Vers une explosion des cas de cancer en Angleterre d’ici 2040
7 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 2 septembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Selon de nouvelles projections publiées par une coalition de 60 associations de lutte contre le cancer, réunies sous l’appellation One Cancer Voice, l’Angleterre devrait connaître une augmentation de 14 % du nombre de diagnostics de cancer au cours des quinze prochaines années. Entre aujourd’hui et 2040, 6,3 millions de nouveaux cas pourraient être recensés, soit l’équivalent d’un diagnostic toutes les deux minutes[1].
Une tendance préoccupante portée par les cancers les plus fréquents
Parmi les millions de nouveaux diagnostics attendus d’ici 2040, les cancers les plus courants devraient connaître une progression sans précédent. Les estimations indiquent que les cas de cancer de la prostate, du sein et du poumon atteindront des niveaux record. Ces trois pathologies figurent déjà parmi les principales causes de morbidité et de mortalité par cancer en Angleterre, et leur hausse contribuera fortement à l’augmentation globale.
Le cancer de la prostate pourrait devenir le plus fréquent, avec plus d’un million de nouveaux diagnostics attendus au cours des quinze prochaines années. Cette progression s’explique à la fois par le vieillissement de la population masculine et par un meilleur dépistage, qui permet de détecter davantage de cas à un stade précoce.
Le cancer du sein, déjà le plus fréquent chez les femmes, devrait enregistrer environ 906 000 nouveaux cas d’ici 2040. Bien que les avancées thérapeutiques aient amélioré la survie, cette incidence élevée souligne l’importance de maintenir et de renforcer les programmes de dépistage.
Le cancer du poumon reste un défi majeur de santé publique, avec 821 000 diagnostics supplémentaires projetés sur la période. Étroitement lié au tabagisme, il demeure l’un des cancers les plus meurtriers, touchant de manière disproportionnée les régions et populations les plus défavorisées. Cette hausse s’explique également par l’augmentation et le vieillissement de la population, qui accroissent mécaniquement le nombre de cas attendus.
Ces chiffres, issus de la coalition One Cancer Voice, illustrent une double réalité : les progrès du dépistage contribuent à une meilleure détection, mais la persistance de facteurs de risque majeurs – tabac, alcool, obésité, sédentarité – continue d’alimenter l’incidence globale. Selon les associations, seule une action volontariste en matière de prévention et une stratégie renforcée de prise en charge permettront de limiter l’impact de cette hausse sur le système de santé.
Des inégalités territoriales persistantes
Au-delà des tendances nationales, les projections révèlent d’importantes disparités régionales. Selon l’analyse de One Cancer Voice, certaines zones d’Angleterre seront bien plus durement touchées par la hausse attendue des cancers[2].
Le Nord-Est de l’Angleterre devrait connaître la progression la plus marquée, avec une augmentation estimée à 19,4 % des cas de cancer d’ici 2040 par rapport à la période précédente. Cette région, qui enregistre déjà des taux élevés de tabagisme et de maladies chroniques, illustre le poids des déterminants sociaux de santé dans l’incidence de la maladie. Le Yorkshire et le Humber suivront avec une hausse projetée de 16,7 %, renforçant un gradient déjà défavorable entre le nord et le sud du pays.
À titre de comparaison, d’autres régions connaîtront une progression moins rapide, mais significative, comme le Sud-Ouest (+12,6 %) et l’Est de l’Angleterre (+12,8 %). Ces écarts soulignent l’influence combinée des modes de vie, de l’environnement et des niveaux de pauvreté sur l’apparition des cancers.
Ces chiffres traduisent une réalité préoccupante : les populations les plus défavorisées, déjà confrontées à un accès plus limité aux soins, seront aussi les plus exposées à l’augmentation de l’incidence. Pour les associations, la lutte contre le cancer doit donc s’accompagner d’une stratégie visant à réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, faute de quoi la progression attendue risquerait d’aggraver encore les fractures existantes.
Une mobilisation institutionnelle annoncée
Face à ces projections alarmantes, le gouvernement britannique met en avant plusieurs mesures déjà engagées et prépare un nouveau plan national cancer pour l’Angleterre, attendu comme un moment décisif par les associations. L’exécutif insiste sur la nécessité de « tourner la page de plus d’une décennie de négligence » dans le domaine de l’oncologie et d’investir dans des solutions structurelles.
Le ministère de la Santé et des Affaires sociales souligne que des progrès ont déjà été accomplis. Entre juillet 2024 et mai 2025, environ 95 000 personnes supplémentaires ont pu bénéficier d’un diagnostic, par rapport à la même période un an plus tôt. Cette accélération du parcours diagnostic illustre, selon les autorités, l’efficacité des efforts déjà déployés pour renforcer l’accès rapide aux examens.
Plusieurs initiatives concrètes sont également mises en avant :
- Le déploiement de kits de dépistage à domicile pour le cancer du col de l’utérus, afin de simplifier l’accès au dépistage et d’atteindre les populations éloignées du système de santé ;
- L’installation de nouveaux appareils de radiothérapie dans chaque région, pour réduire les délais d’attente et améliorer l’égalité territoriale d’accès aux traitements ;
- Et la volonté affirmée de créer une « première génération sans tabac », traduite par des politiques de prévention renforcées contre le tabagisme, facteur majeur de cancers évitables.
Pour les associations, ces annonces constituent des avancées importantes mais doivent s’accompagner d’une stratégie globale, cohérente et pérenne. Le succès du plan dépendra avant tout de son niveau de financement et de la capacité à mobiliser durablement les moyens humains et matériels du NHS, le service national d’assurance maladie. Comme l’a rappelé le professeur Sir Mike Richards, ancien directeur national du cancer au ministère de la Santé, « seule une dotation budgétaire stable permettra de transformer les promesses en résultats concrets, tout en réduisant à long terme le coût global de la maladie pour la société ».
AE
[1] Andrew Gregory, Cancer charities call for earlier diagnosis as cases projected to surge in England by 2040, The Guardian, publié le 27 août 2025, consulté le 28 août 2025
[2] Harriette Boucher, One person could be diagnosed with cancer every two minutes until 2040, The Independant, publié le 27 août 2025, consulté le 28 août 2025
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