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Le Malawi ratifie la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac

Premier pays producteur de tabac en Afrique, le Malawi vient de ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Il était l’un des derniers pays au monde à ne pas l’avoir ratifiée.  

Le 18 août 2023 restera une date historique pour le Malawi. Il marque la ratification par ce pays de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CLATT) et son engagement annoncé dans la lutte antitabac. Le Malawi rejoint ainsi les 183 parties, soit 182 pays ainsi que l’Union Européenne, à avoir ratifié la CCLAT. Cette ratification a notamment été saluée par Léonce Dieudonné SESSOU, Secrétaire Exécutif de l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA)[1].

La CCLAT, une opportunité pour le Malawi

Premier traité international de santé, la CCLAT réunit un corpus de mesures permettant de réduire – et à terme d’éliminer – le tabagisme. Ces mesures comprennent aussi bien des actions permettant de réduire la demande de tabac (fiscalité, publicité, emballage/étiquetage, composition des produits, sensibilisation du public) que d’autres visant à réduire l’offre (interdiction de la vente aux mineurs et par les mineurs, lutte contre le commerce illicite, activités de substitution économiquement viables, mise en cause de la responsabilité de l’industrie). La CCLAT contient en outre des dispositions en matière de protection de l’environnement et des incitations à la coopération scientifique et technique. Régulièrement actualisé, le rapport 2021 de l’OMS sur la lutte antitabac permet de mesurer les progrès réalisés grâce à la mise en œuvre de ce traité[2].

Le bilan désastreux de la culture du tabac

Le cas du Malawi est particulièrement emblématique vis-à-vis de la CCLAT. Depuis plusieurs décennies, ce pays s’est fortement engagé dans la culture du tabac, au point que celle-ci est devenue sa principale source de devises et de produits exportés.  Cependant les revenus attendus escomptés pour le pays ne sont pas à la hauteur des espérances et la culture du tabac se révèle à la fois nocive pour la santé des travailleurs du tabac (« maladie du tabac vert ») et délétère pour l’environnement, tout en occupant une part importante des surfaces agraires qui ne peuvent dès lors être consacrées à des cultures vivrières ou plus lucratives.

La culture du tabac est en effet très gourmande en terres et en eau, et exige d’importantes quantités d’entrants chimiques (engrais…) et de bois (traitement des plants de tabac par la fumée). Elle est aussi une source de déforestation, afin de rendre des terres disponibles. C’est dans cet esprit que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fait de la culture du tabac le thème de la Journée mondiale sans tabac en 2023, sous l’intitulé :« Grow food, not tobacco » (« Faites pousser des aliments, pas du tabac »). Il s’agissait tout particulièrement d’inciter les pays producteurs du tabac à se détourner de cette culture pour s’orienter vers des cultures vivrières ou au moins plus rentables.

Le Malawi, symbole de l’impasse de la culture du tabac

Sur le plan économique, le Malawi a rencontré une situation de plus en plus problématique. Les petits exploitants agricoles se voient en effet prêter chaque année des semences, du matériel agricole, ainsi que des denrées de subsistance (maïs, essentiellement) afin de produire leur récolte. La revente de celle-ci ne permet cependant pas de rembourser les sommes prêtées et les exploitants se trouvent endettés au commencement de l’année suivante. Ce cercle vicieux contraint les petits exploitants à faire travailleur leur famille, et notamment leurs enfants, pour tenter d’équilibrer leur situation. C’est ainsi que la culture du tabac est particulièrement pointée pour le travail des enfants qu’elle induit.

L’implication du Malawi dans la culture du tabac rend ce pays très vulnérable aux exigences de l’industrie du tabac. Cette dernière peut notamment freiner ou bloquer la mise en place de mesures de protection de la population contre les produits du tabac (espaces sans tabac, fiscalité, avertissements sanitaires…). En annonçant, le 21 avril 2021, renoncer progressivement à la culture du tabac, le président du Malawi, Lazarus Chakwera, marquait un tournant dans l’histoire de son pays. La ratification de la CCLAT constituerait aujourd’hui une autre étape décisive pour le Malawi, celle de se consacrer à la protection de la population contre le tabagisme. Cependant un certain nombre d’acteurs de la santé s’interrogent sur cette ratification tardive du traité par le pays et pointent une possible manœuvre de l’industrie du tabac pour infiltrer voire « saper » indirectement le processus de mise en œuvre du traité, Les positions défendues par le pays à l’occasion de la prochaine session de la Conférence des parties du traité à Panama en novembre prochain constitueront des éléments de réponse.

Pour en savoir davantage sur la situation du Malawi, consulter notre décryptage.

Mots-clés : Malawi, culture du tabac, CCLAT, lutte antitabac, ATCA.

©Génération Sans Tabac

MF

[1] Le Malawi devrait entretenir sa volonté politique et ne pas retarder l’adoption d’une loi conforme à la CCLAT de l’OMS, ATCA, publié le 4 septembre 2023, consulté le 5 septembre 2023.

[2] 2021 Global Progress Report on Implementation of the WHO Framework Convention on Tobacco Control, WHO, publié le 1er novembre 2021, consulté le 5 septembre 2023.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 13 septembre 2023