L’île Maurice, un bon élève de la lutte antitabac mais des efforts restent à fournir

9 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 5 mai 2026

Temps de lecture : 6 minutes

L’île Maurice, un bon élève de la lutte antitabac mais des efforts restent à fournir

Chaque année, le tabagisme cause plus de 7 millions de décès prématurés et évitables dans le monde, dont environ 1,6 million de non-fumeurs exposés au tabagisme passif. Dans ce contexte, l’Université de Maurice (UoM), en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre mondial pour la bonne gouvernance en matière de lutte antitabac et l’ONG Vie et Santé (VISA), a présenté les conclusions de l’Indice 2025 sur l’ingérence de l’industrie du tabac, lors d’une réunion au Gold Crest Hotel à Quatre-Bornes. L’objectif était de renforcer la coordination des acteurs publics et institutionnels pour protéger les politiques de santé publique à Maurice à l’égard du secteur tabac[1].

Un pays « champion » en Afrique mais des points de vigilance à observer

Maurice est reconnu par l’OMS comme un pays pionnier en termes de lutte antitabac avec l’adoption d’une politique ambitieuse et efficace en Afrique. Le pays a ratifié la Convention-cadre de l’OMS sur la lutte antitabac (CCLAT) dès 2004 et mis en place les dispositions du programme MPOWER : surveillance de l’épidémie tabagique, interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage en 2008, développement de lieux à usage collectif sans tabac, hausse régulière et significative des taxes, apposition d’avertissements sanitaires illustrés et adoption du conditionnement neutre en 2022. Des mesures complémentaires ont ciblé les nouveaux produits, avec une interdiction de la vente et de la possession de cigarettes électroniques et de tabac chauffé. Ces efforts ont valu à Maurice une reconnaissance internationale et notamment deux prix l’année dernière, par la Direction générale de l’OMS et par l’organisation Bloomberg Philanthropies, pour son leadership mondial en matière de lutte antitabac.

Le pays suit également la mise en œuvre des dispositions du traité de la CCLAT en matière de protection des politiques publiques à l’égard de l’industrie du tabac. Pour ce faire, il participe au protocole mondial mis en place, évaluant l’indice d’interférence de cette industrie en reprenant les différentes lignes directrices adoptées en Conférence des Parties et leur application concrète dans le pays. Sont évalués le poids de l’industrie du tabac ou de ses alliés dans l’élaboration des politiques publiques, la gestion des interactions de représentants de l’industrie avec les pouvoirs publics, leur transparence lorsqu’elles existent, les règles de prévention des conflits d’intérêts, les éventuels avantages accordés à l’industrie du tabac, etc. Plus le score est bas, moins l’ingérence est importante. Mené dans 100 pays dont 20 en Afrique, Maurice se classe 15e sur 100, classement relativement honorable au niveau international et en Afrique. Toutefois, est constatée une relative dégradation de la situation depuis 2023 où le pays occupait la 10ᵉ place.

Le rapport met en évidence une influence persistante, souvent indirecte de l’industrie, notamment dans des secteurs comme le tourisme et l’hôtellerie. Elle a tout particulièrement conduit à un affaiblissement de la législation en vigueur avec l’autorisation de consommer dorénavant le narguilé dans les hôtels quatre étoiles. De même, des failles sont pointées en matière d’absence de transparence y compris sur les activités de lobbying de l’industrie du tabac. Les conflits d’intérêts ne font pas l’objet d’une approche réglementée. Et bien que le pays interdise en théorie les activités de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) liées à l’industrie, celles-ci persistent. Ainsi le principal distributeur de cigarettes a-t-il créé des stages pour les jeunes diplômés. Enfin, il n’existe pas de code de conduite officiel pour les fonctionnaires.

L’OMS rappelle que même si la prévalence du tabagisme a diminué tant chez les hommes que les femmes dans le pays avec 18,1 % d’adultes fumeurs en 2021 contre 19,3 % en 2015, celle-ci reste élevée. Cette prévalence élevée concerne aussi les jeunes : près de 19 % des élèves âgés de 13 à 15 ans ont déclaré être fumeurs d’après l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes (GYTS) réalisée à Maurice avec le soutien de l’OMS et des CDC en 2016. Le tabac demeure une cause majeure de mortalité prématurée et évitable et contribue fortement aux maladies non transmissibles de Maurice, responsables de près de 80 % des décès. Vinoda Vythelingum, du bureau de l’OMS à Maurice, a souligné que le tabac demeure le seul produit légal qui tue la moitié de ses consommateurs, et qu’à Maurice, il cause environ 1 406 décès par an, bien que les statistiques réelles puissent être plus élevées en raison de la collecte insuffisante de données sur les décès liés au tabagisme[2].

Une nécessaire lutte contre les ingérences du secteur tabac qui risquent d’enrayer les progrès

Malgré des progrès flagrants, l’OMS souligne ainsi la nécessité de renforcer la sensibilisation, le suivi et les mécanismes de contrôle.

L’organisation internationale recommande notamment de mettre en place un code de conduite encadrant les relations entre autorités et industrie, un registre obligatoire des acteurs du secteur et des lobbyistes, plus de transparence sur les activités, financements et actions de lobbying, la suppression de certains avantages comme le duty-free et les exonérations fiscales, ainsi que la réduction de la visibilité des produits du tabac en points de vente. Enfin, elle appelle à renforcer la sensibilisation des administrations et acteurs publics à l’article 5.3 de la CCLAT, et à réviser la réglementation afin de garantir un accès public complet à l’information concernant les activités de l’industrie du tabac.

De manière générale, les pays africains restent très perméables à l’industrie du tabac malgré des efforts différenciés pour s’en prémunir. Ces pratiques d’interférence constituent un enjeu partout dans le monde : l’industrie du tabac ne cesse d’accentuer ses efforts pour affaiblir les politiques de santé publique.

©Génération Sans Tabac

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[1]Santé publique – Rapport de l’UoM — La prévalence du tabagisme reste élevée, soit à 18,1%, y compris chez les jeunes, Le Mauricien, publié le 5 mai 2026, consulté le même jour

[2]Mahen Chitamun, Le tabac, un produit légal aux conséquences mortelles, lexpress.mu, publié le 28 avril 2026, consulté le 5 mai 2026

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