Traité plastique : le CNCT et Surfrider Europe plaident pour l’élimination des filtres de cigarette

2 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 1 août 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Traité plastique : le CNCT et Surfrider Europe plaident pour l’élimination des filtres de cigarette

À l’occasion de la cinquième session des négociations internationales sur la pollution plastique (INC-5.2) qui se tiendra à Genève du 5 au 14 août, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) et Surfrider Foundation Europe appellent à l’interdiction des filtres de cigarettes dans le futur traité mondial. Soutenus par la coalition Stop Tobacco Pollution Alliance (STPA), ils alertent sur la dangerosité environnementale et sanitaire de ces déchets plastiques toxiques et sur les fausses solutions promues par l’industrie du tabac[1].

Surfrider Foundation Europe accompagne ces recommandations d’une campagne digitale de mobilisation citoyenne. À travers la plateforme Chili, les citoyens européens sont invités à interpeller leurs représentants nationaux afin de les inciter à soutenir l’interdiction des filtres de cigarette dans le traité. Cette démarche vise à renforcer la pression démocratique sur les États membres de l’Union européenne, dans un contexte où les arbitrages politiques seront décisifs pour la robustesse des mesures adoptées.

Les filtres de cigarette : un déchet plastique toxique et omniprésent

Chaque année, plus de 4 500 milliards de filtres de cigarette sont jetés dans l’environnement. Ce chiffre fait des mégots le premier déchet plastique au monde en nombre d’unités. Composés d’acétate de cellulose, un polymère dérivé du plastique, ces filtres ne sont pas biodégradables. Exposés aux éléments, ils se fragmentent en microplastiques persistants, tout en relarguant dans l’environnement plus de quarante substances toxiques, dont des métaux lourds, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et de la nicotine résiduelle.

Les impacts sur les écosystèmes aquatiques sont documentés : un seul mégot peut contaminer jusqu’à 1 000 litres d’eau, et plusieurs études démontrent des effets létaux sur la faune marine exposée à ces résidus. Malgré leur omniprésence, les filtres de cigarette ne présentent aucun bénéfice sanitaire prouvé pour les fumeurs. Leur seule fonction est marketing : entretenir l’illusion d’un produit moins nocif, ce qui contribue à la persistance du tabagisme.

Le recyclage des mégots : une impasse technique, environnementale et politique

Face aux appels croissants à l’interdiction des filtres, l’industrie du tabac promeut des dispositifs de recyclage qui ne résistent pas à l’examen. Les procédés existants, encore très marginaux, sont techniquement complexes, extrêmement énergivores et peu adaptés aux contextes des pays à revenu faible ou intermédiaire. En outre, les produits issus de ces filières présentent une toxicité résiduelle non maîtrisée et une valeur ajoutée marginale.

Ces initiatives entretiennent l’idée d’une solution technologique viable, alors qu’elles contribuent surtout à la stratégie de « légitimation environnementale » de l’industrie. Le système français de responsabilité élargie du producteur (REP), mis en œuvre via l’éco-organisme Alcome, en est une illustration concrète : financé et gouverné par les fabricants, ce dispositif concentre ses actions sur le ramassage et la sensibilisation, sans réelle contrainte sur la conception des produits ni objectif de réduction à la source. En conférant à l’industrie un rôle actif dans la gestion de sa propre pollution, ce modèle contrevient aux principes fondamentaux de santé publique et de prévention.

Les filtres « biodégradables » : une solution illusoire aux effets délétères

De plus en plus d’acteurs de l’industrie tabac présentent des filtres dits « biodégradables » comme une alternative écologique aux filtres plastiques classiques. Or, ces produits ne se décomposent pas naturellement dans l’environnement, en l’absence de conditions industrielles spécifiques. Ils continuent par ailleurs de relâcher les mêmes substances toxiques que les filtres traditionnels.

En renforçant l’illusion d’une cigarette « plus propre », ces filtres contribuent à banaliser le geste de jet dans l’espace public et à entretenir des perceptions erronées sur la dangerosité du produit. Leur mise sur le marché constitue une stratégie de désinformation environnementale qui complexifie la mise en œuvre de politiques de réduction à la source.

Des recommandations alignées avec les engagements sanitaires et environnementaux

Dans le cadre des négociations INC-5.2, le CNCT, Surfrider Foundation Europe et la coalition STPA appellent à l’adoption de dispositions claires et contraignantes pour inscrire les filtres de cigarette parmi les produits à éliminer à la source dans le futur traité mondial. Ces recommandations comprennent :

  • L’inscription explicite des filtres dans l’annexe Y du traité, sans restriction à leur composition plastique ;
  • Le rejet de toutes les mesures de substitution ou de recyclage présentées comme « solutions » par l’industrie ;
  • L’inclusion d’une clause de compatibilité juridique entre le traité plastique et la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), afin de garantir la cohérence avec les engagements internationaux existants en matière de santé publique.

Cette articulation entre objectifs sanitaires et environnementaux est essentielle pour prévenir les conflits d’interprétation et assurer l’exclusion des acteurs industriels des processus de décision. Le futur traité représente une opportunité unique d’éliminer un déchet évitable, toxique et sans utilité sociale.

Une négociation sous pression : l’influence croissante des lobbys industriels

La session INC-5.2 s’ouvre dans un climat de méfiance renforcé à l’égard de l’influence croissante des industries concernées par le traité. Selon une enquête récente publiée par The Guardian[2], plus de 190 représentants des secteurs du plastique, du pétrole et du tabac ont obtenu un accès officiel à la précédente session des négociations, un nombre supérieur à celui de nombreuses délégations d’États.

Cette situation compromet l’intégrité des discussions et met en lumière la capacité de ces industries à influencer la formulation des articles du traité, notamment en insistant sur des approches techniques ou volontaires peu contraignantes. Les ONG engagées dans la défense de l’environnement et de la santé publique alertent sur les risques d’affaiblissement du texte final si ces pressions ne sont pas contrées par une gouvernance rigoureuse et fondée sur des preuves scientifiques.

Dans ce contexte, l’appel à inscrire une clause de compatibilité avec la CCLAT prend une dimension stratégique : elle permettrait de limiter l’accès des industriels aux négociations et de préserver l’ambition du traité face aux tentatives d’ingérence.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, À l’INC-5.2, le CNCT et Surfrider plaident pour une interdiction mondiale des filtres de cigarette, CNCT, publié le 1er août 2025, consulté le jour-même

[2] Damian Carrington, ‘Total infiltration’: How plastics industry swamped vital global treaty talks, The Guardian, publié le 23 juillet 2025, consulté le 1er août 2025

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