L’OPS et l’OMS présentent leur stratégie antitabac 2025-2030 pour la région des Amériques

1 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 29 décembre 2025

Temps de lecture : 8 minutes

L’OPS et l’OMS présentent leur stratégie antitabac 2025-2030 pour la région des Amériques

Un nouveau rapport de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) présente une feuille de route à l’horizon 2030 visant à accélérer la mise en œuvre des mesures antitabac les plus efficaces, au-delà des obligations existantes, afin de réduire le tabagisme et les décès prématurés liés aux maladies non transmissibles (MNT) sur le continent américain[1]. Il intègre une approche axée sur l’équité, ciblant les populations vulnérables, et couvre l’ensemble des produits du tabac et de la nicotine. Dans la Région des Amériques, les MNT liées au tabagisme – maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques et diabète – représentent 81 % des décès annuels et le tabagisme cause environ un million de morts chaque année, touchant particulièrement les populations des pays à revenu faible et intermédiaire.

Une stratégie fondée sur des traités et programmes mondiaux éprouvés

Le rapport s’inscrit dans la mise en œuvre de la CCLAT, adoptée en 2003 et entrée en vigueur en 2005, à laquelle 183 États membres de l’OMS sont Parties, et des recommandations de son programme MPOWER : surveiller la consommation de tabac et les politiques de prévention, protéger la population contre la fumée du tabac, offrir une aide à ceux qui veulent arrêter le tabac, mettre en garde contre les dangers du tabagisme, faire respecter l’interdiction de publicité en faveur du tabac, de promotion et de parrainage, et augmenter les taxes sur le tabac. Il s’appuie également sur le Protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac, adopté en 2012 et entré en vigueur en 2018, auquel 72 États membres de l’OMS sont Parties. Des données solides montrent que leur application permet de lutter efficacement contre cette épidémie aux coûts sociaux, économiques et environnementaux élevés.

Il rappelle que le tabagisme demeure la principale cause de mortalité prématurée et évitable dans le monde, et qu’il constitue un facteur de risque majeur des maladies non transmissibles. Selon les estimations de l'OMS, environ 133 millions de fumeurs adultes de 15 ans et plus vivent dans la région des Amériques, soit 11 % des fumeurs adultes mondiaux. La prévalence tabagique des femmes atteint 11,4 % ; elle est plus élevée que la moyenne mondiale de 7,4 %. De plus, il est estimé qu'au moins cinq millions d'adolescents âgés de 13 à 15 ans dans la région consomment une forme ou une autre de tabac.

Le rapport souligne que, malgré une réduction de 16,35 % du nombre de fumeurs entre 2000 et 2022 dans la région, cette baisse reste insuffisante pour atteindre l’objectif qui avait été fixé de réduction de 30 % pour 2025, en particulier dans certains groupes sociaux et chez les jeunes.

Il signale que des progrès mesurables ont été réalisés dans plusieurs pays ces dernières années, tout en rappelant que des écarts importants persistent entre les États en matière de capacités, de ressources et de mise en œuvre effective.

Ainsi, les États-Unis et la République dominicaine font par exemple partie des pays où la mise en œuvre de mesures antitabac est la plus ralentie par les cigarettiers, qui bénéficient encore d’un accès privilégié aux décideurs et de réglementations plus permissives. Au Mexique et au Panama, les cigarettiers ont saisi les tribunaux pour tenter d’annuler les interdictions de cigarettes électroniques et du tabac chauffé, illustrant la stratégie marketing de « réduction des risques » utilisée pour retarder les réglementations, dans un contexte plus large d’offensive mondiale de l’industrie du tabac.

Il vise donc à appuyer les États dans la mise en œuvre de politiques antitabac fondées sur des données probantes, en tenant compte de l’évolution rapide du marché, marquée par l’apparition de nouveaux produits du tabac et de la nicotine.

Un cadre réglementaire qui s’appuie sur les mesures clés de la CCLAT

Le rapport identifie la réglementation des produits comme un levier central de la lutte contre le tabac et les produits connexes. Il couvre l’ensemble des catégories de produits, notamment les produits du tabac stricto sensu, y compris le tabac chauffé, mais aussi les produits du vapotage, comme les cigarettes électroniques avec ou sans nicotine, et d’autres produits nicotiniques émergents.

L'OMS a identifié cinq mesures de la CCLAT reconnues comme particulièrement coûts/efficaces pour prévenir et contrôler les MNT. Ces dispositions peuvent en effet être aisément mises en œuvre même dans des contextes de ressources limitées. Il s’agit plus précisément des hausses de taxe régulières et significatives appliquées à l’ensemble des produits (article 6), le développement des lieux sans tabac, y compris en extérieur (article 8), l’apposition de larges avertissements sanitaires combinés - photo et texte - sur les emballages standardisés en paquets neutres (article 11), l’interdiction de toute forme de publicité, de promotion et parrainage en faveur du tabac quel qu’en soit le support et y compris la communication de type RSE (Entreprise socialement responsable) (article 13) et des mesures relatives à la prise en charge des fumeurs dans l’arrêt du tabac (article 14).

Ces mesures doivent être accompagnées d’une surveillance de l’épidémie tabagique. Le rapport insiste en effet sur la nécessité de renforcer les systèmes de surveillance, la collecte et l’analyse de données, la recherche et l’évaluation régulière des politiques publiques. Les indicateurs de progrès seront collectés tous les deux ans via le rapport mondial de l’OMS, avec une évaluation intermédiaire prévue en 2028 et un rapport final en 2031.

Les auteurs du rapport soulignent en outre que l’absence ou l’insuffisance de réglementation pour certains produits émergents crée des lacunes exploitables par l’industrie, et ils recommandent, en cas d’autorisation de ces produits sur les marchés, d’étendre les cadres réglementaires existants à l’ensemble des produits contenant du tabac ou de la nicotine, indépendamment de leur mode de consommation.

La réduction de la demande passe tout particulièrement par la fiscalité, les prix et le sevrage tabagique

Les auteurs du rapport insistent tout particulièrement sur l’enjeu des politiques fiscales fortes et continues. Selon eux et les enseignements de la littérature internationale, l’augmentation des taxes permet de réduire la demande globale, de prévenir l’initiation, en particulier chez les jeunes, et de diminuer les inégalités sociales de santé. De plus, l’expérience acquise via l’adoption de ces mesures peut avoir un effet d'entraînement sur l’adoption de taxes sur d'autres produits nocifs pour la santé, telles les boissons alcoolisées et sucrées.

La nécessité de systèmes fiscaux simples, reposant sur des taxes spécifiques et suffisamment élevées, afin de limiter les stratégies de contournement de l’industrie du tabac, est requise. Les recommandations concernent spécialement 10 pays avec un objectif de taxation représentant 75 % ou plus du prix de vente final en 2030.

Par ailleurs, le rapport insiste sur l’importance de fournir des services complets de prévention et de sevrage tabagique (ligne téléphonique nationale d'aide au sevrage, offre de services d'aide au sevrage, accessibilité et prise en charge des traitements de substitution nicotinique). Ces services devraient être pleinement intégrés dans les systèmes de santé. De même, l’inclusion du sevrage tabagique dans les soins de santé primaires, la formation des professionnels de santé et l’accès à des traitements fondés sur des preuves scientifiques devraient être systématisés.

Une exigence de coopération internationale et de gouvernance indépendante de l’industrie

Enfin, le rapport met l’accent sur la nécessité pour les pays américains n’ayant pas encore ratifié la CCLAT de le faire. De même, cette incitation concerne les pays de la région n’ayant pas encore ratifié le Protocole de lutte contre le commerce illicite des produits du tabac. À cette recommandation s’ajoute celle de mettre en place des mécanismes de gouvernance efficaces susceptibles de protéger les politiques publiques de toute ingérence de l'industrie du tabac et de ses représentants.

Les auteurs rappellent les caractéristiques de la nouvelle stratégie de l’industrie du tabac qui essaie de redorer son image et de légitimer sa présence dans les sphères de décision politique et économique à travers du greenwashing et des pratiques dites de RSE.

La lutte contre les marchés parallèles constitue également un enjeu sanitaire, fiscal pour la région voire sécuritaire sur le plan international. Les dispositions du Protocole ont vocation à y remédier et seront d’autant plus efficaces qu’un maximum de Pays l’auront ratifié, notamment au sein de la région des Amériques.

©Génération Sans Tabac

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[1]OPS et OMS, Strategy and plan of action to strengthen tobacco control in the Region of the Americas 2025–2030, publié le 22 décembre 2025, consulté le 24 décembre 2025

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