Sachets de nicotine : un nouveau marché addictif derrière le mirage du « modèle suédois »
11 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 9 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes
L’émergence des sachets de nicotine alimente un débat croissant en Europe et au-delà, tant en raison de l’augmentation rapide de leur consommation que des discours qui les présentent comme des alternatives bénéfiques au tabac fumé. Une analyse récente publiée dans Tobacco Prevention & Cessation[1] qualifie ces produits de « menace déguisée », soulignant leur forte attractivité, leur diffusion accélérée et une perception de sécurité qui ne repose pas sur des preuves scientifiques solides. Ces constats invitent à examiner leurs implications réelles pour la santé publique et à replacer dans leur contexte les récits qui en font des solutions de réduction des risques.
Une diffusion rapide qui concerne d’abord les jeunes et les non-fumeurs
La croissance des sachets de nicotine s’inscrit davantage dans une stratégie d’élargissement du marché de la nicotine que dans une logique de sevrage tabagique. Leur développement repose sur une forte diversification des arômes, des concentrations élevées en nicotine (certains produits peuvent contenir jusqu’à 50 mg par sachet) et des pratiques marketing visibles sur les réseaux sociaux comme dans les points de vente, qui contribuent à banaliser leur usage.
Aux États-Unis, l’enquête nationale sur le tabac et la consommation des autres produits de nicotine chez les jeunes (National Youth Tobacco Survey) a identifié en 2024 les sachets de nicotine comme le deuxième produit le plus utilisé par les jeunes, 1,8 % des jeunes interrogés ont déclaré en consommer. C’est moins que l’usage de cigarettes électroniques mais pour une catégorie de produits relativement récente la progression de la consommation est rapide.
Ces consommations remettent en cause l’argument selon lequel ces produits seraient principalement destinés aux fumeurs cherchant à arrêter de fumer du tabac. En délivrant des doses importantes de nicotine à des publics, notamment jeunes, sans expérience préalable de dépendance, les sachets de nicotine exposent au contraire à un risque élevé d’addiction. Dans un contexte où les connaissances sur leurs effets sanitaires à long terme demeurent limitées et où les cadres réglementaires restent inégaux, leur diffusion peut contribuer à l’émergence d’une nouvelle population d’usagers dépendants, indépendamment du tabagisme traditionnel.
L’exemple suédois : des politiques publiques déterminantes, un transfert des usages et un récit instrumentalisé
La Suède est régulièrement présentée par les fabricants de tabac comme la preuve que les produits nicotiniques oraux permettraient de réduire le tabagisme. Cette interprétation a été discutée lors d’un webinaire organisé par la coalition Smoke Free Partnership, au cours duquel des experts ont rappelé qu’aucun lien causal ne permet d’attribuer la baisse du tabagisme à la seule disponibilité du snus ou des sachets de nicotine.
Le recul observé résulte d’abord de politiques publiques mises en œuvre de manière continue et dans la durée: interdictions de publicité et de promotion, fiscalité dissuasive, limitation de la visibilité des produits dans les points de vente, protection des mineurs, environnements sans tabac, campagnes d’information et accès facilité au sevrage. Ces leviers structurels, conformes aux recommandations internationales, ont contribué à ramener la proportion de fumeurs à environ 11 % de la population, dont 5 % de fumeurs quotidiens.
En revanche la consommation de produits oraux nicotinés s’est accrue, en particulier au cours de ces dernières années. Les données présentées lors du même webinaire indiquent que la proportion de femmes utilisant des sachets de nicotine a doublé entre 2016 et 2024, passant de 6 % à 13 %, tandis que chez les adolescentes de 15 ans l’usage est passé de 3 % à 14 %. Ces tendances traduisent moins une sortie de la dépendance qu’un déplacement vers d’autres formes d’exposition à la nicotine, notamment chez les jeunes.
Cette situation est aujourd’hui mise en avant par l’industrie du tabac et de la nicotine dans le cadre de sa stratégie de lobby destinée à introduire le snus dans les pays de l’Union où il est interdit et à y développer ses ventes de sachets de nicotine également interdits par certains Etat membres. Le slogan « Quit like Sweden »[2] est utilisé pour promouvoir ces produits comme des solutions simples à l’épidémie tabagique, en minimisant le rôle central des politiques publiques. Ce narratif s’accompagne d’actions multiples visant à peser sur les décisions publiques : campagnes portées par des organisations se présentant comme indépendantes, événements ciblant les parlementaires, contestations à l’encontre d’interdictions nationales notamment en France ou aux Pays-Bas ou pressions en faveur de réglementations plus permissives. Ces démarches participent à la normalisation de nouveaux marchés nicotiniques et au repositionnement de l’industrie comme acteur légitime du débat sanitaire.
L’ensemble des données disponibles converge vers un constat clair : les progrès durables en matière de réduction du tabagisme reposent avant tout sur des politiques de prévention, de réglementation et de fiscalité cohérentes menées sur la durée. À l’inverse, la multiplication de nouveaux produits fortement addictifs ne constitue pas une solution structurelle et peut contribuer au contraire au maintien, voire au renouvellement, de la dépendance, en particulier chez les jeunes et les non-fumeurs.
AE
[1] Gonzalez LF, Friedman TC. Nicotine pouches: A wolf in sheep's clothing. Tobacco Prevention & Cessation. 2026;12(February):8. doi:10.18332/tpc/211847.
[2] Fewer Swedish smokers are not a result of snus, Tabaknee, publié le 5 février 2026, consulté le 9 février 2026
Comité national contre le tabagisme |