Espagne : une ONG de santé publique appelle à davantage réglementer, contrôler et prévenir le vapotage
1 octobre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 22 septembre 2026
Temps de lecture : 5 minutes
La Société espagnole de médecine familiale et communautaire (semFYC) alerte sur les effets potentiels du vapotage sur la santé des mineurs et sur son rôle possible dans l’initiation à la nicotine[1]. Selon l’enquête sur la consommation de drogues dans l’enseignement secondaire (ESTUDES) dans le pays, 49,5 % des 14-18 ans déclarent avoir déjà utilisé une cigarette électronique et 27,1 % en avoir utilisé au cours du dernier mois. Pour le tabac, ces proportions sont respectivement de 27,3 % et 15,5 %. La semFYC rappelle par ailleurs que 80 % des cas de tabagisme débutent avant l’âge de 20 ans et que le tabac constitue le principal facteur de risque du cancer du poumon, qui demeure le cancer le plus meurtrier. Cet appel intervient alors que le gouvernement espagnol révise sa loi antitabac pour y encadrer davantage les nouveaux produits.
Des risques sanitaires, de dépendance nicotinique et de transition vers d’autres produits
Pour José Manuel Iglesias et María Iglesias, médecins de famille, membres du groupe de lutte antitabac semFYC et coordinateurs de la Semaine sans tabac, l’adolescence constitue une période particulière en raison du développement encore en cours de l’organisme et du cerveau. La nicotine peut entraîner une dépendance et affecter certaines fonctions cérébrales, notamment l’attention, l’apprentissage et le contrôle des impulsions. Les experts soulignent également que l’exposition liée au vapotage ne se limite pas à la nicotine : les aérosols produits par les cigarettes électroniques contiennent des substances susceptibles d’être nocives pour la santé.
La semFYC souligne également que, pour certains adolescents, la cigarette électronique constitue le premier contact avec la nicotine. Selon les porte-parole de l’organisme, les études disponibles montrent que les adolescents qui commencent à utiliser des cigarettes électroniques présentent ensuite une probabilité plus élevée d’expérimenter la cigarette traditionnelle. L’installation d'une dépendance à la nicotine pourrait ainsi favoriser la poursuite de la consommation ou le recours à d’autres produits nicotiniques.
Les jeunes sont vulnérables aux arômes, à l’influence sociale et aux réseaux sociaux
Plusieurs facteurs contribueraient à l’attractivité des cigarettes électroniques auprès des adolescents. Selon l’enquête de la Semaine sans tabac, les jeunes citent notamment les arômes attractifs (79,2 %), le caractère « à la mode » (64,5 %), la pression sociale (57,9 %) et la perception d’un risque moindre (51,3 %). Les représentants de la semFYC estiment que cette perception de moindre danger ne signifie nullement qu’il n’y a pas de risques et soulignent l’importance du principe de précaution pour les mineurs.
Les arômes peuvent notamment rendre l’expérience plus agréable et faciliter l’expérimentation chez des personnes qui n’ont jamais consommé. La diffusion du vapotage sur les réseaux sociaux constitue un autre facteur de diffusion de la pratique identifié par les spécialistes. Des produits peuvent apparaître dans des vidéos, des tendances de ces réseaux ou des contenus d’influenceurs sans être nécessairement perçus comme de la publicité.
Renforcer la réglementation et le contrôle de l’accès aux mineurs dans le cadre de la révision des lois antitabac espagnoles
La semFYC soutient les mesures prévues par le projet espagnol de loi sur le tabac actuellement examiné par le Parlement. Celui-ci prévoit notamment d’étendre les espaces où il sera interdit de fumer et vapoter (terrasses de bars et restaurants, plages, piscines municipales, stades, concerts et autres enceintes extérieures ouvertes au public). À cela s’ajoute le renforcement de restrictions concernant les cigarettes électroniques et autres produits (tabac chauffé, sachets de nicotine, chicha), ainsi que de leur publicité. Le texte prévoit également d’interdire explicitement la consommation, et pas uniquement la vente, de produits du tabac et assimilés aux mineurs.
Pour l’organisation, l’efficacité de ces dispositions dépendra toutefois de leur application effective. Elle appelle notamment à renforcer les contrôles de l’accès des mineurs aux produits, y compris sur internet et par l’intermédiaire de tiers, ainsi qu’à agir sur la publicité, les réseaux sociaux, les arômes et la perception du risque. À cet égard, ils rappellent que le marché évolue rapidement et que « de nouveaux dispositifs et de nouvelles formes de consommation apparaissent sans cesse ».
Une prévention à inscrire dans la durée en parallèle
La semFYC défend ainsi une stratégie combinant réglementation, contrôle et autres actions de prévention. Dans le domaine éducatif, elle estime que les actions de prévention doivent être régulières plutôt que ponctuelles. Elles devraient notamment expliquer aux jeunes la composition des produits, les mécanismes de dépendance à la nicotine et les stratégies de promotion utilisées dans les médias numériques. Pour les spécialistes de la médecine de famille, prévenir toute initiation et à défaut retarder autant que possible le premier contact avec la nicotine constitue un objectif de prévention.
AD
[1]La semFYC alerta de que la nicotina de los vapeadores puede afectar al desarrollo de los adolescentes, semFYC, publié le 18 septembre 2026, consulté le 21 septembre 2026