De nouvelles mesures envisagées au Canada pour protéger les jeunes du tabagisme et du vapotage
17 août 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 10 août 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Alors que le Canada renforce sa politique de lutte contre le tabagisme avec de nouveaux avertissements sanitaires illustrés sur les paquets de cigarettes et des messages imprimés directement sur les produits, les autorités sanitaires rappellent que le tabac et plus globalement l’addiction à la nicotine demeure un enjeu majeur de santé publique. Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la baisse du tabagisme classique, démontrant que les mesures antitabac sont efficaces et nécessaires mais qu’elles nécessitent encore d’être complétées dans le cadre d’une réglementation inspirée notamment du modèle britannique de « génération sans tabac ». À cela s’ajoute l’objectif de lutter contre la progression du vapotage chez les jeunes.
Une baisse du tabagisme classique mais une hausse du vapotage chez les jeunes
Entre 2001 et 2024, le pourcentage de la population canadienne qui consomme des produits du tabac est passé de 29 % à 13 %, selon Statistique Canada. En 2022, la province de Terre-Neuve-et-Labrador affichait le taux de tabagisme le plus élevé du pays, avec 18 % de personnes de 15 ans et plus déclarant fumer quotidiennement ou occasionnellement, contre 11 % à l’échelle nationale. La Société canadienne du cancer rappelle que le tabac constitue le principal facteur de risque évitable de maladie et de décès au Canada et que sept à neuf cancers du poumon sur dix sont attribuables au tabagisme en fonction du sexe. De plus, l'Enquête canadienne sur le tabac et la nicotine indiquait que la prévalence du tabagisme n'était que de 4,2 % chez les jeunes de 15 à 19 ans en 2022, comparativement à 27,7 % des jeunes de ce groupe d'âge en 1999.
En revanche, le vapotage a progressé chez les jeunes : 20 % des 20-24 ans déclaraient avoir vapoté au cours des 30 jours précédant l’Enquête en 2022, en hausse par rapport à 17 % en 2021. Cette progression concerne tout particulièrement les jeunes, cette prévalence étant limitée à 4 % des Canadiens de 25 ans et plus[1].
Les autorités sanitaires et plusieurs organisations de lutte contre le tabagisme s’inquiètent de cette progression du vapotage chez les jeunes, rappelant que la quasi-totalité des produits de vapotage contiennent de la nicotine et peuvent entraîner une dépendance, en plus de n’être pas inoffensifs pour la santé. Des risques de troubles cardiovasculaires et respiratoires ont déjà été établis scientifiquement, ainsi que des troubles neurologiques chez les jeunes, incluant des pertes d’attention, de mémoire et un état dépressif. Les effets à long terme ne sont pas encore connus, même si des études soupçonnent de potentiels effets cancérigènes de la cigarette électronique avec une exposition aux métaux lourds.
De nouvelles mesures contre le tabagisme classique avec une possible interdiction générationnelle de vente
Le Canada a introduit, depuis le 1er août 2026, une nouvelle série d’avertissements sanitaires illustrés sur les paquets de cigarettes et autres produits du tabac[2]. Les images montrent notamment un côlon atteint d’un cancer ou un bébé entouré de fumée en forme de crâne illustrant les méfaits du tabagisme passif. Ces nouveaux avertissements sur les conditionnements sont complémentaires aux messages désormais imprimés directement sur les cigarettes, tels que « les cigarettes nuisent aux enfants » ou « les cigarettes endommagent le foie ». Selon Geoffrey Fong, chercheur à l’International Tobacco Control Policy Evaluation Project, le renouvellement régulier des avertissements est nécessaire afin d’éviter une perte d’efficacité liée à la répétition des messages et à leur invisibilisation progressive.
Les experts soulignent que les avertissements graphiques favorisent une meilleure connaissance des risques du tabac et peuvent encourager les tentatives d’arrêt. Surtout, ceux-ci ont une dimension de prévention de l’initiation. Les acteurs de santé publique insistent également sur la nécessité d’une stratégie globale associant information, prévention et réglementation, comme l’interdiction de la publicité et de la promotion des produits du tabac dans les points de vente, etc.
Au-delà de ces mesures cruciales recommandées par l’OMS, les acteurs de la lutte antitabac canadienne plaident pour de nouvelles mesures ambitieuses contre l’épidémie nicotinique, notamment avec un relèvement de l’âge légal d’achat des produits du tabac à 21 ans, voire une interdiction générationnelle de vente des cigarettes classiques. Récemment, le Royaume-Uni a adopté une loi instaurant une interdiction à vie de la vente de cigarettes et de cigarettes électroniques aux personnes nées à partir du 1er janvier 2009. Ce projet de loi vise à créer la première « génération sans tabac » et suit une mesure similaire adoptée aux Maldives.
Cette politique a déjà suscité l'intérêt dans la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. En 2024, la province a lancé un sondage auprès des résidents afin de recueillir leur avis sur la possibilité de relever à 21 ans l'âge limite pour l'achat de tabac, voire d'instaurer une interdiction à vie. Khadija Rehma, porte-parole du ministère de la Santé et des Services communautaires de Terre-Neuve-et-Labrador, a déclaré que la province est « en train d’examiner les informations reçues afin d’orienter les prochaines étapes ». Toutefois, Kevin Coady, directeur général de l’Alliance de Terre-Neuve-et-Labrador pour la lutte antitabac, a rappelé qu’une interdiction générationnelle n’est pas suffisante seule et pour être efficace doit s’inscrire dans un ensemble global de mesures antitabac.
Les nouveaux produits aussi visés dans une stratégie plus large et internationale de génération sans nicotine
Fin mai 2026, plus de vingt organisations canadiennes de santé publique ont appelé le gouvernement fédéral canadien à se fixer comme objectif de compléter l’objectif de « génération sans tabac » d’ici 2035, soit une prévalence tabagique adulte inférieure à 5 %, avec une « génération sans nicotine » d’ici 2045, soit une consommation globale de nicotine inférieure à 5 % de la population. Cela implique de lutter contre toutes les formes de produits du tabac et de la nicotine, y compris les nouveaux produits (cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine…). C’est pourquoi des décideurs publics et organisations de santé canadiennes ont appelé les gouvernements des provinces à prendre des mesures radicales, notamment une interdiction des arômes de vapotage sucrés et fruités qui sont très attrayants pour les jeunes et non-fumeurs.
Ce mouvement est d’ailleurs international, avec de plus en plus de gouvernements intéressés par une stratégie de « fin de partie » étendue aux nouveaux produits. Récemment, une proposition de loi en Irlande, qui est un pays champion de la lutte antitabac en Europe, a demandé une interdiction de vente générationnelle pour les produits de tabac mais aussi de vapotage[3].
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[1]Tabac : des militants veulent plus que des « photos laides » sur les paquets de cigarettes, Radio-Canada, publié le 9 août 2026, consulté le 10 août 2026
[2]Matthew Robertson, Cigarette packages are getting updated labels to deter smoking, but advocates say vaping needs action, too, CBC, publié le 9 août 2026, consulté le 10 août 2026
[3]Marie O’Halloran, Sale of vapes and cigarettes to young people could be banned, The Irish Times, publié le 9 août 2026, consulté le 10 août 2026