Une étude montre que les arômes dans les sachets de nicotine facilitent l’initiation et renforcent la dépendance

22 mars 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 24 mars 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Une étude montre que les arômes dans les sachets de nicotine facilitent l’initiation et renforcent la dépendance

Des études scientifiques récentes ont soulevé des inquiétudes quant au rôle des sachets de nicotine aromatisés dans la promotion de la dépendance à la nicotine, en particulier chez les jeunes. Une étude[1] menée par la Yale School of Medicine a montré que l'augmentation de la teneur en édulcorants des sachets de nicotine entraînait des taux de consommation plus élevés, en particulier lorsqu'ils étaient associés à un arôme de cannelle.

Les sachets de nicotine, qui ne contiennent pas de tabac, sont placés entre la gencive et la lèvre, permettant une absorption de la nicotine par la muqueuse buccale. Disponibles en diverses saveurs sucrées et fruitées et avec des taux de nicotine pouvant atteindre 50 mg par sachet, ces produits ont gagné en popularité. Présentés par les industriels comme une « alternative » au tabac et au vapotage, ils sont souvent mis en avant comme des produits à risque réduit.

Les arômes favorisent l’addiction

Les recherches de la Yale School of Medicine indiquent que les sachets de nicotine contenant des niveaux élevés d’édulcorants augmentent la consommation, en particulier lorsqu'ils sont aromatisés à la cannelle. L'étude révèle également que les produits plus sucrés entraînent une consommation plus importante et des sessions d'utilisation plus longues.

La recherche suggère que la présence d'édulcorants, semblables à ceux que l'on trouve dans les produits de confiserie, peut masquer l'âpreté de la nicotine, la rendant plus agréable au goût et plus facile à consommer en plus grandes quantités. Ces résultats concordent avec les données existantes qui montrent que les produits aromatisés à la nicotine – y compris les cigarettes mentholées et les e-cigarettes fruitées – sont particulièrement attrayantes pour les jeunes utilisateurs. Cela soulève des inquiétudes quant à leur rôle dans l’initiation et le maintien de la dépendance à la nicotine.

Les experts en santé publique alertent sur le rôle des arômes comme porte d’entrée vers la consommation de nicotine, notamment chez les adolescents et jeunes adultes. Un rapport du King's College de Londres met en évidence une forte augmentation de l’expérimentation des sachets de nicotine au Royaume-Uni, où leur utilisation a doublé chez les adultes depuis 2020.

Contaminants et additifs : des produits toxiques préoccupants

Les études sur la composition des sachets de nicotine sont encore limitées, mais une analyse conjointe[2] du Comité national contre le tabagisme (CNCT) et de l’Institut national de la consommation (INC) a mis en lumière des dangers potentiels. Cette étude a révélé la présence de métaux lourds toxiques, tels que le plomb et l’arsenic, ainsi que des quantités massives d’édulcorants.

L’analyse, portant sur des produits disponibles en France, a montré que certains sachets, notamment ceux aux arômes de fruits et de menthe, contenaient des concentrations mesurables de plomb et d’arsenic. Ces substances sont connues pour leurs effets délétères en cas d’exposition prolongée. Par ailleurs, la forte teneur en édulcorants retrouvée dans les produits pourrait accroître l’attrait de ces produits en atténuant l’amertume de la nicotine, favorisant ainsi une consommation plus fréquente et prolongée.

Le CNCT et l’INC alertent sur ces contaminants et additifs, qui renforcent les risques sanitaires associés aux sachets de nicotine et exacerbent les inquiétudes liées à leur potentiel addictif.

Appel à un contrôle des autorités sanitaires

Face à la popularité croissante des sachets de nicotine, de nombreuses organisations de santé publique et des décideurs politiques appellent à leur interdiction au regard de leur caractère addictif et l’attractivité qu’ils présentent notamment auprès des mineurs. Cette interdiction est déjà en vigueur dans plusieurs pays, dont la Belgique et les Pays-Bas, et a été annoncée en France par le ministre de la Santé.

Les stratégies marketing agressives[3] qui contribuent à l’initiation des jeunes à la nicotine et favorisent une dépendance à long terme sont tout particulièrement pointées et rattachées à une stratégie d’ensemble des fabricants de tabac qui diversifient leurs produits pour développer leurs marchés. Si certains fabricants mettent en avant ces produits comme des outils de réduction des risques pour les fumeurs, les experts en santé publique rappellent que leurs effets à long terme restent mal connus et que la nicotine en tant que telle n’est pas anodine pour la santé.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Deniz Bagdas, Jennifer Sedaille, Mariam Khan, Nnedinma Okpala, Nii A Addy, Effects of Sweeteners and Cinnamon Flavor on Oral Nicotine Choice Behaviors, Nicotine & Tobacco Research, 2025;, ntaf037, https://doi.org/10.1093/ntr/ntaf037

[2] Communiqué, Le CNCT et l’INC/60 Millions de consommateurs dévoilent les résultats de leur étude : du plomb et de l’arsenic retrouvés dans les sachets de nicotine, publié le 9 décembre 2024, consulté le 20 mars 2025

[3] Génération sans tabac, Sachets de nicotine : l’offensive marketing illégale de British American Tobacco en France, publié le 18 mars 2025, consulté le 20 mars 2025

Comité national contre le tabagisme |

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