Une forte consommation de snus et de nicotine empêche la Suède d’atteindre une « génération sans tabac »

29 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 28 mai 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Une forte consommation de snus et de nicotine empêche la Suède d’atteindre une « génération sans tabac »

Alors que la Suède pourrait devenir cette année l’un des premiers pays européens à passer sous le seuil des 5 % de fumeurs de cigarettes quotidiens, cette baisse du tabagisme demeure incomplète dans un pays encore très consommateur d’une autre forme de tabac, le snus. À ce constat s’ajoute une forte progression de la consommation de nicotine sous d’autres formes, notamment les sachets de nicotine et la cigarette électronique. Derrière ce modèle souvent présenté comme exemplaire, plusieurs autorités sanitaires alertent sur les risques encore mal connus de ces nouveaux produits nicotiniques, particulièrement attractifs pour les jeunes, ainsi que sur les stratégies de l’industrie du tabac et de la nicotine pour maintenir la dépendance.

Le snus, un produit du tabac, remplace peu à peu la cigarette classique

Selon un rapport du Conseil suédois d’information sur l’alcool et les autres drogues (CAN), la proportion de fumeurs quotidiens en Suède est passée de 16 % en 2003 à 4,8 % en 2025, les femmes âgées de 50 à 84 ans constituant le groupe le plus important de fumeurs quotidiens[1]. Si ces chiffres se confirment, la Suède deviendrait l’un des premiers pays européens à atteindre le seuil de moins de 5 % de fumeurs quotidiens, souvent associé à l’objectif de « génération sans tabac ». À titre de comparaison, la France comptait encore 17 % de fumeurs quotidiens de 18-79 ans en 2024.

Néanmoins, le snus, un produit de tabac oral vendu en sachets ou en vrac interdit dans toute l’UE depuis 1992 sauf en Suède qui a obtenu une dérogation à son adhésion en 1995, a fortement progressé ces dernières années. Son usage a notamment décollé chez les femmes, passant de 4 % en 2007 à 14 % en 2025, avec un usage quotidien passant de 12 % en 2007 à 19 % en 2025. Les risques sanitaires à long terme du snus sont bien connus comme le sont ceux de la cigarette classique.

Le pays n’est donc pas réellement engagé dans une sortie du tabagisme au sens large mais uniquement de la cigarette, ce qui est incompatible avec la notion de « génération sans tabac » stricto sensu.

Une dépendance à la nicotine qui reste élevée et tend à s’accroître

En parallèle, la consommation globale de nicotine reste forte en Suède : en 2025, 24 % des Suédois en consommaient quotidiennement, que ce soit sous forme de cigarettes classique, de cigarettes électroniques ou de snus avec ou sans tabac. Entre 2021 et 2024, les ventes de liquides de vapotage ont explosé de 640 % selon les données du CAN. Le « snus blanc », un sachet de nicotine fréquemment aromatisé et sucré, connaît une croissance rapide, en particulier auprès des jeunes consommateurs. Les ventes de snus blanc ont augmenté de 180 % entre 2021 et 2024. Le rapport du CAN souligne que les effets sanitaires à long terme des nouveaux produits nicotiniques restent encore mal connus, comme le snus blanc dont la teneur en nicotine pourrait être plus élevée que dans les autres produits du tabac[2].

Ainsi, la dépendance à la nicotine s’installe de façon durable et croissante dans le pays, touchant aussi les non-fumeurs et les jeunes. Cette réalité va à l’encontre du narratif des fabricants de tabac qui présentent la Suède comme un modèle. Selon eux, la réduction du tabagisme serait attribuable au développement des nouveaux produits, surtout les sachets de nicotine, et de préconiser la dissémination de ce « modèle » dans les autres pays, en particulier au sein de l’Union européenne, laquelle interdit le snus. Or les faits et données scientifiques mettent en exergue que la diminution de la prévalence en Suède enregistrée au cours des décennies précédentes est essentiellement le résultat de politiques publiques fortes associant le développement de lieux sans tabac, interdiction de la publicité, fiscalité, application des interdits protecteurs, etc.

Contrairement à la Suède, des pays voisins comme la Norvège et la Finlande ont choisi d’aller plus loin en visant une génération sans tabac mais aussi sans nicotine. En appliquant des mesures strictes et ambitieuses pour sortir de toute forme de tabac et de nicotine, ces deux pays se classant respectivement 5e et 6e au Tobacco Control Scale 2025 européen contre la 24e place pour la Suède. Pour rappel, le recul observé résulte d’abord de politiques publiques mises en œuvre de manière continue et durable conformément aux dispositions du traité de l’OMS, la Convention-cadre pour la lutte antitabac, incluant notamment une stricte interdiction publicitaire et promotionnelle, une politique fiscale dissuasive et continue, la limitation de la visibilité et de l’accès aux produits dans les points de vente, la protection des mineurs, le développement des environnements sans tabac y compris dans les lieux extérieurs, des campagnes d’information et un accès facilité au sevrage tabagique associé à une véritable prise en charge des patients.

Cette stratégie de l’industrie du tabac influence cependant d’autres pays comme la Nouvelle-Zélande, où le gouvernement actuel réputé proche de l’industrie du tabac a fait annuler plusieurs mesures antitabac ambitieuses du gouvernement précédent. L’objectif de « génération sans tabac » n’a pas non plus été atteint malgré les dires du gouvernement : il est constaté une forte hausse du vapotage, notamment chez les jeunes, ce qui par ailleurs a enrayé la baisse de la prévalence du tabagisme classique.

Plus généralement, plusieurs études évoquent des risques de dépendance élevés de tous les produits nicotiniques ainsi que des risques de la cigarette électronique pour la santé respiratoire, comme l’a récemment rappelé l’ANSES, soulignant que le développement de ces nouveaux produits par l’industrie du tabac ne constitue pas une solution mais génère de nouveaux problèmes.

Dans le cadre de la Journée mondiale sans tabac, l’OMS a encore récemment alerté sur la progression mondiale des sachets de nicotine et sur les stratégies marketing de l’industrie visant les jeunes publics, ce narratif suédois servant à l’industrie pour vendre ses nouveaux produits sur le marché mondial et fidéliser une nouvelle génération de consommateurs rendus dépendants.

©Génération Sans Tabac

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[1]Tabac : la Suède passe sous la barre des 5 % de fumeurs quotidiens, selon le rapport d’une ONG, Libération, publié le 25 mai 2026, consulté le 26 mai 2026

[2]« Pays sans tabac » : la Suède atteint son objectif de moins de 5 % de fumeurs quotidiens, Sud Ouest, publié le 25 mai 2026, consulté le 26 mai 2026

Comité national contre le tabagisme |

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