L’OMS appelle à taxer les boissons sucrées et alcoolisées pour améliorer la santé mondiale
19 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 19 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes
Dans de nombreux pays, les boissons sucrées et alcoolisées demeurent peu chères en raison de niveaux de taxation faibles alors que leur consommation est associée à des risques sanitaires majeurs. Cette recommandation de l’OMS s’inscrit plus globalement dans son initiative « 3 d’ici à 2035 » qu’elle a lancée l’année dernière, exhortant tous les États à augmenter durablement le prix des principaux produits nocifs – tabac, alcool et boissons sucrées – afin de réduire leur consommation, renforcer la protection de la santé publique et réduire la charge des systèmes de santé.
L’appel de l’OMS à une réforme fiscale sur les boissons sucrées et alcoolisées pour améliorer la santé mondiale
Dans deux rapports mondiaux récents, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle les gouvernements à renforcer la fiscalité sur les boissons sucrées et alcoolisées, dans un contexte de recul soudain et drastique de l’aide qui a gravement perturbé les systèmes et les services de santé de nombreux pays[1][2].
Les rapports indiquent qu’au moins 116 pays appliquent une taxe sur les boissons sucrées, principalement sur les sodas, mais que de nombreux produits riches en sucre (jus de fruits 100 % purs, boissons lactées sucrées, cafés et thés prêts à boire) échappent encore à ces dispositifs. Leur taxe médiane représente environ 2 % du prix de vente au détail d’un soda sucré classique et ne concerne souvent qu’une petite partie du marché des boissons. « C’est très bas, car si on compare avec la taxe sur les produits du tabac, elle est en moyenne d’environ 50 à 60 % », a précisé Anne-Marie Perucic, l'économiste de l'OMS.
De même, si 97 % des pays taxent les boissons énergisantes, cette situation n’a pas évolué depuis la précédente évaluation mondiale de 2023.
Concernant l’alcool, 167 pays appliquent une taxation et 12 en interdisent totalement la vente. Toutefois, dans la majorité des pays, les taxes n’ont pas été ajustées à l’inflation et à la croissance des revenus, rendant l’alcool progressivement plus abordable financièrement depuis 2022. Le vin reste par ailleurs non taxé dans au moins 25 pays, principalement en Europe.
À l’échelle mondiale, les taxes sur l’alcool et les boissons sucrées restent faibles : les taux d’accise médians s’élèvent à 20,9 % pour la bière et 28,4 % pour les spiritueux. Peu de pays indexent leurs taxes sur l’inflation, ce qui accroît progressivement l’accessibilité de ces produits.
Selon l’OMS, des systèmes fiscaux insuffisamment efficaces contribuent à maintenir ces produits à des prix bas, tandis que les systèmes de santé font face à une augmentation des maladies non transmissibles (MNT) et des complications de santé, en particulier chez les enfants et les jeunes adultes, notamment l’obésité, l’hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires, certains cancers, ainsi que des caries ou de l'ostéoporose.
Par ailleurs, Etienne Krug, directeur du Département des déterminants de la santé, de la promotion et de la prévention à l'OMS, a affirmé que la plus grande accessibilité financière de l'alcool est cause d’une augmentation des traumatismes liés à la violence et aux accidents, des troubles mentaux et des intoxications. Il a souligné que, tandis que les profits de l'industrie continuent de croître, la population supporte le fardeau sanitaire et la société dans son ensemble prend en charge les coûts économiques causés par la consommation de ces produits.
Le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a ajouté que la taxation des produits nocifs pour la santé constitue un levier efficace pour réduire leur consommation et dégager des ressources pour le financement des services de santé, de l’éducation et de la protection sociale[3].
Vers une hausse coordonnée des taxes sur les produits nocifs à l’horizon 2035
Dans ce contexte, l’OMS a ainsi lancé l’initiative « 3 d’ici à 2035 », appelant les gouvernements à augmenter d'au moins 50 % d'ici 2035, par le biais de hausses de taxes, le prix réel d'un ou de plusieurs produits nocifs pour la santé – le tabac, l'alcool et les boissons sucrées – en tenant compte du contexte spécifique de chaque pays, afin de réduire leur consommation, éviter les substitutions entre produits et renforcer la protection de la santé publique[4].
Une analyse récente suggère qu’une hausse des taxes, suffisante pour augmenter les prix de 50 %, pourrait générer jusqu’à 3 700 milliards de dollars (3 180 milliards d’euros) de recettes supplémentaires à l’échelle mondiale en cinq ans, soit une moyenne de 740 milliards de dollars (636 milliards d’euros) par an, l’équivalent de 0,75 % du PIB mondial.
Pour ne citer que quelques exemples, certains pays ont appliqué ces bonnes pratiques pour combattre les MNT et financer les systèmes de santé publique :
Aux Philippines, une importante réforme de la fiscalité sur le tabac et l’alcool en 2013 a multiplié les recettes par plus de cinq, ce qui a permis à plus de 15 millions de familles pauvres de bénéficier de l’assurance-maladie nationale.
En Lituanie, une importante hausse des taxes sur l’alcool en 2017 a entraîné une baisse de près de 5 % de la mortalité toutes causes confondues l’année suivante.
En 2023, le Ghana a mis en œuvre une taxe de 20 % sur les boissons sucrées, y compris les sodas, les boissons énergisantes et les jus sucrés, par le biais de la loi modifiant les droits d'accise[5]. Au total, les recettes fiscales provenant du tabac, de l'alcool et des boissons sucrées ont été estimées à plus de 1,3 milliard de cédis (103 millions d’euros)[6].
Au Royaume-Uni, une taxe sur les boissons sucrées en 2018 a fait baisser la consommation de sucre, généré 338 millions de livres sterling (389 millions d’euros) de revenus en 2024, et a été associée à des taux d’obésité plus faibles chez les filles de 10 et 11 ans, en particulier dans les zones les plus défavorisées.
En 2024, la Malaisie, Maurice, la Slovaquie, le Sri Lanka et le Vietnam faisaient partie des pays qui ont augmenté ou instauré des taxes sur le tabac, l’alcool ou les boissons sucrées, ou ces trois produits conjointement, avec des conséquences comportementales qui restent à évaluer au cours des prochaines années.
Enfin, en 2025, l’Inde a instauré un nouveau droit d’accise sur le tabac, l’Arabie saoudite a instauré un droit d’accise sur les boissons sucrées, dont le taux dépend de la teneur en sucre, et le Mexique a approuvé des réformes de la Taxe spéciale sur la production et les services augmentant les taux sur les boissons sucrées, le tabac et d'autres produits, tout en ajoutant de nouvelles catégories taxables telles que les boissons de réhydratation orale et les boissons sucrées avec des édulcorants artificiels[7].
Le « 3 d’ici 2035 » de l’OMS repose sur une coopération internationale face à une pression constante des industriels
L’initiative « 3 d’ici 2035 » repose sur une alliance internationale rassemblant gouvernements, organisations de la société civile, institutions académiques et partenaires au développement. Elle vise à aider les pays à concevoir, mettre en œuvre et pérenniser des politiques fiscales favorables à la santé, adaptées aux contextes nationaux, grâce à un appui technique, juridique et stratégique.
L’initiative s’articule autour de trois axes : mobiliser les décideurs politiques et la société civile pour créer un engagement durable, soutenir directement les pays dans l’élaboration de politiques fiscales fondées sur des données probantes, et renforcer les partenariats afin de faire évoluer les perceptions publiques et promouvoir un financement durable de la santé.
Face aux contraintes budgétaires et à la hausse des besoins sanitaires, « 3 d’ici 2035 » propose une stratégie visant à réduire la dépendance à l’aide extérieure, tout en contribuant aux Objectifs de développement durable (ODD) par la taxation de produits nocifs pour la santé.
Soutenue par de nombreux partenaires internationaux et par la majorité des personnes interrogées par un sondage Gallup réalisé en 2022, l’initiative invite l’ensemble des pays à rejoindre ce mouvement en faveur de sociétés plus saines et économiquement plus résilientes.
Toutefois, Alison Cox, directrice des politiques et du plaidoyer de la NCD Alliance, a averti que les réticences à inclure des objectifs fiscaux dans la Déclaration politique des Nations Unies sur les MNT et la santé mentale, récemment adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, « reflètent l’influence persistante d’industries nuisibles à la santé comme les producteurs de tabac, d’alcool et de boissons sucrées ».
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[1]Global report on the use of alcohol taxes, World Health Organization, publié en 2025, consulté le 15 janvier 2026
[2]Global report on the use of sugar-sweetened beverage taxes, World Health Organization, publié en 2025, consulté le 15 janvier 2026
[3]Organisation mondiale de la santé, Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS lors du point de presse du 13 janvier 2026, publié le 13 janvier 2026, consulté le 15 janvier 2026
[4]OMS, The 3 by 35 Initiative, consulté le 15 janvier 2026
[5]WHO urges higher taxes on tobacco, alcohol and sugary drinks, Ghana Business News, publié le 15 janvier 2026, consulté le même jour
[6]SpyDa, Strengthening Ghana’s Fiscal and Public Health Future through Higher Excise Taxes on Unhealthy Products in the 2026 Budget Statement, Ghana News Online, publié le 22 octobre 2025, consulté le 15 janvier 2026
[7]Sofía Garduño, WHO Urges Higher Taxes on Sugary Drinks, Alcohol, Mexico Business, publié le 14 janvier 2026, consulté le 15 janvier 2026