Une étude anglaise révèle que le tabagisme laisse des traces durables sur les dents
29 juin 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 27 juin 2025
Temps de lecture : 4 minutes
Des chercheurs de l’Université de Northumbrie, associés à des scientifiques de l’Université de Leicester, ont mis en évidence pour la première fois des marques permanentes laissées par le tabagisme sur les dents[1]. Publiés dans la revue PLOS One, leurs travaux montrent que les dents des fumeurs, y compris celles des anciens fumeurs, conservent des traces internes de leur consommation passée de tabac.
Les effets durables du tabac sur les dents, révélés par la recherche
Les dents sont composées de trois tissus durs principaux, l’émail, la dentine et le cément. Ce dernier recouvre la racine de la dent et forme des « anneaux » de croissance chaque année, similaires à ceux des arbres. En étudiant ces anneaux dans 88 dents issues de patients actuels et de restes archéologiques, les chercheurs ont observé des irrégularités et des différences d’épaisseur de ces strates chez les fumeurs et ex-fumeurs, mais très rarement chez les non-fumeurs.
Les résultats indiquent que 70 % des anciens fumeurs et 33 % des fumeurs actuels présentaient des signes visibles de dommages dans leur cément, contre seulement 3 % chez les non-fumeurs. Les chercheurs ont également constaté un épaississement du cément chez les anciens fumeurs, probablement causé par la reconstitution de couches plus solides après l’arrêt du tabac.
Selon le Dr. Ed Schwalbe, coauteur et professeur à la faculté des sciences de la vie et de la santé de l'université de Northumbrie, « il est désormais possible de déterminer si une personne a été fumeuse simplement en analysant ses dents. ».
L'étude a porté sur 46 participants vivants qui ont dû se faire extraire des dents dans le cadre de soins dentaires de routine[2]. Dans un cas particulier, la dent d'un participant présentait des dommages intervenus d’après leurs estimations dans la période d’âge de 22 à 41 ans. Lorsque les chercheurs ont examiné les antécédents du patient, ils ont découvert que cette personne, alors âgée de 58 ans, avait fumé entre 28 et 38 ans.
Cela correspondait exactement aux données disponibles. « On sait que le tabagisme a un impact systémique sur l'organisme et de nombreuses études ont mis en évidence la corrélation entre le tabagisme, la parodontite et la perte de dents », a ajouté le Dr. Valentina Perrone, principale auteure de l’étude. « Cette étude montre, pour la première fois, l'enregistrement biologique des dommages bucco-dentaires liés au tabagisme au sein de la structure dentaire. ».
Des applications en archéologie et en science médico-légale
L’équipe a étendu ses recherches à 18 dents provenant de restes humains datés entre 1776 et 1890. Grâce à la technique de cément-chronologie, ils ont pu détecter des traces de consommation de tabac chez certaines personnes décédées il y a plus de deux siècles, avec des résultats comparables à ceux observés chez les patients vivants.
Certaines dents anciennes présentaient des taches ou des entailles liées au tabagisme par pipe en argile, et les anneaux de leur cément affichaient les mêmes perturbations que chez les fumeurs contemporains. Ces observations offrent un nouvel outil pour l’analyse des modes de vie anciens et permettent une meilleure compréhension des effets du tabac à travers l’histoire.
Le Dr. Sarah Inskip, membre de l'UKRI à l'école d'archéologie et d'histoire ancienne de l'université de Leicester, souligne que ces données sont précieuses pour mieux comprendre les conséquences sanitaires à long terme de la consommation de tabac, en prenant pour exemple la période de 1600 à 1900.
Les chercheurs ont indiqué vouloir mener plus avant les recherches sur les lésions du tabagisme dans la population moderne, en prenant en compte la quantité de tabac consommée, la pollution urbaine, d’autres produits du tabac et de la nicotine (e-cigarette, tabac à priser…), ainsi qu’en observant si des lésions similaires apparaissent chez les non-fumeurs atteints d'une parodontite sévère.
Déjà en octobre 2024, une étude du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait établi qu’un tiers des cancers de la bouche sont causés par le tabac sans fumée.
AD
[1]Perrone V., Davies-Barrett A.M., Migliario M., Randolph-Quinney P., Inskip S.A., Schwalbe E.C., “Reconstructing smoking history through dental cementum analysis - a preliminary investigation on modern and archaeological teeth”, PLoS One 20(5): e0323812, https://doi.org/10.1371/journal.pone.0323812
[2]Ralls Eric, Smoking leaves permanent traces in teeth deep below the surface - a new forensic, Earth.com, publié le 24 juin 2025, consulté le 25 juin 2025