Une prise en charge insuffisante de la dépendance au tabac et au vapotage en Belgique
20 décembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 16 décembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Selon une enquête de la Fondation contre le Cancer et du Service public fédéral (SPF) Santé publique, la dépendance au tabac et au vapotage reste insuffisamment intégrée dans le système de soins belge[1]. L’étude, menée auprès de plus de 18 000 professionnels de santé - médecins, infirmiers, sages-femmes, psychologues (cliniciens) et pharmaciens - sur la base d’un questionnaire, met en évidence un manque de ressources, de formation spécialisée, de coordination et de suivi auprès des patients fumeurs ou vapoteurs. En Belgique, près de 9 personnes qui fument sur 10 ont commencé avant l’âge de 21 ans et le tabac cause encore plus de 9 000 décès prématurés et évitables chaque année.
Un rôle proactif des professionnels de santé encore limité
L’enquête a examiné l’importance accordée par les professionnels de santé aux échanges avec les patients sur le tabagisme, le vapotage et leur arrêt ; la fréquence et le contenu réel de ces conversations ; les obstacles rencontrés pour aborder le sujet ; l’impact perçu de ces échanges sur le comportement des patients ; ainsi que l’opinion des répondants sur diverses mesures de politique publique visant à améliorer le sevrage tabagique. Elle a également pris en compte plusieurs variables de contexte, dont la profession, l’ancienneté, la fréquence des contacts avec les patients et les conséquences du tabagisme sur le processus de soins.
Les auteurs soulignent que la dépendance tabagique nécessite un accompagnement structuré dépassant les conseils ponctuels tels que « Vous devriez arrêter de fumer », la nicotine étant une substance autant voire plus addictive que certaines drogues illégales, et ses effets agissent très rapidement sur le cerveau. 60 % des professionnels de santé interrogés, toutes professions confondues, reconnaissent que le tabac est fortement ou très fortement néfaste pour le processus de guérison ou de soins des patients, et trois quarts estiment qu’il est important de parler aux patients fumeurs ou vapoteurs des dangers de leur pratique et des bénéfices de l’arrêt.
Pourtant, seuls 21 % des répondants déclarent adopter une attitude proactive pour encourager leurs patients à arrêter de fumer, alors que traiter la dépendance tabagique plus tôt permettrait d’éviter l’apparition de nombreuses pathologies. 10 % ne s’enquièrent presque jamais des habitudes tabagiques, qu’il s’agisse de nouveaux patients ou de patients suivis au long cours, un constat accentué chez les pharmaciens, infirmiers et psychologues.
En ce qui concerne le vapotage, il est systématiquement moins abordé et pris en charge par les professionnels de santé que le tabagisme. Ainsi 51 % des professionnels de santé interrogent leurs patients sur leur comportement tabagique, mais la moitié de ces professionnels ayant posé une question sur le tabagisme à leurs patients les interrogent sur leur vapotage éventuel.
Certaines spécialités se distinguent toutefois : 80 % des pneumologues, 70 % des cardiologues et 58 % des professionnels de santé ayant suivi la certification en tabacologie interviennent régulièrement sur ce sujet, signifiant que suivre une formation en tabacologie est une véritable plus-value dans la prise en charge des fumeurs.
Il reste que les actions entreprises demeurent trop souvent « superficielles et abstraites » selon la Fondation : 13 % prodiguent des conseils pratiques, 12 % orientent vers un tabacologue ou des outils d’aide à l’arrêt, 4 % proposent une aide pharmacologique, qu’il s’agisse de traitements de substitution nicotinique (patchs, gommes, inhalateurs, sprays buccaux…) ou autres et 4 % établissent un plan d’action individualisé.
Les recommandations de l’enquête pour améliorer la prise en charge du tabac
La plupart des mesures suggérées par l’enquête rencontrent un large soutien parmi les professionnels de santé eux-mêmes : 86 % soutiennent l’intégration de l’accompagnement au sevrage dans les trajets de soins (grossesse, cancer, diabète…), 77 % soutiennent un meilleur remboursement des consultations de tabacologie, 69 % soutiennent un remboursement des substituts nicotiniques ainsi que la présence de tabacologues dans les hôpitaux, 64 % soutiennent la présence de coordinateurs de sevrage tabagique dans les hôpitaux et l’élargissement de l'anamnèse à l'utilisation de nouveaux produits nicotiniques (cigarettes électroniques, sachets de nicotine…), 63 % soutiennent l’organisation de grandes campagnes sur le sevrage tabagique, 62 % soutiennent l’enregistrement obligatoire du comportement et du trajet de sevrage tabagique dans le dossier médical de chaque patient et 61 % sont en faveur d’une communication obligatoire sur l'accompagnement au sevrage tabagique dans les salles d'attente.
Les auteurs quant à eux appellent à intégrer systématiquement l’évaluation du tabagisme dans l’anamnèse réalisée par l’ensemble des professionnels de santé, c’est-à-dire le recueil des antécédents médicaux en vue d’établir un diagnostic, afin d’assurer une prise en charge de la dépendance tabagique plus tôt, avant l’apparition de pathologies liées au tabac[2].
Ils recommandent également d’inclure par défaut le traitement de la dépendance tabagique dans les trajets de soins selon la méthode « opt-out », comme pour le diabète ou l’hypertension : le traitement de la dépendance tabagique est proposé automatiquement à tous les patients, sauf si le patient choisit explicitement de le refuser.
Enfin, ils préconisent de renforcer les liens entre professionnels, notamment avec les tabacologues, afin d’assurer une continuité entre détection et prise en charge de la dépendance tabagique.
Selon l’enquête, une meilleure coordination et un accompagnement structuré sont ainsi indispensables pour améliorer l’efficacité de la prise en charge et répondre aux enjeux de santé publique liés au tabac.
Le SPF Santé Publique a par ailleurs décidé de mettre en pratique ces recommandations en allouant un budget de plus de 2 millions d’euros au développement d’un projet pilote dans 12 hôpitaux belges. L’objectif est de faire de chaque contact ou séjour hospitalier une opportunité pour les professionnels de santé d’aborder l’arrêt du tabac avec les personnes qui fument et d’assurer un suivi après leur sortie.
La Fondation contre le Cancer a salué cette initiative et espère qu’elle ouvrira la voie à un renforcement durable des moyens consacrés à la prise en charge de la dépendance tabagique.
AD
[1]Jurgen Minnebo, Wouter Samyn, Accompagnement au sevrage tabagique dans les soins de santé en Belgique – Rapport d’étude, Fondation contre le cancer, publié le 11 décembre 2025, consulté le même jour
[2]Fondation contre le cancer, Sensibliser et interdire, cela ne suffit plus !, publié le 11 décembre 2025, consulté le même jour