Le vapotage, une addiction banalisée et sous-estimée par les jeunes, selon une étude australienne
13 août 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 6 août 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Une étude australienne publiée dans l’Australian and New Zealand Journal of Public Health décrit le vapotage comme un comportement addictif profondément ancré dans la vie quotidienne de nombreux jeunes et jeunes adultes. Menée auprès de 72 personnes âgées de 14 à 39 ans, elle s’appuie sur un journal numérique tenu pendant sept jours pour recueillir, en temps réel, leurs expériences et leurs perceptions du vapotage[1].
Description de la méthode utilisée
Pour documenter ces usages, l’équipe a recouru à une méthode dite d’« évaluation écologique momentanée ». Les participants ont utilisé une application pendant sept jours pour décrire leurs expériences au fil de la journée, au moment où elles se produisaient, plutôt qu’en s’en souvenant après coup. Cette approche permet de capter des comportements dans leur contexte immédiat, avec moins de biais liés au souvenir. Elle donne aussi accès à des détails difficiles à obtenir par questionnaire classique : l’heure du vapotage, les lieux, les déclencheurs émotionnels, les habitudes associées au café, au trajet ou aux pauses, mais aussi les sensations de manque ou de gêne.
L’échantillon comprend surtout des vapoteurs quotidiens : 68 des 72 participants ont déclaré vapoter tous les jours. Les adolescents de 14 à 17 ans représentaient 42 % du groupe, les 25-39 ans, 46 %, et les 18-24 ans, 12 %. Les auteurs précisent que les résultats doivent être interprétés avec prudence, le recrutement reposant sur un échantillon de convenance et non représentatif.
Une habitude devenue routine et qui structure la journée
Les chercheurs ont demandé aux participants de tenir un journal numérique en temps réel sur leurs expériences liées au vapotage. De cette matière qualitative, ils ont dégagé ce qu’ils décrivent comme une « journée type » de personnes qui vapotent : au réveil, avec le café, pendant les trajets, au travail ou à l’école, pendant les pauses, parfois jusque tard dans la nuit. L’étude montre que, pour beaucoup, le geste est devenu automatique. Certains disent dormir avec leur vape sous l’oreiller ou dans la main, d’autres la chercher dès les premières secondes au réveil. La vape semble ainsi s’inscrire dans des séquences répétées de la journée, au même titre qu’un rituel de café ou une pause cigarette.
Au-delà de la routine, les témoignages recueillis font apparaître une forte préoccupation mentale autour de l’appareil. Plusieurs participants expliquent qu’ils pensent à leur vape dès le matin, qu’ils organisent leur emploi du temps pour pouvoir vapoter ou qu’ils quittent une discussion, une sortie ou une activité pour aller prendre « une bouffée ». Cette préoccupation n’est pas anodine. Les auteurs relèvent des sentiments de stress, de frustration, d’agacement et parfois de honte lorsque le vapotage est empêché, notamment dans les transports, à l’école, au travail ou dans les lieux publics. Pour certains, le simple fait de ne pas avoir leur dispositif à portée de main provoque une forme de détresse. Par exemple, certains participants transportent un appareil de secours, anticipent l’achat d’un nouveau produit ou modifient leurs plans parce que leur vape est vide, cassée ou déchargée. D’autres vont jusqu’à utiliser des appareils usés ou dangereux pour obtenir une dernière inhalation, ce que les chercheurs interprètent comme un indicateur de dépendance marquée.
Entre sensations de soulagement éphémère et de honte
L’un des apports de l’étude est de montrer que le vapotage est vécu sur un registre ambivalent. Une partie des participants le présente comme un outil de détente, une aide pour gérer le stress, une parenthèse de répit ou un petit plaisir personnel après une journée chargée, mais cette perception positive coexiste avec des éléments beaucoup plus négatifs, avec plusieurs répondants décrivant leur propre consommation comme excessive, compulsive ou difficile à contrôler. Certains disent se sentir « faibles », « honteux » ou dépendants, et reconnaissent qu’ils souhaitent arrêter sans y parvenir.
Les chercheurs soulignent ici un point central : le vapotage apparaît à la fois comme une source de soulagement immédiat et comme un facteur de contrainte. Il peut être vécu comme une ressource, mais aussi comme une habitude envahissante qui perturbe les activités, l’attention et les relations sociales.
Une alerte sur la nécessité de comprendre, prévenir et arrêter l’usage de nicotine
Les auteurs estiment ainsi que leur étude met en lumière une forme de dépendance à la nicotine qui peut rester peu visible dans la vie courante, justement parce qu’elle se fond dans les routines. Ils rappellent que des idées reçues persistent chez les jeunes, notamment l’idée que la nicotine serait peu problématique ou facilement contrôlable, et plaident ainsi pour une communication plus explicite sur la dépendance liée au vapotage. Selon eux, les campagnes de prévention gagneraient à montrer non seulement les risques sanitaires, mais aussi l’emprise concrète du produit sur l’organisation des journées, les pensées et les comportements.
Les auteurs suggèrent également que les professionnels de santé posent des questions plus fines sur le vapotage : non seulement la fréquence, mais aussi les moments de la journée, les déclencheurs, les circonstances sociales, l’attachement au dispositif ou la honte associée à l’usage. À leurs yeux, ce type d’évaluation pourrait aider à mieux repérer la dépendance et à proposer des aides au sevrage plus adaptées.
Le professeur associé Terry Slevin, directeur général de l'Association australienne de santé publique, affirme que l'étude confirme les dangers du vapotage, en particulier pour les jeunes non-fumeurs. L'industrie prédatrice de la nicotine continue de tenter de rendre dépendants de nouveaux utilisateurs, dont certains se mettent également à fumer, tout en minimisant les risques du vapotage et en rendant ces produits plus faciles d’accès[2].
La prévention et l’aide au sevrage doivent obligatoirement s’accompagner en parallèle de mesures strictes pour réduire l’accessibilité et l’attrait de ces produits. Elles peuvent s’appuyer sur les meilleures pratiques internationales : l’interdiction de toute publicité, promotion et parrainage de ces produits, un emballage neutre pour les produits de vapotage à la manière des paquets de cigarettes ou encore l'interdiction des arômes sucrés et fruités.
AD
[1]Yazidjoglou A., Scott A., Jongenelis M.I., A day in the life: An ecological momentary assessment of people's experiences with vaping, Australian and New Zealand Journal of Public Health, publié le 4 août 2026, consulté le 5 août 2026
[2]Gaby Clark, Robert Egan, How vaping disrupts daily life for young people, Medical Xpress, publié le 4 août 2026, consulté le 5 août 2026