L’Uruguay interdit les cigarettes électroniques jetables
11 juin 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 10 juin 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Le gouvernement uruguayen de Yamandú Orsi a officiellement interdit depuis mai 2025 la vente, l’importation et l’enregistrement par les entreprises des e-cigarettes jetables, et devrait rendre applicable le paquet neutre pour les produits du tabac, confortant le rôle de pionnier du pays en matière de santé publique dans la région[1].
Une mesure de prévention face à de nouvelles formes de dépendance
Les cigarettes électroniques ont été démontrées comme pouvant aider à arrêter de fumer dans le cadre défini de protocoles de recherche clinique bien conduits. En même temps, elles sont une source d’entrée des jeunes dans l’addiction à la nicotine voire la consommation de tabac. Enfin, leur consommation chronique a des effets délétères, en particulier sur la santé respiratoire et cardio-vasculaire de leurs usagers.
Les données collectées dans les écoles uruguayennes montrent une tendance à la baisse de la consommation de nicotine via les cigarettes de tabac classiques mais une forte hausse de l’utilisation d’e-cigarettes aromatisées, en particulier depuis leur apparition dans les commerces de proximité. 9,9 % des jeunes de 13 à 15 ans ont utilisé des cigarettes électroniques au cours du mois précédant l’enquête.
Depuis 2022, plusieurs pays d’Amérique latine et centrale, dont le Brésil, le Mexique, l’Argentine et le Venezuela, ont également restreint ou interdit le commerce des e-cigarettes jetables. Selon une enquête de l’Organisation mondiale de la santé réalisée en 2023, l’usage de l’e-cigarette chez les adolescents dépasse désormais celui des adultes dans certaines capitales de la région, remettant en cause les progrès réalisés dans la lutte contre le tabagisme.
Selon l’épidémiologiste Luis Raimondi, cette évolution compromet les gains obtenus au fil des années dans la lutte antitabac, le tabac continuant à peser lourdement dans le pays avec 18 personnes qui en meurent chaque jour prématurément.
L’Organisation panaméricaine de la santé évoque un phénomène de « passerelle », selon lequel les jeunes utilisateurs d’e-cigarettes migreraient ensuite vers des cigarettes traditionnelles. C’est dans cette optique que le gouvernement uruguayen souhaite restreindre l’accès à ces produits, considérés comme une porte d’entrée vers la dépendance nicotinique.
La ministre de la Santé, Cristina Lustemberg, a donc annoncé l’interdiction de l’importation, de la vente, de la publicité et même de l’usage des cigarettes électroniques jetables, y compris dans des lieux isolés. Elle les décrit comme « un piège élégant » visant particulièrement les jeunes.
Des campagnes éducatives sont en préparation ainsi que des programmes pilotes pour récupérer les appareils usagés. Parallèlement, certaines entreprises développent des alternatives qu’elles affirment plus durables : des dispositifs rechargeables avec coques en bioplastique et batteries amovibles sont en phase de test au Brésil et au Mexique. L’Uruguay et d’autres pays de la région envisagent également une coordination au sein du MERCOSUR pour harmoniser les réglementations et limiter les circuits illicites.
Des conséquences environnementales croissantes
Au-delà des questions de santé, les autorités uruguayennes soulignent également l’impact écologique des e-cigarettes jetables. Chaque appareil contient une batterie au lithium, des composants électroniques, ainsi que des liquides à base de nicotine et de propylène glycol. D’après des estimations de l’Organisation panaméricaine de la santé, 120 millions d’e-cigarettes à usage unique ont été jetées en Amérique latine en 2024, représentant une quantité importante de lithium non recyclé.
Ces déchets posent des risques pour les systèmes de gestion des déchets et pour l’environnement. Une fois écrasées dans les décharges, les batteries peuvent provoquer des incendies. En milieu marin, les embouts en plastique sont souvent confondus avec des proies naturelles. L’organisation uruguayenne Océano Vivo a recensé, depuis janvier 2025, 17 cas de tortues marines échouées après ingestion de fragments d’e-cigarettes contenant des résidus de nicotine.
Le recyclage de ces dispositifs reste complexe, car les e-cigarettes sont généralement scellées pour des raisons de coût, rendant leur démantèlement difficile pour les infrastructures locales. Pour les autorités, l’interdiction vise donc aussi à freiner à la source une pollution croissante, en complément des efforts pour gérer les déchets déjà présents dans les écosystèmes.
L'Uruguay, précurseur dans la lutte antitabac et anti-vapotage
Ce n’est pas la première fois que le pays se positionne en précurseur. Depuis la ratification de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2005 par le pays, l'Uruguay a mis en œuvre des interdictions de fumer dès 2006, véritable pionnier dans la région. Le pays a également adopté une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage, ainsi que la prise en charge du sevrage tabagique en soins primaires. Le pays s’est distingué au début des années 2010 par l’adoption de larges avertissements sanitaires sur les conditionnements associés à l’impossibilité pour les fabricants de décliner leurs marques. Un recours de Philip Morris contre le pays a échoué, ce dernier soutenu par une mobilisation internationale. Cette décision juridique fut importante dans la reconnaissance de la légitimité d’un pays à vouloir défendre ses citoyens face à des intérêts économiques.
Le pays fut aussi le premier pays de la région à adopter le paquet neutre pour les produits du tabac. Cependant l’application de la mesure fut suspendue avec la venue du gouvernement de Lacalle Pou. Mais un recours en justice condamnant la décision de ce gouvernement devrait conduire à rendre la mesure effective.
Enfin parmi les autres pistes envisagées par le pays pour accélérer la lutte antitabac figure, entre autres, une hausse des taxes sur le tabac pour améliorer la santé publique et les finances.
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[1]Latin American Post, Uruguay’s Bold Disposable Vapes Ban Boosts Environmental Awareness, publié le 4 juin 2025, consulté le 5 juin 2025