Les puffs : un risque d’épidémie pédiatrique

Les cigarettes électroniques jetables (de type Puffs Bar, des marques Wpuff, Ma petite vape, Flawoor ou encore VazeJet en France) sont des dispositifs de vapotage compacts, prêts à l’emploi et pré-remplis qui peuvent contenir jusqu’à 20 mg/ml (2%) de sels de nicotine. Certaines marques, produites hors de l’Union européenne mais vendues en France peuvent contenir jusqu’à 50 mg/ml (5%). Elles délivrent entre 600 (soit environ deux paquets de cigarettes) et 2000 bouffées par dispositif et se jettent une fois épuisées. Ces cigarettes électroniques se vendent à un prix attractif (entre 6 et 10€ selon les marques) et sont disponibles dans de nombreux points de vente et en plusieurs dizaines de saveurs fruitées et sucrées.

Histoire : Les cigarettes électroniques ont fait leur apparition vers 2007 et ont évolué à plusieurs reprises depuis lors. Les anciennes versions étaient conçues pour ressembler à des cigarettes ordinaires, ou avaient des réservoirs souvent lourds et encombrants.  Les générations les plus récentes se caractérisent par un système de dosettes/pods pré-remplis (de type JUUL ou Vuse) contenant des sels de nicotine et se sont rapidement imposées comme des produits phares du vapotage. Ces produits avec des pods pré-remplis sont arrivés en France dans les années 2015 et leurs marchés évoluent rapidement.

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Plus récemment, les cigarettes électroniques jetables sont entrées sur les marché, d’abord aux États-Unis en 2019 sous la marque « Puff bar » puis en France au cours de l’année 2021 sous la marque « Wpuff » principalement. Bien que les dosettes ou cartouches préremplies restent le type de dispositif le plus populaire, l’utilisation des cigarettes électroniques jetables gagne rapidement en popularité chez les plus jeunes, propulsées par les réseaux sociaux et très aisément accessibles en dehors des circuits de distribution habituels.

Des produits soumis aux mêmes réglementations que les autres produits du vapotage

En France, en tant que produits du vapotage, les dispositifs jetables de type « puffs » sont tenus de remplir les obligations réglementaires associées à ces produits[1] :

  • Notification des produits avant leur mise sur le marché aux autorités compétentes ;
  • Taux de nicotine inferieur à 20mg/ml ;
  • Étiquetage avec l’apposition d’un avertissement sanitaire ;
  • Interdiction de publicité et de promotion directe ou indirecte avec une exception très limitée concernant le lieu de vente ;
  • Interdiction de vente aux mineurs.

Tout fabricant de produits du vapotage doit soumettre, au moins 6 mois avant la mise sur le marché[2], un dossier de notification de mise sur le marché par marque et par type de produit à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Comme l’indique le site du ministère de la santé, bien que certains fabricants nationaux et étrangers aient rempli l’obligation de notification de leurs produits destinés au marché français, d’autres produits, non notifiés aux autorités françaises, sont également accessibles au public, notamment via internet. Certains de ces produits présentent des taux de nicotine supérieurs au taux autorisé pour ce type de produit ou ont des messages sanitaires qui ne sont pas en langue française.

 Selon l’article 1 de l’arrêté du 19 mai 2016 relatif aux modalités d’inscription des avertissements sanitaires sur les unités de conditionnement des produits du tabac, des produits du vapotage, des produits à fumer à base de plantes autres que le tabac et du papier à rouler les cigarettes : « Chaque unité de conditionnement ainsi que tout emballage extérieur de produits du tabac, de produits du vapotage, de produits à fumer à base de plantes autres que le tabac ainsi que de papiers à rouler les cigarettes portent les avertissements sanitaires prévus dans le présent arrêté. Ces avertissements sont en français ».

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Figure 1 – Cigarette électronique jetable vendue dans un bureau de tabac parisien  dans un emballage non conforme

La directive européenne sur les produits du tabac a avancé plusieurs exigences réglementaires pour les produits du vapotage, notamment concernant le taux de nicotine qui ne doit pas dépasser 20 mg/ml ou 2% « Les États membres de l’Union européenne veillent à ce que le liquide nicotinique ne contienne pas de nicotine à plus de 20 mg/ml » – Article 20 DPT.

En France et en Europe, les produits du vapotage contenant plus de 20 mg / ml de nicotine appartiennent à la catégorie des produits pharmaceutiques. Par conséquent, ils sont soumis à une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Cependant, nombreux sont les comptes sur les réseaux sociaux ou les sites internet qui proposent des cigarettes électroniques jetables contenant un taux très élevé de nicotine (environ 50 mg/ml).

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Figure 2 – capture d’écran d’un compte vendant des puffs contenant 50 mg/ml de nicotine

 

En mai dernier, en Irlande, Le Health Service Executive’s National Tobacco Control Office a diffusé des notifications d’alerte RAPEX au Safety Gate (le système d’alerte rapide de l’Union européenne pour les produits non alimentaires dangereux) après avoir découvert que certaines cigarettes électroniques jetables contenaient jusqu’à 50 mg/ml (5%) de nicotine. Ces cigarettes électroniques étaient vendues dans des emballages qui indiquaient pourtant une concentration de nicotine de 20mg/ml (2%).

En mars, l’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT Suisse) avait, elle aussi, alerté les autorités fédérales helvètes sur la vente en ligne de puffs contenant des concentrations nicotiniques bien supérieures au plafond autorisé par la réglementation. L’association avait indiqué avoir identifié un site internet vendant des Puffs Bars avec une concentration pouvant aller jusqu’à 60 milligrammes, soit trois fois au-dessus du plafond autorisé, correspondant déjà lui-même à un dosage très fort.

Un risque rapide d’addiction à la nicotine avec les puffs

Outre les taux élevés de nicotine, la manière même dont se consomment ces produits facilite l’addiction à la nicotine, surtout chez les jeunes. Prêt à l’emploi, ne nécessitant aucune recharge et préparation préalables, le produit peut être d’emblée utilisé et l’utilisateur ne se rend pas compte de sa consommation réelle.

Or, la dépendance à la nicotine se développe beaucoup plus vite chez les adolescents et les conséquences de l’exposition du cerveau à la nicotine sont particulièrement préjudiciables à un moment où la maturité cérébrale n’est pas atteinte. Pour le Professeur Yves Martinet, pneumologue et président du Comité national contre le tabagisme « les puffs sont une nouvelle porte d’entrée à la nicotine. Les arômes permettent d’attirer les jeunes et le fort taux de nicotine de les fidéliser ». Il précise que « la nicotine est une drogue dure et une fois qu’on en est addict, on peut difficilement s’en séparer. Consommer ces puffs, c’est entrer plus rapidement dans l’addiction de la nicotine et passer à la consommation de produits encore plus dangereux ».

De plus, ce type de dispositif utilise des sels de nicotine qui facilitent l’utilisation des produits. Selon un avis du Surgeon General de 2018 sur l’utilisation des cigarettes électroniques chez les jeunes, la technologie des sels de nicotine permet aux utilisateurs d’inhaler des niveaux élevés de nicotine plus facilement et avec moins d’irritation que les produits qui utilisent de la nicotine à base libre.

Les adolescents : cibles du marketing de ces produits

Ces cigarettes électroniques jetables se déclinent en une quinzaine de saveurs sucrées ou fruitées (marshmallow, raisin glacé, ice cream mango, choco noisette, etc.) dans un emballage coloré et attrayant, évocateurs des emballages de confiseries très prisés des mineurs et jeunes adultes. Ces produits ressemblent souvent à la cigarette électronique JUUL sur le plan esthétique, comparables une clef USB, et un design renvoyant aux nouvelles technologies. Elles ont rapidement gagné en popularité auprès des adolescents, propulsés par les réseaux sociaux, notamment TikTok, Snapchat ou Instagram. Des influenceurs, à travers des vidéos, vantent la facilité d’utilisation de ces cigarettes ainsi que la multitude de saveurs disponibles suscitant un effet de mode dans les collèges et lycées. Ces produits sont souvent présentés dans des emballages également attractifs, qui rappellent certaines confiseries célèbres et qui reprennent ces saveurs.

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En utilisant une charte graphique, un logo, des symboles visuels, une police et des couleurs bien spécifiques, le packaging permet de reconnaître rapidement la marque et de fidéliser le consommateur. Certaines marques, à l’image de l’industrie du tabac, sortent des éditions limitées de leurs produits afin de favoriser chez les clients l’envie de faire la collection des produits.

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Figure 3 – Edition limitée de la cigarette électronique jetable « wpuff » du fabricant français Liquidéo

Ces packagings sont également conçus pour réduire l’efficacité des avertissements sanitaires et induire en erreur les consommateurs. Ainsi, en se fondant sur les couleurs et les éléments du paquet qui associe la cigarette électronique à une confiserie, les consommateurs croient que certaines marques sont moins nocives que d’autres.

Ces produits sont également disponibles sans nicotine. Le « 0 nicotine » est un argument marketing des fabricants qui indiquent ainsi que consommer ces produits ne contenant pas de nicotine n’est pas nocif et qu’il n’y a aucun risque d’addiction. Certains fabricants n’hésitent pas à « rassurer » les potentiels clients se demandant si ces produits sont dangereux, indiquant « Si tu prends celles à 0% de nicotine, il n’y a aucun risque ».

 

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Figure 4 – Capture d’écran du compte officiel TikTok du fabricant de wpuff – Liquidéo

 

En réalité, les liquides sans nicotine amènent le jeune à trouver normal de vapoter. Cette banalisation de l’acte est de nature à faciliter l’étape suivante qui est l’expérimentation du produit avec de la nicotine, avec le risque de devenir dépendant. Cette offre des produits fait ainsi rentrer le jeune dans un « schéma » de consommation ».

De nombreuses promotions sont également mises en place pour ces produits, aussi bien en ligne que sur les lieux de vente. Les fabricants proposent des prix dégressifs (Une puff pour 7,90€, trois pour 20€ par exemple), ou des produits offerts à partir d’une certaine quantité achetée (Une puff offerte pour trois achetées). Ce type de promotions, illicites, est particulièrement destiné à un public jeune et réceptif aux promotions.

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Figure 5 – Publicités présentes dans un bureau de tabac parisien

Certaines associations, dont le Comité national contre le tabagisme (CNCT), dénoncent le marketing agressif des fabricants de puff qui ne respectent pas l’interdiction de publicité pour les produits du vapotage sur les lieux de vente. Le CNCT rappelle qu’en matière de publicités, le principe qui prévaut est celui d’une interdiction généralisée de toute publicité, promotion en faveur des produits du vapotage. Selon le code de santé publique « Seules sont autorisées, à l’intérieur des lieux de vente, des affichettes relatives aux cigarettes électroniques et à leurs flacons de recharge, non visibles de l’extérieur ».

Une diversification des lieux de vente accessibles aux mineurs

Selon le dernier « Baromètre de la publicité sur les lieux de vente » du CNCT, qui visite mensuellement un panel de lieux de vente en France, ces cigarettes électroniques jetables ont envahi de nombreux lieux de vente et posent la question du respect des interdits protecteurs comme le « strict encadrement de la publicité sur le lieu de vente et l’interdiction de vente aux mineurs ». Selon l’association, qui a visité plus de 80 lieux de vente sur le second trimestre de l’année 2022, la vente d’une ou plusieurs marques de puff a été relevée dans 60% des lieux de vente visités. Bien qu’elles soient majoritairement vendues dans les débits de tabac et les magasins spécialisés de produits du vapotage, la vente au détail de ces produits se développe aussi rapidement. On les trouve par exemple dans les kiosques parisiens et des enseignes de grande distribution (GIFI), voire des magasins de décoration. Les multiples modalités de distribution de ces produits au détail posent de manière aigue la question du respect de l’interdiction de vente aux mineurs.

La vente en ligne de ces produits soulève également cette problématique. Outre les sites officiels marchands des marques qui proposent ces produits sans aucune vérification de l’âge, de nombreux comptes sur les réseaux sociaux plébiscités par les adolescents les vendent, souvent à des prix attractifs et offrent même la livraison à domicile. Des sites étrangers offrent également la possibilité de se faire livrer des puffs avec des taux de nicotine bien supérieurs à la limite autorisée en Union européenne. Souvent, ces sites ne proposent aucune indication sur les ingrédients contenus dans les produits.

Un désastre écologique majeur

L’essor rapide de la consommation des cigarettes électroniques d’une manière générale pose un nouveau problème environnemental. Celles-ci sont produites en quantité importante et comportent des batteries composées de métaux lourds, de circuits électroniques, de plastique et de résidus de liquides et nicotine qui deviennent des sources massives et dangereuses de déchets. Lorsqu’elles sont abandonnées dans la nature, elles se décomposent, libérant des micro-plastiques, polluant autant les cours d’eau, la faune, ou la flore.

Les cigarettes électroniques jetables génèrent des coûts environnementaux encore plus élevés car elles sont utilisées pendant une courte période, ne se rechargent pas, que ce soit la batterie ou le liquide. À usage unique, elles sont jetées après consommation. Enfin, ces types de produits ne fournissent souvent aucune indication quant aux manières de les jeter après utilisation et les possibilités de recyclage de matériaux.

©Crédit photo : LAURENT DARD/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

Mots-clés : puff, cigarettes électroniques jetables, marketing, jeunes, vapotage

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Le ministère des Solidarités et de la Santé attentif aux produits de vapotage de type « Puff » et au respect des obligations légales concernant la publicité et la vente aux mineurs, site du ministère de la santé, publié le 17 mars 2022, consulté le 5 juillet 2022

[2] Notification de mise sur le marché des produits de vapotage (Démarche en ligne)

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 13 juillet 2022