Pays-Bas : non-respect de l’interdiction de vente de tabac et e-cigarettes aux mineurs

16 mars 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 12 mars 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Pays-Bas : non-respect de l’interdiction de vente de tabac et e-cigarettes aux mineurs

Aux Pays-Bas, la vente de cigarettes et de cigarettes électroniques aux mineurs est interdite. Pourtant, selon une étude menée par un collectif de médecins réunis au sein de l’initiative #DoctorsSlaanAlarm (« #LesMédecinsTirentLaSonnetteD'Alarme »), une part importante de jeunes parvient encore à se procurer ces produits[1]. L’enquête indique que plus d’un quart d’entre eux ont consommé de la nicotine au cours de l’année écoulée. Parmi ces jeunes consommateurs, 48 % déclarent acheter leurs cigarettes électroniques en ligne alors que la vente y est interdite, tandis que 38 % les achètent directement dans des commerces physiques.

Augmentation des infractions de l’interdiction de vente du tabac et des produits du vapotage aux mineurs

La vente de cigarettes est interdite aux moins de 18 ans aux Pays-Bas depuis 2014, une règle rapidement étendue aux cigarettes électroniques. Cependant, les dernières études soulignent qu’un nombre croissant d’élèves parvient à acheter ses propres cigarettes : 20 % en 2023, contre 16,5 % en 2019.

Une étude récente a porté sur les modalités d’approvisionnement des adolescents fumeurs ou qui utilisent des cigarettes électroniques. L’enquête a été réalisée auprès de près de 2 000 élèves âgés en moyenne de 14,8 ans. 27 % ont déclaré les acheter dans des bureaux de tabac, 19 % dans des commerces de proximité, 9 % dans des stations-service et 5 % chez des marchands de journaux. Concernant les achats en ligne, 41 % des jeunes affirment passer par des vendeurs présents sur le réseau social Snapchat.

En collaboration avec le programme de recherche Pointer, les médecins ont également analysé la présence de points de vente de tabac à proximité des établissements scolaires. Parmi les 1 912 écoles secondaires étudiées, 299 disposent d’un point de vente de tabac dans un rayon de 250 mètres, et environ 20 % des écoles se situent à moins de cinq minutes à pied d’un point de vente. Dans certaines grandes villes, la densité est particulièrement élevée par rapport aux lieux de vie des jeunes : les adolescents disposent en moyenne de plus de huit bureaux de tabac accessibles à vélo à Rotterdam, et d’environ six à Amsterdam et à La Haye. Dans certains quartiers centraux, la concentration est encore plus marquée.

Les jeunes consomment souvent à la fois du tabac et des cigarettes électroniques : 84,5 % des élèves ayant déclaré avoir fumé au cours du mois précédant l’enquête ont également déclaré avoir utilisé une cigarette électronique à la même période. Parmi les élèves ayant déclaré vapoter, la moitié étaient fumeurs[2].

Appels des experts de santé à un renforcement des contrôles et sanctions, en écho à la situation française

Ces dernières années, le gouvernement néerlandais a adopté plusieurs mesures fortes en matière de lutte contre le tabagisme et les nouveaux produits. Depuis 2023, la vente en ligne de cigarettes classiques, électroniques et de e-liquides est interdite, une interdiction étendue l’année suivante aux supermarchés, hôtels, restaurants et bars. Depuis 2024, les arômes de cigarettes électroniques autres que tabac (popcorn, fraise, chewing-gum…) sont interdits. Depuis 2025, les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues que dans des magasins spécialisés.

Les résultats de cette dernière enquête souligne qu’une proportion importante de vendeurs ne respectent pas leurs obligations de ne pas vendre à un mineur. Face à des résultats alarmants, les médecins estiment que les mesures actuelles doivent être contrôlées voire renforcées pour être mieux appliquées.

Si le Plan d’action contre le vapotage lancé par le gouvernement vise notamment à lutter contre le commerce illégal, les auteurs de l’étude appellent également à mieux contrôler les commerces autorisés, à renforcer les sanctions financières et à prévoir le retrait des licences de vente en cas d’infraction. Actuellement, le système repose sur des règles nationales d’autorisation et de contrôle, complétées par une obligation d’enregistrement des points de vente auprès de l’État depuis 2024.

Ce même groupe d’experts propose la création d’un système de licences pour les points de vente de produits contenant de la nicotine, donnant notamment aux municipalités la possibilité d’interdire ces ventes à proximité des établissements scolaires.

En France, le non-respect de la mesure d’interdiction de vente aux mineurs est également très problématique. À la différence des Pays-Bas, les jeunes s’approvisionnent essentiellement chez les débitants de tabac où ils ne rencontrent aucune difficulté pour s’approvisionner, que ce soit en produits du tabac comme du vapotage (dans plus de 80 % des cas). La dernière enquête réalisée pour le CNCT par l’institut indépendant Audirep a révélé que près d’un tiers des buralistes vendaient des produits de tabac ou de vapotage à des mineurs. Face à cette situation, le CNCT a notamment plaidé pour le renforcement des contrôles dans les débits de tabac et les magasins de vapotage, l’application de sanctions plus dissuasives, notamment disciplinaires pour les buralistes ayant un contrat de gérance avec les douanes, avec suspension de licence en cas de récidive. L’association préconise également l’instauration d’un système de licence pour les points de vente de vapotage assortie d’obligations strictes et un possible relèvement de l’âge légal de vente à 21 ans, afin de retarder l’initiation et limiter la dépendance précoce.

Ailleurs dans le monde, des pays tels que les pays nordiques – Norvège, Finlande, Islande – mais aussi la Malaisie, l’Australie, certains États américains, etc., sont souvent cités pour leur haut niveau de respect de l’interdiction de vente aux mineurs, avec plus de 90 % de conformité lors les contrôles. Ces résultats soulignent que la mesure est applicable dès lors que des contrôles existent, assortis de sanctions dissuasives en cas d’infractions.

©Génération Sans Tabac

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[1]Malika Sevil, Tieners kunnen – ondanks verbod – hun vape gewoon in de winkel kopen, Het Parool, publié le 10 mars 2026, consulté le 11 mars 2026

[2]Nicotineverkooppunten op de kaart: welke winkels liggen rond de school van jouw kind?, Pointer, publié le 10 mars 2026, consulté le 11mars 2026

Comité national contre le tabagisme |

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