Des avertissements sanitaires apposés directement sur les produits de vapotage pourraient en réduire l’attrait

8 novembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Des avertissements sanitaires apposés directement sur les produits de vapotage pourraient en réduire l’attrait

Une étude canadienne menée en Alberta, en Ontario et au Québec suggère que les avertissements sanitaires imprimés directement sur les produits de nicotine, et pas seulement sur leur emballage, pourraient réduire l’envie d’essayer ou d’acheter des cigarettes électroniques et des cigarettes. L’augmentation des prix aurait également un effet dissuasif, tandis que l’emballage neutre des capsules de vapotage ("vape pods") aurait dans cette étude peu d’impact[1].

Une expérience mesurant l’effet de mesures sur l’attrait pour les produits du tabac et autres produits de la nicotine

Les chercheurs ont interrogé 1 839 jeunes non-utilisateurs de cigarettes (dont 7 % fument actuellement des cigarettes classiques), âgés de 16 à 29 ans, et 1 122 utilisateurs de cigarettes électroniques (dont la moitié sont vapo-fumeurs, à savoir fument aussi des cigarettes classiques) ayant vapoté au cours des 30 jours précédant l’enquête. Les participants devaient choisir entre des capsules de vapotage JUUL, des bâtonnets de tabac chauffé IQOS et des cigarettes classiques du Maurier, en fonction de quatre caractéristiques : présence ou non d’une mise en garde sur le produit, emballage neutre des capsules, information sur la concentration de nicotine et prix.

L’étude reposait sur une expérience de choix discrets, une méthode qui mesure les préférences déclarées à partir de scénarios hypothétiques. Les répondants indiquaient notamment le produit qu’ils seraient le plus susceptible d’acheter, ou d’essayer pour les non-utilisateurs, ainsi que celui qui leur paraissait présenter le risque le plus faible pour la santé. Les prix testés correspondaient aux prix courants, puis à des hausses de 20 % et de 40 %. Pour les capsules de vapotage, la concentration de nicotine variait entre 1,5 % et 5 %.

Les avertissements sanitaires produisent l’effet dissuasif le plus net

Dans l’état actuel des produits sans nouvelle mesure, la probabilité prédite qu’un jeune non-utilisateur choisisse « aucun produit » était de 0,50. Lorsqu’une mise en garde était apposée sur les trois types de produits, cette probabilité montait à 0,65, soit une hausse de 15 points.

Chez les utilisateurs de cigarettes électroniques, la probabilité prédite de choisir « aucun produit » passait de 0,10 à 0,18 dans le même scénario. Les auteurs soulignent que l’effet était plus important lorsque les avertissements figuraient simultanément sur les trois produits, ce qui suggère une action synergique.

Les mises en garde ont aussi modifié la perception des risques. Elles ont réduit la probabilité prédite que les répondants considèrent les cigarettes électroniques comme l’option la moins risquée, sans pour autant augmenter leur attrait pour le tabac chauffé ou les cigarettes.

Le prix et la concentration de nicotine pèsent aussi sur les choix

L’augmentation du prix des capsules de vapotage de 40 % a réduit de sept points la probabilité prédite que les utilisateurs les choisissent, la faisant passer de 0,55 à 0,48. Cette hausse isolée a légèrement accru l’attrait des bâtonnets de tabac chauffé et des cigarettes, mais les effets de substitution restent limités. Lorsque les prix des trois produits augmentent simultanément de 40 %, ces effets de substitution deviennent négligeables : la probabilité prédite de choisir « aucun produit » augmente de deux points, passant de 0,10 à 0,12, tandis que les préférences pour les cigarettes diminuent légèrement.

La baisse de la concentration de nicotine dans les capsules semble augmenter leur attrait : chez les non-utilisateurs, la probabilité prédite de choisir ce produit est passée de 0,37 à 0,42. Les utilisateurs de cigarettes électroniques ont également exprimé une préférence pour les capsules à plus faible teneur en nicotine.

L’emballage neutre des capsules de vapotage n’a toutefois pas modifié de manière majeure les intentions d’achat ou d’essai.

Les résultats étaient globalement similaires selon la province, le sexe, le revenu du ménage et l’âge. En revanche, le profil d’usage faisait une différence : contrairement aux utilisateurs exclusifs de cigarettes électroniques, les vapo-fumeurs ne préféraient pas les capsules à faible teneur en nicotine et présentaient des effets de substitution plus marqués lorsque le prix d’un produit augmentait.

Des recommandations pour les politiques de santé publique nationale et internationale

Les auteurs mettent ainsi une fois de plus en lumière le fait que les stratégies combinées de mesures agissent en synergie. Celles-ci semblent les plus efficaces de façon préventive chez les jeunes non-utilisateurs. Leur efficacité est plus limitée chez ceux qui vapotent déjà, et en particulier les vapo-fumeurs.

Les auteurs estiment que leurs résultats apportent un soutien supplémentaire à l’instauration d’avertissements sanitaires directement sur les produits, et pas seulement sur leurs emballages. Selon eux, cette mesure pourrait réduire l’expérimentation et l’usage des cigarettes électroniques, du tabac chauffé et des cigarettes classiques, à condition d’être appliquée à l’ensemble des produits à nicotine. Ils recommandent toutefois de ne pas considérer les avertissements comme la seule solution. Les chercheurs recommandent notamment de les accompagner de campagnes d’information en prenant en compte les caractéristiques de chaque produit.

Sur le plan fiscal, l’étude soutient une hausse des prix de l’ensemble des produits à nicotine, et en particulier des cigarettes classiques. Les auteurs notent que l'augmentation du prix des cigarettes de tabac n'a pas accru la préférence pour les capsules de vapotage ou le tabac chauffé.

Enfin, la préférence exprimée pour les capsules à faible teneur en nicotine amène les chercheurs à s’interroger sur l’efficacité de la limite canadienne de 20 mg/mL, en vigueur depuis 2021. Selon eux, cette réglementation n’a peut-être pas suffi à réduire l’usage des cigarettes électroniques : si les utilisateurs préfèrent les concentrations les plus faibles, limiter la nicotine à ce seuil ne semble pas avoir découragé le vapotage. Les auteurs estiment donc que d’autres mesures devraient être envisagées pour compléter cette politique.

Les chercheurs rappellent plusieurs limites de leurs travaux : l’enquête a été réalisée auprès d’un panel en ligne, les choix étaient hypothétiques et le choix d’« aucun produit » ne signifie pas nécessairement une volonté d’arrêter définitivement de fumer ou de vapoter. Les résultats doivent donc être interprétés comme des indicateurs de préférences et d’intentions, non comme la mesure directe de comportements réels.

Cette étude est néanmoins révélatrice des préoccupations liées à la consommation des produits du tabac et autres produits à la nicotine chez les jeunes partout dans le monde. Au sein de l’Union européenne, un appel a été lancé le 7 octobre 2026 par la commission Santé du Parlement européen en faveur d’un encadrement renforcé de ces nouveaux produits nicotiniques. Les deux travaux convergent en effet sur l’idée que la protection des jeunes exige des mesures portant entre autres et simultanément sur l’information, la composition des produits et leur prix. L’étude montre tout particulièrement que des mises en garde sanitaires apposées directement sur les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et les cigarettes pourraient dissuader tout achat ou essai, tandis que des prix plus élevés réduisent l’accessibilité des produits, en particulier dans cette étude pour les capsules de vapotage.

©Génération Sans Tabac

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[1]Guindon G.E., Mentzakis E., Buckley N.J. et al., E-cigarette, heated tobacco, and cigarette preferences among Canadian e-cigarette users and nonusers: A discrete choice experiment, Canadian Journal of Public Health, publié le 29 octobre 2026, consulté le 2 novembre 2026

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