Un rapport pointe l’usage grandissant et durable du vapotage en France et alerte sur les risques
8 février 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 février 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Dans une étude reposant sur l’examen de près de 3 000 publications scientifiques, rapports internationaux ou encore déclarations d’industriels, des experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ont identifié des risques sanitaires probables et possibles associés au vapotage, à moyen et long terme[1]. Ceux-ci incluent des effets cardiovasculaires, respiratoires et cancérogènes, y compris en l’absence de nicotine. Les experts recommandent ainsi de mieux encadrer les ingrédients et composants du vapotage, renforcer les mesures pour empêcher l’initiation des jeunes et non-fumeurs, et limiter le vapotage au sevrage tabagique à condition d’être temporaire, encadré par un professionnel de santé et avec un arrêt complet du tabac.
Le vapotage de plus en plus répandu et durable, y compris chez les non-fumeurs
Initialement présenté comme une alternative au tabac, le vapotage s’est progressivement installé dans les pratiques de consommation en France. Selon le Baromètre de Santé publique France 2024, 7,9 % des adultes de 18-79 ans ont déclaré vapoter et 6,1 % en faisaient un usage quotidien, soit plus de 3 millions de personnes.
L’usage tend à s’inscrire dans la durée et reste majoritairement lié au tabac : plus de la moitié (59 %) des vapoteurs adultes utilisent la cigarette électronique depuis deux ans ou plus, près de deux tiers (65 %) des vapoteurs adultes continuent de consommer du tabac, et quasiment tous (98 %) sont des fumeurs ou anciens fumeurs.
Toutefois, le profil de consommateurs diffère parmi les jeunes. Ainsi, un tiers des vapoteurs de 13 à 17 ans n’ont jamais fumé et ont directement commencé la cigarette électronique.
Le marché du vapotage s’est fortement diversifié, avec une multiplication des dispositifs, des arômes et des pratiques telles que le « do it yourself » (pratiqué par la moitié des vapoteurs adultes), qui permet aux utilisateurs de fabriquer eux-mêmes leurs e-liquides en ajustant les ingrédients et les concentrations.
Les motivations citées par les vapoteurs sont essentiellement le sevrage tabagique, le coût moins élevé que la cigarette, le plaisir sensoriel et, pour les femmes enceintes, la « réduction » des risques pour le bébé à naître par rapport à ceux liés à la consommation de tabac classique. Les jeunes, eux, sont sensibles au marketing déployé à leur attention et sont notamment attirés par la diversité des arômes.
Des risques sanitaires possibles, y compris sans nicotine
Les auteurs du rapport rappellent qu’en matière de risques liés au tabac, les conséquences sanitaires, résultant de décennies de recherches, sont avérés. En matière de risques liés au vapotage, le recul est moindre mais il est d’ores et déjà établi des risques probables (niveau de preuves élevé mais pas suffisant pour être avéré) ou possibles (niveau de preuves limité et non avéré).
Sur le plan cardiovasculaire, sont notamment évoqués comme effet probable une augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque, lorsque les produits contiennent de la nicotine. Sur le plan respiratoire, la survenue possible d’effets comme la BPCO, une maladie respiratoire chronique, est tout particulièrement pointée. En matière de cancérogenèse, l’usage de cigarettes électroniques pourrait avoir un effet possible.
Il en est de même en ce qui concerne le développement cardiovasculaire et respiratoire du fœtus en cas d’exposition in utero, même lorsque les produits ne contiennent pas de nicotine.
L’évaluation spécifique des effets du vapotage est rendue complexe par les parcours d’usage mixtes des consommateurs, la diversité et l’évolution rapide des produits.
À noter que les auteurs n’ont pas inclus dans le champ de leur étude les effets liés à une exposition au vapotage passif. L’Anses à cet égard recommande de dédier de futurs travaux.
L’Anses recommande de mieux encadrer les ingrédients et composants des cigarettes électroniques
Bien que le vapotage repose sur un chauffage sans combustion, il génère des aérosols complexes lors du processus, exposant les utilisateurs à des substances toxiques présentes dans les e-liquides. Au total, 1 775 substances ont été identifiées dans ces aérosols, et parmi elles, 106 substances sont particulièrement préoccupantes.
L’Anses a notamment évalué les risques liés à plusieurs aldéhydes (formaldéhyde, acroléine, acétaldéhyde, glyoxal, entre autres), reconnus pour leurs effets toxiques et cancérogènes et systématiquement détectés dans les émissions des produits de vapotage.
L’Agence souligne que l’absence de combustion n’élimine pas ces expositions et recommande un renforcement de l’information des consommateurs sur les risques liés aux pratiques de vapotage. Elle appelle à une responsabilité accrue des fabricants concernant la sécurité des dispositifs et des liquides. Elle recommande enfin un encadrement plus strict des ingrédients, pouvant aller jusqu’à des restrictions ou des interdictions.
Jérémie Pourchez, toxicologue, conseille de privilégier le moins d’ingrédients possible, de favoriser le “sans arôme” et surtout de ne pas faire de mélanges soi-même, pour éviter les interactions entre les produits[2].
Selon Philippe Camus, professeur de pneumologie au CHU de Dijon, les risques sanitaires de la cigarette électronique ne peuvent être réduits à de simples détournements individuels d’ingrédients non destinés aux e-liquides. Il rappelle que « le lien entre cigarette électronique et syndrome de détresse respiratoire aiguë est solide », et que l’argument de la responsabilité individuelle du vapoteur, souvent avancé par les industriels, n’explique pas cette réalité.
Prévenir l’initiation des non-fumeurs et des jeunes, encadrer son usage pour les fumeurs
Au regard des risques identifiés, l’Anses recommande de lutter contre les pratiques incitatrices à la consommation et la banalisation de ces produits.
Chez les adolescents, la consommation est largement influencée par les pratiques de marketing des industriels qui ciblent cette population, en particulier via des arômes et des produits attractifs. Par ailleurs, la nicotine soulève des enjeux spécifiques de dépendance et d’effets sur leur développement. Aussi, l’Agence rappelle l’importance de l’application effective des interdictions existantes concernant la vente aux mineurs, la publicité et la promotion.
Pour Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et professeure d’épidémiologie environnementale, il existe suffisamment de signaux d’alarme, notamment concernant les risques de BPCO ou de fibrose pulmonaire, pour mettre en œuvre le principe de précaution[3]. Dans une tribune au Monde, celle-ci a par exemple plaidé pour inclure les e-cigarettes dans l’extension des interdictions de fumer mises en place à l’été 2025, alors que plus de 70 % des vapoteurs de 13-17 ans ont un fumeur ou un vapoteur dans leur entourage, selon une enquête de l’Anses incluse dans le rapport.
Pour les fumeurs, la cigarette électronique peut toutefois être envisagée dans l’arrêt du tabac pour certaines catégories de fumeurs. Ce recours aux cigarettes électroniques doit intervenir en deuxième intention de prise en charge, et doit alors être considéré comme une « option transitoire », être associée à l’accompagnement d’un professionnel de santé, et avec un arrêt complet du tabac.
L’Anses rappelle enfin que l’efficacité des cigarettes électroniques dans l’arrêt du tabac ne demeure pas aussi étayée que celle des outils de sevrage approuvés scientifiquement, comme le Champix, médicament reconnu comme très efficace pour accompagner l’arrêt du tabac, ou les traitements de substitution nicotinique (gommes, patch, sprays buccaux…).
L’Anses souligne ainsi le rôle central des médecins, tabacologues, infirmiers et pharmaciens, et recommande de renforcer leur information et leur formation sur les produits du vapotage.
AD
[1]Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage. Rapport d’expertise collective, Anses, publié en décembre 2025, consulté le 4 février 2026
[2]Apolline Le Romanser, Risques pour la santé, efficacité dans l’arrêt du tabac, danger pour les jeunes… La vérité sur le vapotage en 12 questions, Libération, publié le 4 février 2026, consulté le même jour
[3]Delphine Roucaute, Cigarette électronique : les enseignements de la vaste étude de l’Anses sur les risques sanitaires, Le Monde, publié le 4 février 2026, consulté le même jour