Un tiers des buralistes vend encore du tabac aux mineurs

14 novembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 12 novembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Un tiers des buralistes vend encore du tabac aux mineurs

Malgré une amélioration depuis 2021, la vente de tabac et de produits du vapotage aux mineurs reste largement répandue en France. Selon la dernière enquête[1] «clients mystères » menée par l’institut Audirep pour le Comité national contre le tabagisme (CNCT), 31 % des buralistes acceptent de vendre du tabac à des mineurs et 34 % des magasins de vapotage acceptent de vendre un e-liquide. Les contrôles d’identité sont rarement réalisés et la signalétique légale souvent absente ou non conforme. Le CNCT appelle les pouvoirs publics à renforcer les sanctions et à envisager un relèvement de l’âge légal de vente à 21 ans.

Réalisée avec le soutien du Fonds de lutte contre les addictions, l’enquête Audirep repose sur 1 000 visites mystères menées en binôme : un adolescent de 17 ans tentait d’acheter un produit du tabac ou du vapotage, tandis qu’un adulte observateur vérifiait la demande éventuelle d’une pièce d’identité, la présence de la signalétique obligatoire et le refus ou non de vente.

Un tiers des points de vente en infraction malgré une amélioration

Les résultats de l’enquête montrent qu’un tiers des points de vente – buralistes et magasins de vapotage confondus – ne respectent toujours pas la loi. Ainsi, 31 % des buralistes acceptent encore de vendre un produit du tabac à un mineur, et 32 % acceptent de lui vendre un e-liquide de vapotage. En parallèle, 81 % des buralistes ne demandent aucune pièce d’identité lorsqu’un client de 17 ans tente d’acheter un produit du tabac.

Dans le secteur du vapotage, la situation est tout aussi préoccupante : 34 % des enseignes spécialisées ont accepté de vendre un produit à un mineur, et dans 77 % des cas, aucune vérification d’âge n’a été effectuée.

Si ces chiffres traduisent une amélioration notable par rapport à 2021, où 64 % des débits de tabac acceptaient de vendre à des mineurs, ils demeurent incompatibles avec un objectif de santé publique efficace. Pour être véritablement protectrice, l’application de la loi devrait atteindre un taux de conformité compris de plus de 90%niveau observé dans les pays où la réglementation est appliquée de manière stricte.

Les disparités régionales sont également marquées : les infractions sont plus fréquentes en Île-de-France, dans le Grand Est et dans les villes de plus de 15 000 habitants, où l’anonymat des échanges favorise un moindre contrôle. Ces résultats confirment la banalisation persistante de l’accès aux produits nicotiniques, y compris dans des commerces se présentant comme des alternatives au tabac.

Signalétique et contrôle : une application défaillante

L’obligation d’afficher, de façon visible, une affichette interdisant de manière spécifique la vente de tabac ou de produits du vapotage aux mineurs est largement ignorée : 45 % des buralistes et 49 % des magasins spécialisés n’ont pas d’affichage ou présente un affichage non conforme à l’arrêté ministériel. Ce déficit d’information fragilise le dispositif de prévention et contribue au contournement de la loi.

Une impunité persistante qui compromet l’objectif d’une génération sans tabac

Pour le CNCT, ces manquements traduisent la permanence d’un sentiment d’impunité au sein d’un réseau bénéficiant pourtant d’un soutien financier public destiné à soutenir sa diversification hors du tabac. Vingt ans après l’interdiction de vente de tabac aux mineurs, l’application de la loi reste très inégale : cette situation compromet les efforts de santé publique visant à retarder l’initiation et à construire une génération sans tabac.

Le respect strict de l’interdiction de vente aux mineurs constitue en effet une condition indispensable pour atteindre les objectifs du Programme national de lutte contre le tabac 2023-2027 et faire émerger une génération sans tabac d’ici 2032. La France dispose aujourd’hui de tous les outils nécessaires pour rendre cette interdiction pleinement effective et garantir la protection des jeunes face à l’addiction nicotinique rappelle le CNCT.

Pour améliorer la situation, le CNCT formule ainsi plusieurs recommandations :

  • Renforcer les contrôles dans les débits de tabac et les magasins de vapotage ;
  • Appliquer des sanctions disciplinaires immédiates, y compris la suspension de licence en cas de récidive ;
  • Publier une circulaire nationale du ministère de la Justice pour rappeler les enjeux de cette politique publique adoptée au niveau national et conduire les parquets à requérir des sanctions exemplaires ;
  • Instaurer un système de licence pour les points de vente de vapotage assorti d’obligations strictes ;
  • Envisager le relèvement de l’âge légal de vente à 21 ans, afin de retarder l’initiation et limiter la dépendance précoce.

Ces mesures renforceraient le respect de la loi, et contribuerait à atteindre l’objectif d’une génération sans tabac.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, Un buraliste sur trois accepte encore de vendre aux mineurs sans aucun contrôle d’identité, CNCT, publié le 12 novembre 2025, consulté le jour-même

Comité national contre le tabagisme |

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