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Sans hausses de taxes, les États-Unis devraient rater leur objectif de santé publique

La majorité des États des États-Unis risquent de manquer l’objectif de faire passer le taux de tabagisme sous la barre des 5% d’ici 2030, en l’absence de la mise en place de politiques fiscales fortes, et de réglementations complémentaires pour endiguer l’épidémie tabagique. C’est ce que montrent les résultats d’une étude publiée dans la revue Tobacco Control.

L’objectif de réduire à 5% d’ici 2030 la prévalence tabagique aux États-Unis fait partie d’un des objectifs de Healthy People 2030, un programme initié par le ministère américain de la Santé en avril 2020. Les chercheurs ont travaillé à des simulations de la prévalence tabagique dans tous les États, et ont comparé les résultats avec l’objectif souhaité. En fonction des écarts, l’intensité des politiques fiscales sur le tabac à mettre en place a pu être identifiée[1].

45 États pourraient ne pas atteindre leur objectif d’ici 2030

En 2018, le taux de tabagisme aux États-Unis s’élevait à 13,7%, avec de fortes disparités géographiques. Si l’Utah est proche de l’objectif fixé par le programme Healthy People 2030, avec une prévalence tabagique de 7,1% chez les adultes, la Virginie-Occidentale accuse le plus fort retard de l’ensemble des États américains, avec 22,7% de fumeurs au sein de sa population adulte. Dans l’ensemble, la quasi-totalité des États-Unis sont en passe de manquer leur objectif de santé publique. Ainsi, selon la simulation, en fonction de la trajectoire actuelle de la prévalence tabagique dans le pays, seuls cinq États auront un taux de fumeurs inférieur à 5%, et 45 n’atteindront pas cet objectif. Parmi les États retardataires, on retrouve notamment la Virginie-Occidentale, avec une prévalence de 16,8% attendue pour 2030, et la Louisiane, avec 16,6% de fumeurs d’ici dix ans. Dans l’ensemble du pays, il est attendu en 2030 une prévalence tabagique de 8,4%.

Les hausses de taxes, un outil efficace délaissé par les pouvoirs publics américains

Selon les chercheurs, le retard pris par la plupart des États américains s’explique par l’absence d’une réelle politique fiscale ambitieuse sur les produits du tabac, alors que l’ensemble de la littérature scientifique démontre que les hausses de taxes, lorsqu’elles sont significatives et répétées, constituent le levier le plus efficace et le plus rentable pour faire diminuer la consommation tabagique, à commencer par celui des jeunes générations et des populations à faibles niveaux de revenus. Sur l’ensemble des 50 États, seuls 22 ont augmenté occasionnellement les taxes sur le tabac entre 2011 et 2020. De cette façon, le prix du tabac demeure particulièrement bon marché dans de nombreux États. Dans 15 d’entre eux, le prix d’un paquet de cigarettes est inférieur à 6 dollars, dont le Missouri, avec un paquet à 4,99 euros. A titre d’exemple, la barre des 6 euros pour le paquet de cigarettes a été franchi en France en 2012.

Augmenter fortement les taxes pour atteindre les objectifs de santé publique

Sur la base de ces résultats, et d’un calcul de l’élasticité-prix des produits du tabac, les chercheurs soulignent qu’une forte politique fiscale est nécessaire à ces États pour obtenir les résultats souhaités en santé publique. Compte tenu de la grande disparité des situations tabagiques aux États-Unis, l’intensité des politiques fiscales préconisées par l’étude est également très variable. Ainsi, en Californie, avec une prévalence tabagique attendue de 5,2% en 2030, les chercheurs n’insistent pas sur la nécessité d’adopter de politique fiscale. En revanche, l’étude souligne qu’une hausse de taxes annuelle de 1,37 dollars en Virginie-Occidentale pourrait s’avérer nécessaire, faisant grimper le prix du paquet de cigarettes au-delà de 18 dollars d’ici 2030. Au total, pour atteindre leur objectif de santé publique, six États américains devraient instaurer des hausses fiscales annuelles supérieures à 1 dollar par paquet de cigarettes.

Des outils complémentaires aux hausses de taxes pour en accroître l’efficacité

Pour les auteurs de l’étude, si la fiscalité est un outil de santé publique à privilégier, il n’est toutefois pas le seul à devoir être mis en place. En effet, au-delà du volet fiscal, les chercheurs soulignent la nécessité de mettre en place un accompagnement des fumeurs pour réduire les inégalités sociales et économiques face au sevrage tabagique, en ciblant notamment les communautés défavorisées. Par ailleurs, en raison des fortes disparités fiscales entres les différents États américains, les chercheurs appellent à la mise en place de mesures visant à limiter les achats de tabac interétatiques, qui pourraient en partie atténuer les effets de ces mesures de santé publique. Enfin, pour garantir la mise en place d’une politique fiscale ambitieuse, il est rappelé aux pouvoirs publics la nécessité de se préserver de l’interférence de l’industrie du tabac, principale menace à la mise en place de réglementations efficaces.

Mots clés : États-Unis, Taxes, Healthy People

©Génération Sans Tabac

FT


[1] Nargis N Healthy People Countdown 2030: reaching 5% cigarette smoking prevalence among US adults through state cigarette excise tax increases, Tobacco Control Published Online First: 05 November 2021. doi: 10.1136/tobaccocontrol-2021-056755

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 16 novembre 2021