Des biologistes moléculaires appellent à la prudence face aux potentiels effets tumorigènes du vapotage
21 septembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 14 septembre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Des chercheurs de l'Institut national de biologie moléculaire et de biotechnologie (NIMBB) du Collège des sciences de l'Université des Philippines Diliman (UPD-CS) ont étudié les effets de l’exposition aux substances présentes dans les cigarettes électroniques sur certains mécanismes cellulaires associés au développement des cancers[1]. Leurs travaux portent notamment sur une molécule qu’ils ont appelée VALT1 (« Vape-Associated LncRNA Transcript 1 »), dont le niveau est plus élevé chez les utilisateurs de cigarettes électroniques ainsi que dans certaines tumeurs pulmonaires.
L’équipe s’est intéressée au rôle de cette molécule dans des cellules humaines exposées à des substances issues de la vapeur des cigarettes électroniques. Cette recherche s’inscrit dans la continuité de travaux antérieurs des mêmes chercheurs consacrés à une autre molécule, SCAL1, impliquée dans la survie de cellules dont l’ADN a été endommagé par la fumée de cigarette de tabac.
Des modifications cellulaires associées à la tumorigenèse
Les chercheurs ont observé en laboratoire augmentait les niveaux de VALT1. Cette augmentation était associée à plusieurs modifications cellulaires : augmentation de la prolifération, résistance à la mort cellulaire programmée, migration accrue des cellules, détoxification des espèces réactives de l’oxygène (ROS), désorganisation du cytosquelette et modifications du noyau.
Selon les auteurs, ces caractéristiques sont également observées dans des cellules présentant des propriétés tumorales. Ils ont par ailleurs constaté qu’une surexpression de VALT1 pouvait provoquer certaines de ces modifications même en l’absence d’exposition à la vapeur de cigarette électronique. La molécule favorisait également la survie de certaines cellules soumises à un stress cytotoxique, notamment dans une lignée de cellules cancéreuses pulmonaires, mais pas dans son équivalent normal.
Des résultats qui ne permettent pas encore de conclure à un risque de cancer chez l’humain et nécessitent plus de recherches
Pour les chercheurs, ces observations apportent de nouveaux éléments sur les effets potentiellement nocifs du vapotage au niveau cellulaire et moléculaire[2]. Elles suggèrent notamment que VALT1 pourrait participer aux effets observés après exposition aux cigarettes électroniques. Ces résultats ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d'établir que le vapotage provoque des cancers chez l’être humain. Les cancers pulmonaires peuvent se développer après une longue période de latence et les cigarettes électroniques sont utilisées depuis une période trop courte pour disposer d'un recul comparable à celui du tabagisme. Les auteurs soulignent ainsi que les effets à long terme du vapotage, notamment son éventuelle contribution au développement de cancers, nécessitent encore des recherches.
L’étude apporte également des connaissances sur les ARN longs non codants (lncRNA), des molécules qui ne produisent pas directement de protéines mais peuvent jouer un rôle dans le fonctionnement des cellules et dans certaines maladies. Initialement considérés comme peu fonctionnels, ces ARN sont désormais étudiés pour leur implication dans différents processus biologiques et pathologiques.
Les chercheurs soulignent que les connaissances sur les effets cellulaires et moléculaires du vapotage restent limitées et appellent à poursuivre les travaux afin de mieux caractériser ses conséquences à long terme.
Le principe de précaution au regard des incertitudes sur les effets à long terme
Dans ce contexte, les résultats de l’étude soulignent l’intérêt d’une approche fondée sur le principe de précaution, alors que les effets à long terme de l’exposition aux cigarettes électroniques restent encore insuffisamment documentés. Sans permettre à eux seuls d’établir un lien causal entre vapotage et cancer, ces travaux expérimentaux apportent de nouveaux éléments sur des modifications cellulaires susceptibles d’être impliquées dans des processus tumoraux.
Ce n’est ainsi pas la première fois qu’une association entre vapotage et risque cancérigène est évoquée. Une étude de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) à Sydney, publiée dans la revue Carcinogenesis en mars 2026, suggère que la cigarette électronique est probablement cancérigène[3]. Par ailleurs, une étude européenne de décembre 2025 alerte quant à elle sur 134 toxines détectées dans les cigarettes électroniques et le tabac chauffé, certaines substances incluant des composés cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, toxiques en cas d’exposition chronique, irritants pour les voies respiratoires ou perturbateurs endocriniens, certaines cumulant plusieurs de ces effets[4].
AD
[1]Mirador D.A.R., Ferrer J.L.M., Lin K.D.H., Garcia R.L., Vape-Associated lncRNA Transcript 1 (VALT1) Amplifies the Tumorigenic Effects of e-Cigarette Vapor in Lung Epithelial Cells, Non-Coding RNA 2026, 12, 10, consulté le 10 septembre 2026
[2]Eunice Jean C. Patron, UP Molecular Biologists Urge Caution as Vaping is Shown to Have Tumorigenic Effects, University of the Philippines Diliman, publié le 7 septembre 2026, consulté le 10 septembre 2026
[3]Bernard W Stewart, Henry Marshall, Billie Bonevski, Hayley J Griffin, Ashley M Hopkins, Malinda Itchins, Cassandra J Mazza, Natansh D Modi, Marissa Ryan, Megan Varlow, Freddy Sitas, The carcinogenicity of e-cigarettes: a qualitative risk assessment, Carcinogenesis, Volume 47, Numéro 1, publié le 30 mars 2026, consulté le 14 septembre 2026
[4]Maya El Bouz, Clara Neto, Thibault Mansuy, Rune Becher, Håkon Valen, Espen Mariussen, Daniela Alejandra Blanco-Escauriaza, Adrián González-Marrón, Efthimios Zervas, Anne Havermans, Reinskje Talhout, Yvonne C.M. Staal, Health Hazards of E-Cigarettes and Heated Tobacco Products: a Comprehensive Analysis of Hazardous Substances and Regulatory Gaps, Nicotine & Tobacco Research, publié le 6 décembre 2025, consulté le 14 septembre 2026