Tabac, vape, alcool : les achats client mystère pour protéger les mineurs restent sous-utilisés en Europe
12 octobre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 octobre 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Une étude publiée dans l’European Journal of Public Health analyse le recours aux « achats mystères » pour vérifier le respect des interdictions de vente de tabac, de produits nicotiniques et d’alcool aux mineurs[1]. Cette méthode consiste à demander à des mineurs ou à de jeunes adultes ayant une apparence juvénile de tenter d’acheter ces produits afin d’évaluer les pratiques des points de vente. L’enquête, menée dans le cadre du projet européen JAPreventNCD, s’appuie sur les réponses recueillies auprès de 39 personnes dans 30 pays européens. Parmi ces pays, 20, soit 67 %, avaient déjà eu recours à cette méthode pour les produits du tabac, de la nicotine ou les boissons alcoolisées. Dans 15 pays sur 28, les achats mystères étaient explicitement reconnus par la législation comme un moyen de contrôler le respect des interdictions de vente aux mineurs.
Une pratique surtout organisée dans les points de vente physiques
Dans 14 des 20 pays concernés, les achats mystères étaient réalisés de manière régulière ou périodique. Ils étaient menés à l’échelle nationale dans 12 pays. Les autorités locales ou régionales ainsi que les organismes publics chargés du contrôle figuraient parmi les principaux responsables de leur organisation. Les contrôles portaient principalement sur les points de vente physiques. Les contrôles relatifs aux achats en ligne demeuraient rares : seuls quatre pays déclaraient avoir réalisé des opérations de ce type, essentiellement pour les boissons alcoolisées et, dans un cas, pour les produits du tabac ou de la nicotine. Les auteurs estiment que cette faible couverture constitue une limite importante, alors que les jeunes utilisent de plus en plus les canaux de vente numériques.
Les cigarettes manufacturées étaient les produits les plus fréquemment testés, suivies des cigarettes électroniques et des liquides contenant de la nicotine. Les opérations incluaient également, selon les pays, le tabac à rouler, les cigares et cigarillos, les produits du tabac chauffé, les cigarettes électroniques sans nicotine, le narguilé, le tabac chauffé et les sachets de nicotine.
Des taux de non-respect de l’interdiction de vente aux mineurs parfois élevés
Les résultats disponibles faisaient apparaître des niveaux de non-respect variables selon les pays et les catégories de produits. Pour les dernières opérations étudiées, les violations des interdictions de vente pouvaient atteindre 70 % pour les produits du tabac et de la nicotine et 80 % pour les boissons alcoolisées. Les données publiées dans différents travaux européens font état de taux de non-conformité compris entre 5 % et 94 % pour les produits du tabac, entre 39 % et 90 % pour les boissons alcoolisées, et autour des deux tiers pour les nouveaux produits nicotiniques. Les auteurs soulignent toutefois que les comparaisons entre pays doivent être interprétées avec prudence. Les méthodes utilisées, les produits sélectionnés, les profils des clients mystères et les points de vente ciblés varient fortement. Dans certains cas, les commerces sont choisis en fonction d’infractions antérieures, d’un risque supposé de non-respect de la réglementation ou de leur fréquentation par des jeunes.
Selon l’étude, les contrôles réguliers peuvent contribuer à améliorer le respect des limites d’âge, notamment lorsqu’ils sont associés à des actions d’information, de formation des commerçants, de retour d’expérience ou de mobilisation locale mais aussi de sanctions pour prévenir la récidive.
La nécessité d’harmoniser le protocole de contrôle
Dans la majorité des pays étudiés, les clients mystères étaient des mineurs, généralement âgés de 16 ou 17 ans. Certains dispositifs ont toutefois fait appel à de jeunes adultes ayant une apparence juvénile. La participation à des procédures judiciaires a également été rapportée. La plupart des pays disposaient de recommandations ou de règles éthiques encadrant les opérations. Cependant, les ressources humaines et financières nécessaires à leur maintien n’étaient pas toujours garanties. Les produits achetés étaient généralement détruits, même s’ils pouvaient temporairement être conservés à des fins de recherche ou comme éléments de preuve.
Les chercheurs plaident pour l’élaboration de protocoles communs, durables et respectueux des principes éthiques. Une harmonisation des méthodes permettrait de mieux comparer les résultats entre pays, de partager les pratiques les plus efficaces et d’intégrer davantage les ventes en ligne dans les contrôles.
Les achats mystères, seule méthode fiable pour mesurer l’effectivité et un levier clé pour une génération sans tabac
Les enquêtes déclaratives auprès des buralistes, les contrôles administratifs classiques ou les sondages d’opinion ne permettent pas de mesurer avec fiabilité le respect réel de l’interdiction de vente de tabac et de produits nicotiniques aux mineurs ou celle de la vente d’alcool ou de jeux d’argent. Seule la technique du « client mystère » offre une mesure directe de l’effectivité de la loi, en observant ce qui se passe concrètement au comptoir lorsque des jeunes tentent d’acheter ces produits. C’est d’ailleurs sur cette méthode que s’appuient les pays et territoires affichant les meilleurs taux de conformité. Aux États-Unis, où la Food and Drug Administration (FDA) coordonne chaque année environ 136 000 inspections de ce type, le taux de respect de l’interdiction de vente aux mineurs se situe autour de 90 %. Les résultats de ces contrôles, ainsi que les sanctions prononcées, sont publiés sur un portail dédié, renforçant la transparence et l’effet dissuasif. Au Québec, le ministère de la Santé mène depuis plus de deux décennies des « inspections pièges » régulières dans les dépanneurs, épiceries et autres points de vente de tabac, en faisant appel à des inspecteurs mineurs qui tentent d’acheter des cigarettes. En 2023, sur 1 760 visites de ce type, seulement 61 commerces ont été pris en défaut, soit un taux de conformité de 96,6 %, le plus élevé depuis le lancement du programme en 2001. L’année suivante, avec 2 160 inspections, le taux de conformité s’est établi à 96 %.
Ces exemples montrent que l’objectif d’une conformité supérieure à 90 % n’est pas théorique : il est atteint là où les achats mystères sont systématisés, dans des proportions suffisantes et intégrés dans une stratégie plus large d’information, de feedback aux commerçants et de sanctions en cas d’acceptation de la vente.
Cette exigence de contrôles effectifs devient encore plus cruciale dans la perspective d’une « génération sans tabac ». La . Dans ce scénario, le respect de l’interdiction de vente aux mineurs constitue le socle sur lequel se construira l’interdiction générationnelle. Si les contrôles restent insuffisants et que les ventes aux moins de 18 ans demeurent fréquentes, l’effectivité de la mesure risque d’être compromise. Les promoteurs du texte soulignent d’ailleurs que son application nécessitera un renforcement net des contrôles et des amendes à l’encontre des débitants, identifiés comme le maillon faible actuellement du dispositif.
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[1]Koprivnikar H. et alii., Mystery shopping of tobacco, nicotine and alcohol products in 20 European countries: a cross-sectional study in the JAPreventNCD project, European Journal of Public Health, Volume 36, Issue 5, October 2026, publié le 12 septembre 2026, consulté le 2 octobre 2026