L’Irlande affirme sa volonté de lutter contre les nouveaux produits de nicotine aux échelles nationale et européenne

18 février 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 18 février 2026

Temps de lecture : 6 minutes

L’Irlande affirme sa volonté de lutter contre les nouveaux produits de nicotine aux échelles nationale et européenne

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé l’Union européenne à combler en urgence les « lacunes » existantes dans la réglementation des produits à base de nicotine alors que ces produits gagnent en popularité chez les jeunes et les enfants[1]. Dans une lettre adressée à la ministre irlandaise de la Santé, Jennifer Carroll MacNeill, Tedros remercie l'Irlande pour son « leadership constant » dans la promotion d'une réglementation de la nicotine et souligne son rôle à venir lors de la présidence du Conseil de l’UE. Il évoque également une « forte opposition de l’industrie » lorsque les gouvernements cherchent à renforcer l’encadrement du secteur. En tant qu’État membre, l’Irlande est déjà engagée dans une politique de réglementation de ces produits.

L’Irlande souhaite intégrer les nouveaux produits dans la révision de la directive sur les produits du tabac

Les dispositions européennes actuelles concernant les produits du tabac et du vapotage, entrées en vigueur en 2014, ont instauré des premières mesures de protection concernant les nouveaux produits : notamment des avertissements sanitaires, mais aussi la limitation des teneurs en nicotine. Cependant, les marchés ont évolué rapidement avec la venue de nouveaux produits : cigarettes électroniques jetables, sachets de nicotine et autres produits à la nicotine.

Le gouvernement irlandais, à plusieurs reprises, a demandé un renforcement des textes européens en vigueur afin de contrer ces évolutions du marché.

Selon l’OMS, la révision prochaine de la directive européenne sur les produits du tabac (TED) représente justement une « opportunité essentielle » pour renforcer la lutte antitabac et les nouveaux produits connexes. Conformément au processus législatif, l’actuelle législation fait l’objet d’une évaluation conduite par la Commission européenne qui fera alors une proposition au terme de cette évaluation mais le calendrier a déjà été retardé de plusieurs années.

La ministre de la Santé irlandaise a exprimé son souhait de faire avancer les discussions lors de la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne au second semestre 2026. Toutefois, si la proposition de la Commission n’est publiée qu’à la fin 2026, les négociations entre États membres pourraient ne débuter qu’en 2027.

L’actuel commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, a reconnu la « préoccupation croissante » liée à l’augmentation de l’usage des cigarettes électroniques chez les jeunes et a réaffirmé l’engagement de la Commission en faveur d’une législation antitabac « complète et efficace ».

Cependant, ces avancées exigent des négociations et pourraient être compromises par certains États membres proches de l’industrie de la nicotine, alors qu’un lobbyisme est mené de façon très intense dans l’Union européenne par les fabricants pour faire accepter la stratégie marketing de « réduction des risques ». Leur objectif est de pouvoir vendre leurs nouveaux produits :  cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine et obtenir des règlementations favorables et peu contraignantes.

La politique de l’Irlande sur le vapotage souligne l’ambition du pays à réglementer les nouveaux produits

L'enquête européenne de 2024 sur l'alcool et les autres drogues menée auprès des élèves a révélé que, parmi les jeunes de 15 à 16 ans, environ 32 % des Irlandais ont essayé la cigarette électronique ou le vapotage, tandis que 16 % en sont des utilisateurs actuels, dont 7 % déclarent une consommation quotidienne.

Le pays fait partie des États membres qui ont décidé d’adopter sans attendre des mesures nationales contre les nouveaux produits, notamment les cigarettes électroniques.

Il a par exemple interdit la vente de cigarettes électroniques jetables ou « puffs », à l’instar de la France et la Belgique.

Récemment, le premier ministre irlandais (Taoiseach) Micheál Martin a qualifié les cigarettes électroniques de « revanche des grandes compagnies de tabac », s’inquiétant des risques sanitaires révélés par les recherches scientifiques concernant ces produits, vendus dans près de 3 500 points de vente à travers le pays[2].

Le Taoiseach a ainsi déclaré vouloir suivre le Royaume-Uni dans son projet de loi d’interdiction du vapotage dans les véhicules privés en présence de mineurs, dans les aires de jeux et dans les zones situées aux abords des écoles.

« Une loi est en préparation, [la ministre d'État au ministère de la Santé] Jennifer Murnane O'Connor présente un projet de loi sur les cigarettes électroniques, nous allons le faire adopter et nous le suivrons de près afin de déterminer les mesures supplémentaires que nous pouvons prendre pour y faire face. »[3]. Il serait notamment question d’étendre au vapotage certaines mesures prises contre les cigarettes, telles que la restriction de leur publicité dans les points de vente physiques et la limitation des arômes mis en vente[4].

Cette volonté de combattre l’épidémie de dépendance nicotinique causée par le vapotage trouve un écho dans la société irlandaise : dans un pays où trois-quarts des habitants se déclarent catholiques, le clergé irlandais est venu appuyer la politique gouvernementale par la voix de l’Evêque Michael Router de l’Initiative Irlandaise des Evêques contre la drogue. Selon lui, la réponse de l’Église à la toxicomanie doit être de « parler honnêtement des méfaits tout en remettant en question les normes sociales et culturelles qui y contribuent ». Les jeunes Irlandais de 12-13 ans engagés pour leur confirmation sont appelés à ne pas consommer de drogues, y compris légales comme les produits du vapotage.

©Génération Sans Tabac

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[1]Jack Power, Push to close nicotine loopholes at EU level, WHO chief tells McNeill, The Irish Times, publié le 15 février 2026, consulté le 16 février 2026

[2]Ralph Riegel, Taoiseach slates vapes as the ‘revenge of big tobacco’ amid calls for UK-style ban, Irish Independent, publié le 13 février 2026, consulté le 16 février 2026

[3]Donal O’Keeffe, Government considers ban on vaping in cars carrying children, Echo Live, publié le 16 février 2026, consulté le même jour

[4]Barry Roche, Government open to banning vapes in cars with children, says Taoiseach, The Irish Times, publié le 14 février 2026, consulté le 16 février 2026

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