Vapotage : offensive coordonnée contre l’encadrement du secteur en France

10 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 8 juin 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Vapotage : offensive coordonnée contre l’encadrement du secteur en France

Alors que les débats autour de la réglementation des produits du vapotage se multiplient en France et au niveau européen, les représentants du secteur intensifient leurs activités de lobbying auprès des décideurs publics. Une enquête publiée par Contexte[1] met en lumière les stratégies déployées par les deux principales fédérations du secteur, la Fivape et France Vapotage, qui incarnent deux approches différentes mais complémentaires de la représentation d’intérêts. Derrière des positionnements distincts se dessine toutefois une ligne commune : défendre un marché du vapotage le moins contraint possible et s’opposer à plusieurs mesures destinées à renforcer l’encadrement, la traçabilité et le contrôle des produits nicotiniques.

Une divergence de méthodes au service d’intérêts convergents

La représentation du secteur du vapotage en France repose principalement sur deux organisations aux stratégies d’influence distinctes : la Fivape et France Vapotage. Si leurs approches diffèrent sensiblement dans la forme, elles poursuivent néanmoins un objectif commun de limitation des nouvelles contraintes réglementaires applicables aux produits du vapotage.

La Fivape, créée en 2013, revendique représenter les acteurs indépendants du secteur de la cigarette électronique et affirme son indépendance vis-à-vis de l’industrie du tabac. Son lobbying repose sur une stratégie particulièrement visible et offensive, fondée sur des campagnes médiatiques, des mobilisations publiques et une forte présence dans les débats parlementaires. Lors des discussions autour du projet de loi de finances 2026, la fédération a notamment déployé une campagne nationale contre les mesures de taxation et de contrôle du marché du vapotage, multipliant les prises de parole publiques et les actions de communication à destination des élus comme du grand public.

France Vapotage adopte au contraire une stratégie beaucoup plus discrète, centrée sur des échanges directs avec les cabinets ministériels, les administrations et les décideurs politiques. Historiquement proche de certains industriels du tabac, l’organisation privilégie un travail d’influence technique et institutionnel mené en arrière-plan, avec une exposition médiatique limitée. Cette approche s’inscrit dans des méthodes de représentation d’intérêts historiquement utilisées par l’industrie du tabac, consistant à agir de manière moins visible afin de limiter les risques de critiques publiques et d’éviter d’attirer l’attention de la société civile et des acteurs de santé publique.

Malgré ces différences de positionnement et de communication, les deux fédérations convergent régulièrement dans leur opposition à plusieurs mesures visant à renforcer l’encadrement, la traçabilité et le contrôle des produits nicotiniques.

Une opposition récurrente aux mesures d’encadrement du secteur

Au cours des dernières années, les représentants du secteur du vapotage se sont régulièrement opposés à plusieurs mesures destinées à renforcer le contrôle des produits nicotiniques et de leur commercialisation.

La Fivape a notamment contesté l’instauration d’une fiscalité spécifique sur les produits du vapotage, les projets d’agrément des vendeurs de produits nicotiniques, le renforcement des dispositifs de contrôle des ventes ou encore certaines mesures destinées à améliorer la traçabilité des produits. Lors des débats autour de l’article 23 du projet de loi de finances 2026, la fédération a dénoncé une prétendue « mise à mort » de la vape et multiplié les actions de pression auprès des parlementaires et du gouvernement.

Cette dynamique intervient également dans un contexte d’augmentation rapide de la diversification des produits du vapotage commercialisés sur le marché français et européen : cigarettes électroniques jetables, dispositifs fortement dosés en nicotine, arômes particulièrement attractifs, ou encore produits hybrides. Plusieurs autorités sanitaires européennes alertent désormais sur les stratégies de banalisation de ces produits auprès des adolescents et des jeunes adultes, notamment via les réseaux sociaux et le marketing d’influence.

Pour les acteurs de santé publique, les dispositifs de traçabilité, d’encadrement des points de vente ou de contrôle des produits répondent précisément à un objectif de limitation des usages détournés et de protection des populations les plus vulnérables. L’enjeu est notamment de garantir que les produits du vapotage demeurent des outils de réduction des risques réservés aux fumeurs adultes n’ayant pas réussi à arrêter avec les traitements dont l’efficacité est démontrée, telles que les substituts nicotiniques validés, les traitements médicamenteux ou l’accompagnement spécialisé au sevrage tabagique.

Des stratégies argumentaires proches de celles de l’industrie du tabac

Plusieurs des arguments avancés aujourd’hui par les représentants du vapotage rappellent des stratégies historiquement utilisées par l’industrie du tabac pour s’opposer aux réglementations sanitaires : mise en avant d’un risque de marché parallèle, défense de la « liberté de choix » des consommateurs, critique de la fiscalité comportementale ou encore affirmation qu’un encadrement plus strict favoriserait l’évolution du marché vers des produits plus nocifs.

Selon plusieurs parlementaires interrogés, les argumentaires développés tendent à déplacer le débat vers les bénéfices supposés du vapotage pour les fumeurs adultes, au détriment des enjeux liés à la banalisation des usages nicotiniques ou à l’attractivité des produits auprès des mineurs.

Les fédérations agitent également de manière récurrente le risque de développement d’un marché parallèle en cas de renforcement de la réglementation. Cet argument, fréquemment utilisé par l’industrie du tabac dans les débats fiscaux et réglementaires, est aujourd’hui repris dans les discussions concernant les produits du vapotage.

L’article souligne par ailleurs une utilisation sélective des données scientifiques. Certaines communications mettent ainsi en avant les conclusions favorables au vapotage comme outil de réduction des risques sans rappeler systématiquement les réserves exprimées par les agences sanitaires sur les substances toxiques présentes dans les aérosols, les risques de dépendance nicotinique ou les usages croissants chez les adolescents.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) rappelle pourtant dans ses recommandations qu’il est nécessaire « d’écarter les actions susceptibles d’encourager à s’initier au vapotage, en particulier chez les non-fumeurs et les jeunes, et d’éviter toute forme de banalisation »[2].

Une influence croissante dans les débats publics

L’intensification des activités de lobbying du secteur intervient alors que plusieurs réformes structurantes sont actuellement discutées en France et au niveau européen, notamment concernant la fiscalité des produits nicotiniques, la publicité, les arômes, les dispositifs jetables ou encore la traçabilité des produits.

Selon les déclarations effectuées auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), France Vapotage consacre chaque année plusieurs dizaines de milliers d’euros à ses activités de représentation d’intérêts. La Fivape revendique quant à elle une forte présence médiatique et parlementaire afin d’influencer les débats publics.

L’enquête souligne également les difficultés rencontrées par les pouvoirs publics pour maintenir une expertise stable sur les questions liées au vapotage, dans un contexte marqué par la succession rapide des responsables politiques et administratifs en charge des questions de santé publique.

Dans ce contexte, les futures discussions européennes autour de la révision des directives relatives au tabac et aux produits nicotiniques devraient constituer un terrain d’affrontement majeur entre objectifs de santé publique, intérêts économiques du secteur et stratégies d’influence des différents acteurs industriels.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Antoine Messina, Les deux visages du lobbying du vapotage, Contexte, publié le 2 juin 2026, consulté le 8 juin 2026

[2] Evaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage, Avis de l’Anses - Rapport d’expertise collective, décembre 2025, consulté le 8 juin 2026

Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser