étude de 2025 menée par des chercheurs de l'Institut de cardiologie d'Ottawa a conclu que ces produits peuvent contribuer à réduire le nombre de cigarettes fumées par jour mais ne semblent pas augmenter les taux d'arrêt du tabac. Selon l’OMS, leur très fort caractère addictif, leurs risques pour la santé déjà établis ainsi que la méconnaissance scientifique sur leurs effets à long terme en font des produits de l’industrie du tabac destinés à développer ses marchés. Il en va notamment pour le tabac chauffé.
L’Enquête ontarienne sur la consommation de drogues et la santé des élèves (EOCDSE) de 2025 a d’ailleurs révélé que 5,8 % des élèves de l’Ontario ont déclaré avoir utilisé un sachet de nicotine au moins une fois au cours de l'année précédente, ce pourcentage grimpant à 11,7 % chez les élèves de 12e année[2].
Des provinces et des distributeurs font pression pour un élargissement des ventes
Les industriels et distributeurs font pression pour assouplir les règles existantes et font porter leurs demandes via des acteurs politiques. La Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a notamment demandé au Premier ministre Mark Carney de revoir les restrictions, en soulignant que les sachets de nicotine autorisés sont soumis à des règles de distribution plus strictes que les cigarettes et certains autres produits nicotiniques. L’Ontario a également soulevé la question auprès du gouvernement fédéral.
De même, l’enseigne canadienne de supérettes Alimentation Couche-Tard a engagé des démarches auprès de responsables fédéraux, y compris auprès du cabinet du Premier ministre canadien. Une éventuelle modification permettrait aux commerces de proximité et autres points de vente généralistes de commercialiser à nouveau certains sachets autorisés. Pour Zonnic, il s’agirait principalement de rétablir des canaux de distribution qui existaient avant les restrictions de 2024. Pour Alimentation Couche-Tard, ce lobbyisme intervient alors que les sachets de nicotine sont en pleine croissance dans sa filiale des États-Unis, marqués récemment par la pression réglementaire de l’industrie et des soupçons de graves conflits d’intérêts du gouvernement Trump.
Cette très forte pression industrielle dont les arguments sont repris par certains responsables politiques constitue une violation des dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) ratifiée par le Canada. En vertu de l’article 5.3, le pays s’est engagé à séparer strictement les politiques de santé publique des intérêts économiques de l’industrie du tabac, ainsi que tous ses alliés.
Santé Canada a, pour sa part, rappelé que la prolifération de produits « illégaux », l’un des arguments du lobby de la nicotine pour affaiblir les réglementations, constitue une « préoccupation sérieuse » mais qu’il n’existe pas de lien entre les règles imposant la vente des sachets de nicotine derrière les comptoirs des pharmacies et les produits du marché noir.
Le contrôle des produits non autorisés reste maintenu
La réflexion sur les circuits de distribution ne signifie pas un abandon du contrôle des sachets de nicotine. Santé Canada poursuit ses interventions contre les produits non autorisés ou non conformes. En juin 2026, l’agence a notamment procédé au rappel de sachets ZYN 6 mg et Siberia 35 mg non autorisés. En juillet, elle a également rappelé des produits Supernova et Supreme contenant entre 6 et 15 mg de nicotine, ainsi que certains produits non autorisés dosés à 4 mg.
Le gouvernement fédéral maintient pour l’instant les restrictions instaurées en 2024, tout en envisageant la possibilité d’élargir l’accès commercial à certains produits nicotiniques autorisés à faible dosage.
AD
[1]Christopher Nardi, Feds 'open' to loosening rules banning nicotine pouch sales at convenience stores, National Post, publié le 9 septembre 2026, consulté le 15 septembre 2026
[2]Todd Prochnau, We need to know about youth nicotine pouch use, The Hamilton Spectator, publié le 8 septembre 2026, consulté le 15 septembre 2026