Une étude australienne suggère que la cigarette électronique est probablement cancérigène
4 avril 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 3 avril 2026
Temps de lecture : 5 minutes
Une étude de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) à Sydney, publiée récemment dans la revue Carcinogenesis, montre que les cigarettes électroniques avec nicotine présentent un risque cancérigène possible pour la bouche et les poumons, indépendamment de leur rôle comme porte d’entrée vers l’addiction à la nicotine et le tabac[1]. Dans un communiqué de presse, les chercheurs en cancérologie affirment que la conclusion est sans équivoque, même s’il faudra des décennies pour que les études cliniques s’accumulent, permettant d’estimer le risque possible chez l’être humain.
Des marqueurs cancérigènes dans l’aérosol et les tissus
De 2017 à 2019, les chercheurs jugeaient les preuves insuffisantes pour qualifier le vapotage de produit cancérigène.
En 2024-2025, le consensus s’est inversé et l’innocuité du vapotage en matière de risque cancérigène n’a plus été soutenable : des expériences sur souris montrent des effets cancérogènes sur les poumons et la vessie induits par l’aérosol, et des dentistes rapportent des cancers buccaux chez des non-fumeurs vapoteurs[2].
L’étude de l’UNSW a rassemblé un ensemble de données allant de 2017 à mi-2025 comprenant des études sur des souris, des rapports de cas, des études de biomarqueurs chez l’homme et une analyse chimique des ingrédients des cigarettes électroniques à base de nicotine : des composés organiques volatils (comme le formaldéhyde et l'acroléine), des métaux lourds (comme le nickel et le chrome) et des arômes chimiques cytotoxiques (comme le cinnamaldéhyde), qui peuvent être inhalés plus de 70 000 fois par an et pour lesquels il n'existe aucun seuil de risque. Ces substances présentent les dix « caractéristiques clés des cancérigènes » de l’OMS.
Des analyses sanguines et urinaires chez les vapoteurs confirment l’absorption de substances cancérigènes, tandis que des mutations d’ADN et des biomarqueurs précancéreux (inflammation, stress oxydatif) sont observés dans les tissus buccaux et pulmonaires.
Les experts recommandent de renforcer les analyses et réglementations de ces produits
Aucune donnée épidémiologique directe ne quantifie encore le possible excès de cancers chez les vapoteurs exclusifs. Comme pour le tabac, il faudra des décennies pour l’établir. L’étude appelle à des cohortes massives de « purs vapoteurs » et à un financement immédiat de la recherche scientifique pour détecter précocement les cancers et confirmer leur lien causal avec le vapotage.
Freddy Sitas et le professeur adjoint Bernard Stewart, chercheur principal, ont mis en garde contre tout retard dans l'action concernant les cigarettes électroniques, affirmant que les premiers signes avant-coureurs de risques mortels pour la santé avaient été ignorés de la même manière pour le tabagisme pendant près d'un siècle, permettant aux industriels du tabac de répandre l’épidémie nicotinique et maximiser leur profit.
« Les cigarettes électroniques ont été introduites il y a une vingtaine d'années. Nous ne devrions pas attendre encore 80 ans pour décider de la marche à suivre. », a expliqué Sitas.
À la suite de cette étude, des experts de santé publique ont évoqué des pistes d’action contre le vapotage et conclu unanimement que proposer son usage comme outil de sevrage tabagique n'est pas sans conséquences sanitaires pour l’utilisateur. Becky Freeman, chercheuse en santé publique à l'Université de Sydney qui n'a pas participé à l'étude, a ainsi déclaré qu'il était important de minimiser dès maintenant les risques de dommages futurs en aidant les gens à arrêter de vapoter et en endiguant l'offre[3].
En réaction à cette étude, Rodrigo Córdoba, médecin de famille, professeur agrégé à la faculté de médecine de l'Université de Saragosse, membre du Groupe Tabac de semFYC et délégué du Comité national pour la prévention du tabagisme, estime que ces résultats doivent conduire à une réglementation stricte, identique à celle qui encadre le tabac classique. De même, le grand public, et notamment les jeunes des risques liés à ces produits[4].
Josep Maria Suelves, chercheur au Laboratoire de du Centre de santé numérique de l'UOC, membre du conseil d'administration de la Société de santé publique de Catalogne et des îles Baléares, et vice-président du Comité national pour la prévention du tabagisme, a quant à lui appelé à adopter de nouvelles mesures pour empêcher les jeunes de vapoter, notamment en réglementant mieux sa promotion et son marketing, en limitant l’utilisation d’arômes et de designs attrayants, en interdisant la vente de cigarettes électroniques jetables ou « puffs » et en soumettant le vapotage à une taxation proportionnelle à leur impact négatif sur la santé publique.
Enfin, Córdoba a averti que « l’industrie fait tout son possible pour discréditer tous les scientifiques qui publient ce type d’articles qui mettent en péril leurs formidables affaires, et il faut en tenir compte. »[5], dans le cadre d’une ingérence industrielle accrue au niveau mondial visant à étendre le marché des nouveaux produits nicotiniques.
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[1]Bernard W Stewart, Henry Marshall, Billie Bonevski, Hayley J Griffin, Ashley M Hopkins, Malinda Itchins, Cassandra J Mazza, Natansh D Modi, Marissa Ryan, Megan Varlow, Freddy Sitas, The carcinogenicity of e-cigarettes: a qualitative risk assessment, Carcinogenesis, Volume 47, Numéro 1, publié le 30 mars 2026, consulté le 31 mars 2026
[2]Shabani DB, Dula LJ, Dalipi ZS, Krasniqi MS, Meto A, Knowledge and Perceptions of Dentists Regarding E-Cigarettes: Implications for Oral Health and Public Awareness and Education, Dent J (Basel), publié le 10 mars 2025, consulté le 2 avril 2026
[3]Lauren Roberts, Vaping likely to cause cancer, new Australian review of evidence finds, ABC, publié le 30 mars 2026, consulté le 31 mars 2026
[4]A review of studies warns of the carcinogenic potential of nicotine-containing e-cigarettes, SMC Spain, publié le 30 mars 2026, consulté le 31 mars 2026
[5]P. Pérez, Long-term mouth and lung cancer, the trace of e-cigarettes in the body, El Mundo America, mis à jour le 30 mars 2026, consulté le 31 mars 2026