Un programme australien de prévention du vapotage à l’école réduit de 65 % l’usage chez les adolescents
13 août 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 août 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Un programme de prévention du vapotage mené dans les écoles australiennes a permis de réduire de 65 % l’usage des cigarettes électroniques chez les adolescents, selon une étude publiée par The Lancet Public Health[1] en juillet 2025. Développé par la fondation Cancer Council Victoria en partenariat avec le ministère fédéral de la Santé, le programme repose sur des outils pédagogiques interactifs, des ressources en ligne et des séances d’information destinées aux élèves, aux enseignants et aux familles. Ce résultat, salué par le gouvernement australien, intervient dans un contexte de forte prévalence du vapotage chez les jeunes et pourrait inspirer d’autres pays.
L’étude a été conduite dans plus de 400 établissements scolaires répartis dans les six États australiens. Les chercheurs ont suivi 30 000 élèves âgés de 12 à 17 ans pendant une période de 12 mois. Le programme a été déployé dans la moitié des établissements (groupe intervention), tandis que l’autre moitié servait de groupe témoin. Les indicateurs mesurés incluaient le taux de vapotage au cours des 30 derniers jours, la perception des risques sanitaires liés aux cigarettes électroniques et le niveau de compréhension des stratégies marketing de l’industrie du tabac et de la nicotine. Les données ont été analysées selon un protocole randomisé contrôlé, garantissant la robustesse statistique des résultats.
Des résultats spectaculaires sur le vapotage des jeunes
L’étude met en évidence une réduction relative de 65 % de l’usage de la cigarette électronique chez les adolescents dans les établissements ayant déployé le programme, comparativement aux établissements témoins. Dans le groupe intervention, le taux d’usage actuel (consommation au cours des 30 derniers jours) est passé de 18 % à 6 % en un an, tandis que dans le groupe témoin il n’a reculé que de 19 % à 17 %. Cette baisse s’accompagne d’un recul marqué de plusieurs indicateurs associés à l’initiation et à la progression vers des usages plus réguliers.
Au-delà du seul indicateur de prévalence, les auteurs signalent une diminution de l’expérimentation, qui chute de 31 % à 12 % dans le groupe intervention contre une baisse plus modeste de 30 % à 26 % dans le groupe témoin. De même, la « susceptibilité » à essayer le vapotage (intention déclarée d’essayer, curiosité ou acceptabilité perçue) diminue de 44 % à 20 %, contre seulement 43 % à 39 % chez les élèves témoins. Ces effets, suggestifs d’une action en amont de la trajectoire d’entrée dans le vapotage, sont cohérents avec le positionnement du programme qui combine des contenus factuels, la déconstruction des arguments marketing et le renforcement des compétences psychosociales.
Les marqueurs d’usage intensif évoluent également : la proportion d’élèves vapotant plus de 10 jours par mois est divisée par trois dans le groupe intervention (9 % à 3 %) alors qu’elle reste quasi stable chez les témoins (8 % à 7 %). Le vapotage sur le temps scolaire diminue de 11 % à 4 %, contre 10 % à 9 % dans le groupe témoin. Ces tendances montrent que le programme ne se limite pas à prévenir l’initiation mais freine aussi la consolidation des usages chez les adolescents déjà expérimentateurs.
De manière complémentaire, les mesures relatives aux perceptions de risque progressent fortement : 80 % des élèves du groupe intervention considèrent désormais le vapotage comme dangereux, contre 62 % avant l’intervention, alors que ce taux n’augmente que de 63 % à 66 % dans le groupe témoin. La compréhension des stratégies marketing de l’industrie progresse de 38 % à 72 %, preuve d’une meilleure littératie en santé et d’une plus grande capacité à identifier les techniques de normalisation du vapotage.
Enfin, l’intervention montre une bonne faisabilité en contexte scolaire : 87 % des enseignants des établissements concernés ont intégré au moins deux modules pédagogiques dans leurs cours, et 92 % d’entre eux estiment que les outils fournis sont adaptés et faciles à utiliser. Les retours qualitatifs recueillis par les auteurs font état d’une adhésion élevée des enseignants et d’une réception positive des élèves, notamment lorsque les contenus sont interactifs et contextualisés.
Une mobilisation intersectorielle et un modèle à renforcer
Le programme s’appuie sur un partenariat étroit entre le secteur éducatif et les autorités sanitaires. Des outils interactifs – quiz, vidéos et modules numériques – ont été intégrés dans les cours de sciences et d’éducation à la santé, tandis que des sessions de formation ont été proposées aux enseignants et des réunions d’information organisées avec les parents. Cette approche globale, associant élèves, équipes éducatives et familles, a été citée par le ministre de la Santé Mark Butler comme un « modèle de mobilisation intersectorielle en santé publique »[2].
Les résultats obtenus en Australie pourraient inspirer d’autres pays, sous réserve d’adaptations culturelles et linguistiques. Les auteurs de l’étude rappellent toutefois que la réussite du programme repose sur un financement pérenne et sur un environnement réglementaire restrictif concernant l’accès aux cigarettes électroniques et la publicité qui les cible. Si l’intervention a montré une efficacité significative sur le vapotage, les cigarettes électroniques demeurent largement accessibles sur le marché et les stratégies marketing de l’industrie continuent de cibler les jeunes par le biais des réseaux sociaux et de la diversification des arômes.
Cette étude confirme néanmoins qu’un investissement dans l’éducation précoce, combiné à des politiques de régulation ambitieuses – interdiction de la publicité, contrôle strict de la vente en ligne et hors ligne, taxation dissuasive – constitue un levier puissant pour réduire l’initiation des adolescents aux produits nicotinés. Selon les auteurs, ces interventions intégrées offrent des bénéfices complémentaires : elles contribuent à renforcer la littératie en santé, à dénormaliser le vapotage et à réduire les inégalités sociales de santé en atteignant un large public scolaire.
Les experts soulignent cependant qu’un programme éducatif, aussi robuste soit-il, ne peut à lui seul enrayer le phénomène : il doit s’inscrire dans un plan global incluant des mesures structurelles. Le contexte australien, où la vente de cigarettes électroniques sans prescription médicale est interdite, a probablement amplifié les effets du programme. Les pays où le marché des e‑cigarettes reste plus permissif devront envisager des ajustements complémentaires pour obtenir des résultats comparables.
AE
[1] The OurFutures Vaping eHealth intervention to prevent e-cigarette use among adolescent students in Australia: a cluster randomised controlled trial Gardner, Lauren A et al. The Lancet Public Health, Volume 10, Issue 8, e682 - e692
[2] Communiqué, School program prevents teen vaping, ministère de la santé australien, Publié le 29 juillet 2025, consulté le 30 juillet 2025
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