L’industrie du tabac cible les enfants autour des écoles au Moyen-Orient et au Pakistan
30 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 24 septembre 2025
Temps de lecture : 8 minutes
Un nouveau rapport publié par STOP (Stopping Tobacco Organizations and Products)[1] met en lumière les stratégies agressives de l’industrie du tabac et de la nicotine pour cibler les enfants et adolescents dans trois pays : l’Égypte, la Jordanie et le Pakistan. Malgré l’existence de lois encadrant la publicité et la vente, l’étude révèle que la proximité immédiate des écoles reste saturée de produits du tabac et de la nicotine, souvent présentés de manière attrayante et accessibles à moindre coût. Ces pratiques contribuent à accroître le risque d’initiation et d’addiction dès le plus jeune âge.
Les chercheurs ont sélectionné un échantillon de 327 écoles dans les trois pays étudiés et ont observé tous les points de vente situés dans un rayon de 100 à 150 mètres de l’établissement scolaire. Les enquêteurs ont documenté la présence de produits du tabac et de la nicotine, leurs modalités de présentation, la visibilité des avertissements sanitaires et l’éventuelle proximité avec des articles destinés aux enfants (confiseries, jouets, fournitures scolaires).
[1] Communiqué, Retailers Near Schools Put the Tobacco Industry’s Addictive, Deadly Products in Children’s Reach, STOP, publié le 22 septembre 2025, consulté le 23 septembre 2025 Comité national contre le tabagisme |
Une disponibilité quasi systématique autour des écoles
L’enquête démontre que le tabac est présent de manière quasi systématique aux abords des établissements scolaires en Égypte, en Jordanie et au Pakistan. En Égypte, plus de la moitié des points de vente étudiés, situés autour des écoles vendaient des produits du tabac et de la nicotine, soit 455 commerces identifiés. En Jordanie, cette proportion s’élevait à 69 % des points de vente étudiés. Au Pakistan, la situation apparaît encore plus alarmante : la totalité des 268 commerces observés proposaient du tabac ou de la nicotine. Cette concentration témoigne d’une stratégie délibérée de l’industrie, qui s’assure ainsi que les produits soient visibles et accessibles dans les lieux de passage quotidiens des enfants. Au-delà des chiffres, la densité des détaillants constitue en elle-même un facteur de risque. En Égypte, les chercheurs ont relevé en moyenne 4,8 commerces vendant du tabac/nicotine dans un rayon de 100 mètres autour de chaque école, contre 2,3 en Jordanie et 2 au Pakistan. Dans certains quartiers, un élève pouvait être exposé à plus de quatre commerces proposant cigarettes, tabac à chicha, e-cigarettes ou produits du tabac chauffé sur le chemin de l’école. Une telle concentration banalise la consommation et augmente mécaniquement les occasions d’achat et d’expérimentation pour les jeunes. Ces données confirment les observations d’autres études internationales : plus la densité de commerces vendant du tabac est élevée près des établissements scolaires, plus la prévalence du tabagisme chez les adolescents augmente. À l’inverse, une diminution du nombre de points de vente est associée à une baisse du tabagisme chez les jeunes. En saturant l’environnement scolaire avec des produits nocifs, l’industrie compromet les efforts de santé publique et transforme les abords des écoles en zones d’exposition permanente, contribuant à ancrer précocement des comportements de consommation.Produits aromatisés et mises en scène attractives
Le rapport souligne le rôle central des arômes dans la stratégie de séduction de l’industrie du tabac et de la nicotine. En Égypte, 60 % des commerces situés autour des écoles proposaient des cigarettes aromatisées, tandis que 18 % vendaient des e-cigarettes aromatisées et 11 % des sticks de tabac chauffé aromatisés. En Jordanie, les chiffres sont encore plus marquants : près de la moitié des points de vente commercialisaient des cigarettes aromatisées, 55,6 % des sticks de tabac chauffé et 86,4 % des e-cigarettes contenant des arômes. Ces données illustrent un choix délibéré de l’industrie de miser sur des saveurs sucrées, fruitées ou mentholées qui attirent un public jeune, masquent l’amertume du tabac et facilitent l’initiation. Les produits aromatisés contribuent également à élargir la cible de l’industrie en réduisant les différences de consommation entre genres. En Jordanie, où le tabagisme a historiquement été plus répandu chez les hommes, l’usage de la chicha et des cigarettes aromatisées a favorisé une hausse inquiétante de la consommation chez les jeunes filles. Les arômes agissent ainsi comme un vecteur de normalisation sociale, en transformant le tabac en produit attractif et moins stigmatisé auprès d’un public adolescent. Au-delà du goût, la présentation des produits dans l’espace de vente constitue un puissant levier d’influence. Les chercheurs ont relevé que 95 % des commerces pakistanais placent les paquets à hauteur d’enfant, souvent au milieu de confiseries, de jouets ou de fournitures scolaires. En Égypte, 35 % des commerces adoptaient la même pratique, et la moitié associaient directement les cigarettes aux friandises. En Jordanie, 23 % des points de vente plaçaient les produits à hauteur d’enfant, et près d’un tiers les mettaient en scène aux côtés de sucreries. Ces stratégies visuelles contribuent à banaliser les produits du tabac en les intégrant dans l’univers de consommation quotidien des enfants. L’absence fréquente d’avertissements sanitaires visibles accentue encore cette normalisation, laissant aux plus jeunes l’image d’un produit ordinaire, coloré et facilement accessible.La vente à l’unité, un accès facilité aux cigarettes
L’un des constats les plus alarmants du rapport concerne la poursuite de la vente de cigarettes à l’unité, une pratique qui rend le tabac encore plus accessible financièrement aux jeunes. En Égypte, 85 % des points de vente situés autour des écoles proposaient ce mode de commercialisation, malgré l’existence d’une interdiction de vente aux mineurs. En Jordanie, un commerce sur cinq adoptait la même pratique, tandis qu’au Pakistan, la quasi-totalité des points de vente (99,5%) était concernée. La vente à l’unité réduit considérablement le prix d’achat, permettant aux enfants et aux adolescents de se procurer une cigarette pour une somme dérisoire, sans avoir à financer un paquet complet. Ce mode de vente au détail facilite l’expérimentation précoce et encourage l’installation rapide d’une consommation régulière. Les données disponibles montrent qu’au Pakistan, près de 40 % des jeunes qui ont déjà fumé déclarent avoir allumé leur première cigarette avant l’âge de dix ans, un chiffre en partie expliqué par cette très grande accessibilité au produit et financière. En Égypte, une large majorité des adolescents interrogés dans le cadre du Global Youth Tobacco Survey affirmaient avoir pu acheter sans difficulté des cigarettes en magasin, malgré la législation en vigueur. Ces pratiques démontrent un non-respect de la législation en vigueur par les commerçants mais aussi l’incapacité des systèmes de contrôle à protéger efficacement les mineurs. La vente de cigarettes à l’unité constitue un levier stratégique pour l’industrie, en abaissant les barrières financières, cette vente multiplie les occasions d’initiation et fidélise une clientèle dès l’adolescence. En ciblant les jeunes consommateurs avec des produits bon marché, faciles à obtenir et souvent vendus à proximité directe des écoles, l’industrie s’assure de renouveler sa base de clients.Des mesures urgentes pour protéger les jeunes générations
Face à ces constats, STOP appelle les gouvernements à adopter sans délai des mesures fortes afin de limiter l’influence de l’industrie du tabac autour des établissements scolaires. Le rapport recommande notamment l’instauration de distances minimales interdisant la vente et la publicité de produits du tabac et de la nicotine à proximité des écoles. L’organisation appelle également à réduire la densité des points de vente, et à où imposer un système de licences obligatoires pour les détaillants. STOP préconise également l’interdiction de la vente de cigarettes à l’unité en Egypte et le respect de cette interdiction dans les autres pays, le bannissement des produits aromatisés qui séduisent particulièrement les jeunes, et l’application stricte d’interdictions complètes de publicité et de promotion sur les lieux de vente. Ces mesures, déjà éprouvées dans d’autres régions du monde, sont essentielles pour mettre fin à l’exposition massive des enfants aux produits du tabac et de la nicotine et pour garantir à la nouvelle génération un environnement protecteur, loin de l’influence de l’industrie.AE
[1] Communiqué, Retailers Near Schools Put the Tobacco Industry’s Addictive, Deadly Products in Children’s Reach, STOP, publié le 22 septembre 2025, consulté le 23 septembre 2025 Comité national contre le tabagisme |