Nouvelle-Zélande : Philip Morris contraint de retirer son dispositif IQOS de la vente

4 octobre 2024

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 3 octobre 2024

Temps de lecture : 5 minutes

Nouvelle-Zélande : Philip Morris contraint de retirer son dispositif IQOS de la vente

Guidé par l’industrie du tabac, le plan de la ministre de la santé Casey Costello visant à encourager les gens à passer aux produits du tabac chauffé en Nouvelle-Zélande pour parvenir à une génération sans tabac à l’horizon 2025 a rencontré un obstacle majeur, le seul fournisseur Philip Morris ayant été contraint de retirer son appareil de tabac chauffé IQOS de la vente dans le pays[1].

En juillet dernier, C. Costello a réduit de 50 % les droits d'accise sur les produits du tabac à chauffer, induisant un manque à gagner fiscal de 216 millions de dollars australiens. La mesure a été présentée en vue d'encourager les fumeurs à opter pour ces produits comme « alternative au tabac ».

Retrait de la vente des dispositifs de tabac chauffé IQOS

En Nouvelle-Zélande, contrairement à la France, l'appareil IQOS est classifié comme un dispositif de vapotage et a été soumis à la réglementation du gouvernement travailliste néo-zélandais qui oblige ces appareils à avoir des batteries amovibles et des mécanismes de sécurité pour les enfants. Cette réglementation est entrée en vigueur le 1er octobre dernier. Philip Morris a ainsi dû retirer de la vente son produit tabac chauffé mais aussi de vapotage, le VEEV ONE, parce que ces produits ne sont pas conformes à la nouvelle réglementation.

Des documents montrent que C. Costello a essayé de différer l’application de cette réglementation de deux ans. Mais le Cabinet n'a accepté qu'un délai de six mois par rapport à la date initialement prévue du 21 mars 2024. Dans son argumentation en faveur d'un report, Mme Costello a fait référence aux difficultés que les acteurs internationaux de l'industrie de la nicotine pourraient rencontrer avec la réglementation.

« Il est probable que les dispositifs de vapotage de meilleure qualité utilisés par les anciens fumeurs adultes ne seront bientôt plus disponibles au niveau national, car les fabricants haut de gamme qui s'adressent aux marchés internationaux risquent de ne pas produire de modèles spécifiques à la Nouvelle-Zélande », a-t-elle écrit.

Le discours de C. Costello reprend mot à mot celui de Philip Morris

Costello affirme que le tabac chauffé présente un « profil de risque similaire à celui des vapes », mais les études publiques indépendantes soulignent l’existence de preuves selon lesquelles la consommation de tabac chauffé est plus nocive que le vapotage et qu'il n'existe aucune preuve de l’efficacité du tabac chauffé pour le sevrage tabagique.

Costello affirme qu'elle a obtenu son propre « avis indépendant sur l'efficacité du tabac chauffé en tant qu'outil de sevrage tabagique », mais elle a refusé d'être interrogée à ce sujet. Elle a en outre été dans l’incapacité de fournir les sources permettant d’appuyer ses propos. Le médiateur en chef de la Nouvelle-Zélande, Peter Boshier, s’est du reste inquiété du fait que la ministre déléguée n'ait pas été en mesure de produire de documents concernant la provenance des notes et a ouvert une enquête à ce sujet[2].

Les produits du tabac chauffé et les cigarettes électroniques sont souvent confondus dans le grand public et dans les médias. Cette confusion est délibérément recherchée et entretenue par Philip Morris. La communication de Philip Morris affirme que l'IQOS et le VEEV (vapotage) « réduisent de 95% en moyenne les composants nocifs générés par rapport à la fumée de cigarette », ce qui implique que les produits de vapotage et le tabac chauffé ont des profils de risque très similaires. De plus, le cigarettier commercialise ses dispositifs de tabac chauffé et ses produits du vapotage sous une appellation commune de « produits sans combustion ».  Cet argument marketing est un moyen pour Philip Morris d’améliorer son image auprès de l’opinion et des décideurs publics voire de se présenter comme un acteur engagé en faveur de la santé. Cette communication commune induit le consommateur en erreur lequel croit consommer un produit équivalent (tabac à chauffer et cigarette électronique) en termes de risques sur la santé.

Cette confusion est renforcée par le fait qu’en Nouvelle-Zélande, les dispositifs IQOS sont vendus dans les enseignes de vapotage. En dépit de l’entrée en vigueur de la réglementation, une opération de visites mystère menée par le groupe de bénévoles Vape-Free Kids NZ[3] a pointé plus de 20 magasins d'Auckland, de Wellington et de Christchurch qui continuaient à vendre des dispositifs de tabac chauffé IQOS. Selon vape-free kids NZ, de nombreux détaillants visités ont affirmé ne pas savoir que les appareils ne pouvaient plus être mis en vente du fait de la réglementation en vigueur. Certains attendaient même de nouvelles livraisons de produits IQOS ; d'autres ont déclaré qu'ils n'avaient reçu aucune information leur demandant d'arrêter la vente ou de renvoyer les appareils à leurs fournisseurs.

Costello continue d’affirmer qu’elle n’a aucun lien avec l'industrie du tabac et que cette dernière n'influence nullement ses décisions. Deux personnes ayant occupé des postes à responsabilité au sein de son parti politique travaillent aujourd'hui pour Philip Morris dans le domaine des affaires générales et de la communication.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Guyon Espiner, Casey Costello’s tobacco tax cut plan stalled as device pulled from shelves, RNZ, publié le 2 octobre 2024, consulté le jour-même

[2] Génération sans tabac, Nouvelle-Zélande : l’objectif Smokefree 2025 ne sera probablement pas atteint, publié le 29 septembre 2024, consulté le 2 octobre 2024

[3] Adam Burns, Vape stores caught selling non-compliant Heated Tobacco Products, RNZ, publié le 2 octobre 2024, consulté le jour-même

Comité national contre le tabagisme |

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