Suisse : le cigarettier Philip Morris a utilisé l’université de Genève pour des recherches sur les mineurs

24 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 19 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Suisse : le cigarettier Philip Morris a utilisé l’université de Genève pour des recherches sur les mineurs

En Suisse romande, une collaboration entre l’Université de Genève et Philip Morris a débuté au début des années 1990 avec une étude sur la perception du risque[1]. Selon OxySuisse, l’initiative remonte à 1993, lorsqu’un ancien étudiant devenu cadre chez Philip Morris Europe a pris contact avec Elsa Schmid-Kitsikis, professeure de psychologie clinique de l’UNIGE, et son assistante Helga Kilcherune, pour envisager un projet de recherche financé par l’entreprise du tabac. Le projet initial, centré sur les effets possibles de la fumée passive sur le développement cognitif de l’enfant, a été refusé par le collège des professeurs pour des raisons éthiques. Une autre piste de recherche a ensuite été proposée, concernant la perception du risque chez l’enfant et l’adolescent.

Des enfants et adolescents au cœur de l’étude

Le programme de recherche retenu portait sur la manière dont des enfants et des adolescents perçoivent les activités à risque, avec un focus particulier sur le tabagisme. Le rapport indique qu’un premier volet a été mené en 1994 auprès de 186 jeunes âgés de 9 à 17 ans, volet financé à hauteur de 30 000 francs suisses par Philip Morris.

Les chercheurs ont ensuite souhaité prolonger les travaux vers une population plus large, en envisageant d’étudier des adolescents et des jeunes adultes. OxySuisse évoque un budget total de 60 227 francs suisses pour la période allant de décembre 1994 à fin 1995, puis d’autres financements annuels jusqu’en 1997.

Des résultats jugés utiles à l’industrie pour son ciblage, sa communication et sa RSE

D’après le rapport d’OxySuisse, les résultats de l’étude montraient que l’âge, le contexte familial et la représentation sociale jouaient un rôle dans la perception du tabagisme. Les jeunes issus de familles de fumeurs attribuaient en moyenne un risque plus faible à la cigarette que ceux de familles non-fumeuses.

Le rapport souligne aussi que l’activité de fumer était perçue plus positivement lorsqu’elle était associée à l’âge adulte, tandis que les jugements étaient plus négatifs lorsqu’un jeune fumait. Pour les auteurs du rapport, ces éléments pouvaient offrir à Philip Morris des arguments utiles dans sa compréhension des comportements des adolescents, afin de mieux les influencer, et dans sa stratégie de communication. L’entreprise pouvait ensuite arguer que les facteurs sociaux et environnementaux sont cruciaux dans la perception du tabagisme, afin de relativiser voire discréditer l’idée selon laquelle la publicité constitue le principal facteur d’incitation.

Par ailleurs, cela permettait à l’entreprise, dans une visée de greenwashing, de s’associer à une université respectable pour renvoyer l’image d’une entreprise responsable, augmentant son influence et ses alliances auprès de membres éminents de la communauté scientifique.

Des collaborations en Suisse, de longue date et jusqu’à nos jours, entre milieu académique et industrie du tabac

Si aujourd’hui l’Université de Genève interdit toute collaboration avec l’industrie du tabac après des affaires révélées au début des années 2000, la majorité des institutions universitaires suisses n’applique pas de telles restrictions. En effet, plus de la moitié d’entre elles entretient encore aujourd’hui des collaborations avec ce secteur, comme le révèle l’enquête publiée par OxySuisse en février 2026. Quatre Universités ont même refusé toute transparence. Or, l’histoire de l’industrie du tabac est marquée par des décennies de manipulation scientifique, de dissimulation des risques liés à ses produits et de lobbying agressif visant à affaiblir les politiques de santé publique.  Il est essentiel, selon OxySuisse, de rappeler que toute collaboration avec cette industrie expose les institutions universitaires à des risques majeurs. Ils portent notamment sur une atteinte à l’intégrité scientifique, une remise en cause de la liberté académique, un manque de transparence dans la recherche et une dégradation de leur réputation.

Au-delà, le fait que la Suisse n’a toujours pas ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, dont l’article 5.3 dispose que les politiques de santé publique doivent être à tout prix protégées des intérêts particuliers de l’industrie et ses alliés, témoigne d’un lobbyisme féroce de l’industrie contre qui il n’existe pas de garde-fous solides. Une telle faiblesse structurelle est l’une des raisons expliquant que dans le Tobacco Control Scale 2025 européen, la Suisse se classe en avant-dernière position : le pays reste un lieu d'activité privilégié pour les multinationales du tabac. La publicité extérieure est interdite, mais pas sur les propriétés privées telles que les centres commerciaux et les parkings souterrains, ce qui se traduit par des campagnes publicitaires massives avec de grands panneaux d'affichage pour le tabac chauffé et les produits nicotiniques. Des modifications mineures de la loi sur la publicité entreront en vigueur en 2027, sans induire une interdiction totale de la publicité pour le tabac. La Suisse continue de peiner à adopter une législation protectrice du fait de ce lobby intense.

©Génération Sans Tabac

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[1]Molineaux H., Lonchampt S., Canevascini M., Diethelm P., Quand l’Université de Genève étudiait des enfants pour Philip Morris, Transparency and Truth, OxySuisse, publié en mai 2026, consulté le 2 juin 2026

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